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À Toulouse, la crise du logement ne connaît plus de saison. Étudiants, stagiaires et actifs se disputent des biens de plus en plus rares, pris en étau entre ventes, nouvelles normes et désengagement des propriétaires.

« Oui madame on cale la visite pour la semaine prochaine, pas de problème… Bougez pas, j’ai un autre appel… Alors pour cet appartement, il me faut un CDI, pas le choix. » Derrière son bureau Mathieu, responsable de la gestion locative chez ADL Immobilier à Toulouse, enchaîne les coups de fil. Si son téléphone n’arrête pas de sonner, sa boîte mail est elle aussi bien remplie. « J’ai actuellement 230 mails non lus, et tous concernent des demandes pour louer un appartement. Mes collègues c’est pareil, on n’arrive plus à suivre », reconnaît l’agent immobilier.

Pourtant, en cette fin de mois de janvier, la plupart des étudiants sont censés avoir déjà trouvé un logement, mais dans les faits, la demande reste extrêmement forte. « Dès qu’on met une annonce en ligne, en quelques minutes on a déjà une dizaine de candidats. Parfois, on loue même des biens qui ne sont pas encore publiés », raconte-t-il. « C’est la politique du premier arrivé, premier servi. »

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« C’est trop la galère »

Alors que Toulouse s’apprête à devenir la troisième ville de France, cette croissance n’est pas sans conséquence. « Tout au long de l’année on a des étudiants qui viennent en stage ici, donc la demande se fait du 1er janvier au 31 décembre, il n’y a plus de période creuse », observe Mathieu. Une réalité que vit de plein fouet Aristote, 19 ans. Étudiant, il revient d’un Erasmus en Angleterre et dispose de seulement dix jours pour se reloger à Toulouse. « C’est la deuxième fois que je cherche un logement ici, et c’est trop la galère. Il n’y a pas beaucoup d’appartements et souvent ceux qui restent sont insalubres », confie-t-il.

Avec sa mère, il a passé des heures à éplucher les annonces et à contacter des agences, sans résultat. Dans le bureau de l’agent immobilier, la recherche tourne court. « Celui-là, je l’ai loué ce matin. Celui-ci est déjà réservé, on a accepté un dossier. Il me reste celui-là, un petit 18 mètres carrés mais il y a déjà plusieurs candidats dessus », prévient-il. Face à la concurrence et à la superficie de l’appartement, l’étudiant préfère passer son tour.

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« Un préavis sur trois c’est parce que le propriétaire vend »

Pour l’agent immobilier, cette situation est devenue la norme. « Depuis le Covid, le marché immobilier s’est complètement tendu », explique-t-il. « Avant, beaucoup de propriétaires investissaient pour défiscaliser. Aujourd’hui, il y a moins de programmes, donc moins de logements à louer. » À cela s’ajoute un autre phénomène : les ventes. « Chez nous, un préavis sur trois, c’est parce que le propriétaire vend. Et un appartement vendu ne revient pas forcément sur le marché locatif. »

Les nouvelles règles énergétiques ont elles aussi contribué à tendre le marché. Les logements classés G au diagnostic de performance énergétique ne peuvent désormais plus être loués. « Des appartements sortent du parc locatif du jour au lendemain, et ne reviennent pas forcément, faute de travaux », constate l’agent immobilier. À cela s’ajoute la hausse des taux d’intérêt, qui freine l’investissement, et la peur des impayés ou des squats. « Beaucoup de propriétaires préfèrent vendre plutôt que de louer parce qu’ils ont peur. » Résultat : les candidats se multiplient, mais les logements, eux, disparaissent.