Par

Emma Derome

Publié le

28 janv. 2026 à 17h34

Plus de 4 000 postes en moins sur le terrain, devant les élèves, en septembre 2026. Telle est la décision du gouvernement, annoncée aux professeurs du primaire et du secondaire lundi 26 janvier 2026. Une douche froide pour les professionnels de l’éducation, puisque les chiffres sont supérieurs à ce qui avait été voté dans le budget, et alors que l’année 2025 avait, déjà, été marquée par 470 suppressions de moyens éducatifs.
Là, c’est dix fois plus. « L’année dernière, ces suppressions ont conduit à 2 000 fermetures de classe sur tout le territoire », indique à actu.fr Aurélie Gagnier, porte-parole du FSU-SNUipp, première force syndicale du primaire. « Donc on est très inquiets. C’est catastrophique. »

Dans le détail, ce sont plus de 2 200 suppressions de postes qui sont prévues dans le primaire public (écoles maternelles et élémentaires) et 1 800 dans le second degré public (collèges et lycées). Sans compter, donc, le privé. C’est plus que ce qui était prévu dans le projet de loi de finances, qui doit être adopté la semaine prochaine, si les motions de censure (qui devraient être déposées à l’Assemblée) sont rejetées. Ce dernier table en effet sur 1 900 suppressions de postes d’enseignants dans le premier degré public et 1 360 dans le second degré.

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, l’assure : pour expliquer ces différences, il ne faut pas seulement regarder les postes de professeurs titulaires qui vont disparaître, mais aussi les postes « mis en réserve ». Ce sont les stagiaires qui viennent d’avoir leur concours, mais qui, à partir de cette année, devront passer un an en formation avant de pouvoir se retrouver devant les élèves. Ils sont 266 dans le premier degré public, et 108 dans le secondaire. Il n’empêche que cela pourra avoir un impact, selon la syndicaliste.

Des conséquences en pagaille

« Dans une école qui compte plusieurs classes, ça va être automatiquement des effectifs plus élevés par classe », prédit Aurélie Gagnier. Ce qui, on le sait, peut avoir des conséquences sur l’apprentissage. « L’enseignant peut porter moins d’attention à chaque élève, par la force des choses. »

Dans la ruralité, ça peut avoir d’importantes conséquences : ça peut être la fermeture des dernières classes dans certains villages, ça veut dire regrouper les niveaux, avec du coup des collectifs plus grands, et au niveau du transport scolaire, parfois plus de temps passé dans les transports pour les enfants.

Aurélie Gagnier
porte-parole de la FSU-Snuipp

La fermeture d’une école dans un village, c’est aussi moins de dynamisme dans celui-ci, moins de parents qui s’installent. « Il y a quand même globalement un intérêt commun pour les élèves, les familles, les enseignants, les communes, à faire en sorte que les classes restent ouvertes ou que des écoles perdurent dans les villages. »

Si les chiffres de répartition des suppressions de postes par académie sont connus, on ignore encore les conséquences concrètes pour les communes sur le nombre de suppressions de classes, et la localisation de celles-ci. « Il y a une échéance importante cette année qui sont les élections municipales, qui viennent geler la suite des opérations », explique la représentante.

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

Ainsi, on devrait connaître les chiffres par département dans les semaines à venir, mais on ne saura cependant qu’après les élections quelles communes seront véritablement touchées. La variation du nombre de poste par académie peut déjà donner un ordre d’idée des régions les plus touchées.

On parle par exemple de 265 postes en équivalents temps plein (ETP) supprimés dans le premier degré dans l’académie de Lille. Celle de Versailles en perd 170, Nancy-Metz 160, la Normandie 153, Nantes 151, Créteil 140 et Bordeaux 115.

Découvrez sur cette carte la variation du nombre de postes dans votre académie :

Si la carte ne s’affiche pas correctement, cliquez ici.

D’autres académies, bien plus rares, gagnent des postes, comme celle de Mayotte au niveau du premier degré. Mais ces réajustements sont en grande majorité à la baisse.

Vous retrouverez également ces informations dans ce tableau :

Si le tableau ne s’affiche pas correctement, cliquez ici.Pourquoi certaines académies sont plus touchées que d’autres ?

Interrogé lors des questions au gouvernement à l’Assemblée, mardi 27 janvier, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a accusé la « chute démographique vertigineuse » et le nombre toujours plus bas d’élèves dans les écoles publiques pour justifier ces suppressions. Pourtant, si la démographie baisse effectivement, les difficultés socio-culturelles territoriales perdurent et restent les mêmes : pour les syndicats, il faudrait donc augmenter le nombre d’enseignants pour les accompagner au mieux.

De plus, cette baisse du nombre d’enseignants ne suit pas mécaniquement la baisse du nombre d’élèves. Dans le second degré public, le nombre d’élèves a en effet augmenté de plus de 8 000 entre 2017 et 2023, selon les chiffres ministériels. Or, « plus de 8 000 emplois ont été supprimés », selon le syndicat Snes-FSU, qui a dénoncé, dans un communiqué, une situation « inacceptable ».

« Et maintenant, le nombre d’élèves baisse légèrement dans le second degré et… des emplois sont supprimés. Bref, les gouvernements macronistes suppriment des emplois dans les collèges et les lycées quand les effectifs augmentent et suppriment des emplois quand les effectifs diminuent », indiquent les représentants des professeurs du collège et du lycée. Une décision pour le moins très politique.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.