Dans un monde marqué par le retour des rapports de force et la montée des tensions géopolitiques, l’Union européenne cherche sa place entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Puissance économique incontestable mais acteur politique encore fragile, l’UE peut-elle s’appuyer sur une véritable identité commune ? L’Europe est-elle réellement capable de parler d’une seule voix ?

L’Union européenne, une superpuissance qui s’ignore ?

L’UE est composée de 27 pays membres qui constituent 16 à 19 % de la richesse produite dans le monde, soit la deuxième ou troisième économie du monde, selon des facteurs qui varient évidemment. Elle constitue une puissance à la fois commerciale, industrielle, technologique, mais aussi financière et monétaire “puisque l’euro est la deuxième monnaie de réserve internationale aujourd’hui. Il y a une réalité de cette puissance économique qui pourrait toutefois être maximisée”, explique Thierry Chopin, politologue spécialiste de l’Union européenne, professeur associé à Sorbonne Université, expert associé à l’Institut Montaigne.

Les grandes industries veulent vendre en Europe. Les grands investisseurs privés et publics veulent investir en Europe. Les ennemis de l’Europe veulent venir se faire soigner en Europe. La jeunesse du monde veut venir se former en Europe. 

Cyrille Bret, enseignant à Science Po Paris, spécialiste des questions de défense et de sécurité, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, et co-fondateur du site EurAsia Prospective, parle d’entrée de jeu de “l’Europe comme une superpuissance, mais une superpuissance qui doute d’elle-même et qui ne doit pas baisser sa garde sur la promotion de sa propre valeur”. Il met en lumière les “atouts extrêmement importants dont disposent les Européens, qui vont de leur diversité linguistique à leur dynamisme commercial, de leur tradition industrielle à la richesse spirituelle du continent”. D’ailleurs, pour Thierry Chopin les crises qui se sont dernièrement succédées ont été révélatrices pour deux raisons : d’une part, elles ont été une “opportunité pour les Européens de défendre eux-mêmes leurs intérêts et ne pas s’en remettre à d’autres acteurs pour le faire”. D’autre part, elles ont pu leur “faire prendre conscience des intérêts communs, et des valeurs qu’ils partagent”.

Les Européens doivent passer du forum à l’arène. 

Pourquoi l’UE s’ignore-t-elle ? D’après Cyrille Bret, cela s’explique d’abord parce que « l’UE sous-estime sa capacité à établir et tenir un rapport de force et en sortir gagnant”. Cette difficulté s’explique aussi par l’histoire européenne : après des siècles de conflits internes, les Européens ont bâti un modèle fondé sur la négociation et le compromis. Or, ce modèle se heurte aujourd’hui au retour de logiques de puissance brutale face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie ouvertement agressive. Thierry Chopin l’illustre en ces termes : “Les Européens doivent passer du forum à l’arène. Cela suppose de prendre au sérieux les enjeux de puissance, sans pour autant renoncer à nos principes”.

Peut-on vraiment parler d’une identité européenne ? 

Cyrille Bret est convaincu qu’on “peut réclamer l’unité européenne, mais qu’elle n’arrivera jamais ». En revanche, la cohésion européenne est possible. Elle repose sur la convergence de pays très différents autour de principes et de valeurs communes. « Ce sont précisément ces valeurs qui sont capables de nous réunir même si nous avons une extrême diversité culturelle et politique”, précise-t-il.

Je pense qu’il est vain de chercher une unité parfaite, moniste, absolue, une fusion des peuples européens, mais qu’il est beaucoup plus fécond d’utiliser toute la diversité de l’Europe. 

Traditionnellement, l’UE repose sur trois piliers : l’économie, la démocratie et les peuples qui la composent. Pour Cyrille Bret, l’absence d’un peuple européen unitaire n’est pas nécessairement une faiblesse. Au contraire, l’union des États membres fait la force du projet européen. “Si nous sommes la première destination touristique et éducative au monde, c’est parce que nous avons à offrir au monde ce que personne d’autre n’a : une diversité linguistique, culturelle, spirituelle, confessionnelle, éducative que nous ne devons pas chercher à supprimer.”
Maxime, auditeur dans Je pense donc j’agis, estime que “l‘union fait la force uniquement si tout le monde tire dans le même sens, sinon l’union ne fait pas la force : c’est là le principal problème de l’Union européenne !”