Par

Isabelle Villy

Publié le

29 janv. 2026 à 6h58

Produire une énergie renouvelable, à savoir du biogaz, à partir de biodéchets alimentaires, dont le tri est obligatoire pour tous, professionnels et particuliers, depuis le 1er janvier 2024 : tel est l’objectif que vise la société Tryon Environnement, via le projet Modul’O, en implantant une unité de méthanisation, sur la zone d’activité du Madrillet, à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), près de Rouen. Le processus de méthanisation permettra du même coup de générer du digestat, à savoir un fertilisant organique qui pourra être utilisé par les agriculteurs, pour l’épandage des sols.

Une lagune de 7 500 m2

Jusqu’ici, ce projet d’économie circulaire est louable, sauf qu’il s’accompagne de la création d’une lagune de 7 500 m2 pour accueillir le digestat liquide, et c’est sur le territoire de la commune de Saint-Jacques-sur-Darnétal que l’entreprise prévoit de l’implanter, avec un plan d’épandage pour les surfaces agricoles de nombreuses communes aux alentours*.

C’est une levée de boucliers qui a accueilli ce projet, tant de la part des riverains où doit être implantée la lagune, que des élus du territoire qui se montrent plutôt hostiles d’un point de vue technique.

Consultation publique prévue du 2 février au 2 mars

Alors qu’une consultation publique se tiendra du 2 février au 2 mars 2026, les riverains ont décidé de monter au créneau, en organisant notamment une réunion publique, vendredi 30 janvier, à la salle L’Entre-Seine, à Saint-Jacques-sur-Darnétal. L’idée étant d’échanger sur le projet et ses conséquences sur la population.

Crainte des nuisances olfactives

« On a découvert ce projet par hasard, avec une pancarte installée sur le lieu où la lagune de digestats doit être aménagée », indique à la Rédaction un habitant de Saint-Jacques, qui a décidé, avec les habitants du hameau de Quévreville-la-Milon notamment, de se mobiliser, pour que ce projet ne voie pas le jour et qui a nettement le sentiment que celui-ci a été fait à l’insu de tout le monde.

Et pour les opposants, rien ne va dans ce projet : les nuisances olfactives que va générer la lagune, « même si celle-ci doit être couverte », constate le riverain.

Épandage à seulement quinze mètres des maisons ?

Mais pour lui et le collectif de personnes opposées à cet aménagement, cela ne changera rien aux odeurs inévitables quand ce sera le temps de l’épandage sur les champs situés à proximité, « sur 1 245 hectares au total, avec une distance d’épandage par rapport au bâti de seulement quinze mètres », quasiment en limite de propriétés donc, dénonce l’opposant.

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire
« Cela va être un enfer »

Autre problème mis en évidence par les habitants, et aussi par les élus : la question du réseau routier, pour acheminer le digestat par camions et pour le faire rejoindre les champs, via le hameau en ce qui concerne la commune de Saint-Jacques-sur-Darnétal et celle, proche, de Préaux. « Cela va être un enfer », plaide l’opposant, qui ajoute d’ailleurs que le réseau routier n’est pas adapté pour un tel trafic et que les routes risquent d’être fortement dégradées si cette campagne d’épandage liée à l’aménagement de la lagune se concrétise.

Le maire de Préaux opposé au projet

Le souci du réseau routier est d’ailleurs partagé par les élus, à l’image du maire de Préaux, Anthony Aguado, qui est tombé des nues quand il a appris et l’existence de ce projet. Il compte bien d’ailleurs, assister à la réunion publique.

« On ne peut pas toute l’année travailler sur le cadre de vie dans nos communes et accepter que nos routes soient détruites par le passage de camions. Au prix de la réfection d’une route au kilomètre, ce n’est pas possible », fustige le maire de Préaux, qui se dit très surpris qu’un « opérateur privé est autorisé à lancer un tel projet sur notre territoire ».

Bien entendu, Anthony Aguado compte bien suivre ce dossier de près : il a d’ailleurs déjà contacté quelques-uns de ses collègues élus pour échanger et a prévu de porter ce sujet à l’ordre du jour du conseil municipal de Préaux.

Le maire de Saint-Jacques a écrit au préfet et à la Métropole

Du côté Saint-Jacques-sur-Darnétal, le maire Frédéric Delaunay se dit lui aussi plutôt opposé à ce projet d’équipement, notamment d’un point de vue technique : le secteur concerné pour aménager la lagune abrite en effet des captages et on y recense également des indices de cavité.

Et lui aussi met en avant les infrastructures routières qui ne sont pas dimensionnées pour accueillir un trafic de camions et de tracteurs. Le maire de Saint-Jacques-sur-Darnétal indique d’ailleurs qu’il a envoyé un courrier au président de la Métropole Rouen Normandie et un autre au préfet, pour leur faire part de son opposition au projet.

Objectif : faire annuler le projet tel qu’il est pensé actuellement

Pour l’heure, et en attendant la consultation publique, les opposants au projet vont donc se retrouver pour une réunion publique ce vendredi 30 janvier. « Si on ne se mobilise pas, le projet pourrait avoir des chances de passer. Nous, on espère qu’il n’ira pas au bout et on a d’ailleurs relevé beaucoup de points qui ne vont pas dans ce dossier. On a des arguments pour peser dans la balance », affirment les riverains.

Leur objectif est de faire annuler ce projet avant de « repartir sur un autre projet concerté avec les acteurs locaux cette fois. On n’est évidemment pas contre l’épandage et contre les agriculteurs, mais de tels projets doivent se réfléchir avec les gens qui vivent autour », conclut notre interlocuteur.

Contactée, la société a l’initiative du projet n’avait pas encore donné suite à notre demande. Tout comme la préfecture, qui a pris en compte nos questions, mais n’a pu y répondre pour le moment.

Suivez l’actualité de Rouen sur notre chaîne WhatsApp et sur notre compte TikTok

*Les communes concernées par le plan d’épandage : Auzouville-sur-Ry, Blainville-Crevon, Bois-d’Ennebourg, Bois-l’Evêque, Catenay, Darnétal, Fresne-le-Plan, Grainville-sur-Ry, Martainville-Epreville, Montmain, La Neuville-Chant-d’Oisel, Préaux, Rocquemont, Roncherolles-sur-le-Vivier, La Rue-Saint-Pierre, Ry, Saint-André-sur-Cailly, Saint-Aubin-Epinay, Saint-Georges-sur-Fontaine, Saint-Jacques-sur-Darnétal, Servaville-Salmonville et La Vieux-Rue.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.