Dans une résidence présidentielle qu’il transforme à son image, Donald Trump a fait accrocher une photo de lui aux côtés du président russe Vladimir Poutine, offerte par le Kremlin lors de leur rencontre en Alaska.
Donald Trump aime l’or, le marbre et les symboles. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain a entrepris une vaste entreprise de relooking de la résidence présidentielle, remodelant pièce après pièce ce qu’il considère comme son décor politique. Dernière touche en date de cette mise en scène présidentielle : l’accrochage de photographies soigneusement choisies, retraçant les moments forts de son nouveau mandat.
Dans la Palm Room, vaste vestibule reliant l’aile ouest aux appartements privés et récemment rénové, les murs sont désormais couverts de clichés immortalisant les rencontres diplomatiques de Donald Trump. Parmi eux, une image a particulièrement retenu l’attention : une photo du président américain aux côtés de Vladimir Poutine.
Le cliché, pris le 15 août 2025 lors du sommet organisé en Alaska, montre les deux dirigeants debout sur un tarmac, à l’issue de leur première rencontre depuis le lancement de l’invasion russe de l’Ukraine. Offerte personnellement par le président russe, la photographie avait été exhibée avec fierté par Donald Trump devant les journalistes quelques jours après sa réception. «C’est une belle photo», avait-il commenté fin août, allant jusqu’à juger son homologue russe «joli» sur l’image.
Sa première année de mandat en image
Longtemps conservée dans son bureau, la photographie a finalement été encadrée — dans un cadre doré — et installée ces derniers jours, bien en vue, au-dessus d’un cliché plus intime représentant Donald Trump avec sa petite-fille Carolina, prise lors d’un déplacement familial en février 2025. Une juxtaposition qui n’a pas manqué de faire réagir.
Interrogée en début de semaine, la Maison-Blanche a tenté de banaliser ce choix. Un responsable a rappelé au Daily Beast qu’il était d’usage d’exposer, dans l’ensemble du complexe présidentiel, des photos illustrant les engagements publics du chef de l’État. De fait, la Palm Room ressemble désormais à une galerie retraçant la première année du mandat : Donald Trump y apparaît aux côtés du président chinois Xi Jinping lors du sommet de l’Apec à Busan, du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Jérusalem, ou encore du roi Charles III et de la reine Camilla lors d’un dîner d’État à Londres. D’autres clichés le montrent recevant Cristiano Ronaldo dans le Bureau ovale, inspectant des troupes britanniques ou arrivant en Corée du Sud à l’automne dernier. Un portrait de lui seul, utilisé par le Time pour sa couverture d’octobre 2025, figure également parmi les images exposées.
Mais la présence de Vladimir Poutine dans cette galerie présidentielle a une portée politique particulière. Elle intervient alors même que la Russie poursuit ses frappes en Ukraine. Vendredi 23 janvier, le jour où Donald Trump présentait la photo aux journalistes, des missiles russes venaient de toucher une usine dans l’ouest du pays, et Moscou refroidissait les espoirs d’une rencontre prochaine entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, rapporte la correspondante à la Maison Blanche du New York Times .
«Une photo vaut mille mots»
Face aux caméras, coiffé d’une casquette rouge proclamant «Trump avait raison sur tout», le président américain s’est pourtant montré peu disert sur ces attaques, préférant souligner le «respect» dont aurait fait preuve son homologue russe à son égard. Il a même affirmé envisager de renvoyer la photo dédicacée à Vladimir Poutine et dit espérer sa venue aux États-Unis à l’occasion de la Coupe du monde de football 2026.
Cette complaisance affichée n’a pas manqué de susciter des réactions indignées ce jeudi après que l’image du nouveau cadre présidentiel ait circulé sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, le sénateur démocrate Mark Warner a dénoncé une mise en scène révélatrice, accusant Donald Trump de «placer Poutine au-dessus du peuple américain». En Europe, notamment dans les pays baltes, l’inquiétude est vive. En Estonie, le député Marko Mihkelson a estimé que célébrer ainsi la relation avec le président russe revenait à repousser l’espoir d’une paix juste et durable en Ukraine.
À Moscou, en revanche, le message a été accueilli avec satisfaction. L’un des principaux négociateurs russes, Kirill Dmitriev, a salué un geste «qui vaut mille mots». De fait, à la Maison-Blanche version Trump, chaque image est pensée comme un signal. Et dans cette galerie dorée, la photographie d’Alaska s’impose désormais comme l’un des symboles les plus commentés de la diplomatie personnelle du président américain.