Un déferlement de violence. Coups de poing, coups de pied. La tête et le visage visés quasiment à chaque fois. Les images de la vidéo de cette agression que nous avons pu visionner sont difficilement soutenables. Surtout, elles interrogent sur l’usage des réseaux sociaux par les jeunes générations.

Selon nos informations, tout démarre par l’envoi d’une vidéo intime par une adolescente, âgée de 15 ans et originaire du Pilat. Ces images auraient été envoyées à un jeune homme avec qui elle avait rendez-vous dans un parc près de la cité du Design à Saint-Étienne, ce lundi 26 janvier. Mais tout ne s’est pas passé comme elle l’aurait souhaité.

Car, ce jour-là, l’adolescent n’est pas seul. Au total, la victime va faire face à trois jeunes garçons et trois autres filles. Immédiatement, elle est projetée au sol et frappée d’un coup de pied dans le dos.

Puis, en quelques secondes, d’autres personnes surgissent. Capuches sur la tête pour certains, manteaux d’hiver pour d’autres, les agresseurs, visiblement jeunes, portent des coups en rafale, sans retenue.

Téléphone et portefeuille volés

La victime est ensuite traînée au sol et subit, à nouveau, une série de coups d’une rare violence. Elle sera ensuite retrouvée par les policiers de la Brigade anticriminalité dans le secteur de Carnot. Elle présente de nombreuses plaies au visage, ses vêtements sont ensanglantés.

En état de choc, elle souffre de douleurs sur tout le corps. Tous ses effets personnels lui ont été volés : son téléphone a disparu, tout comme son portefeuille.

L’enquête, confiée aux enquêteurs de la brigade des atteintes aux personnes du Service interdépartemental de la police judiciaire, ne fait que commencer. Mais elle a déjà rapidement débouché sur six interpellations de mineurs, dont deux sont déjà connus des services de police, qui ont été placés en garde en vue dans les locaux de l’Hôtel de police de Saint-Étienne.

Deux protagonistes convoqués devant le juge des enfants

À l’issue de leurs auditions, les trois garçons, âgés de 15, 16 et 17 ans, ainsi que les trois filles, âgées de 13 et 14 ans, scolarisés dans des établissements à Saint-Étienne et Rive-de-Gier, ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Quatre d’entre eux ont été remis à l’autorité de personnels de foyers où ils vivaient avant les faits. Deux autres ont été rendus à leur autorité parentale.

D’après nos informations, seuls deux des protagonistes de l’agression sont convoqués devant le juge des enfants dans les prochaines semaines. Sollicitée par nos soins, Anne Gaches, procureure de la République de Saint-Étienne, n’a pas répondu à nos demandes.

« Atterré par le recours à la violence des plus jeunes »

Yves Cellier, directeur interdépartemental de la police nationale dans la Loire, ne cache pour sa part pas son incompréhension : « Je reste atterré par le recours à la violence des plus jeunes même si, ici, il semble que l’on se retrouve dans un milieu qui apparaît carencé au niveau éducatif. »

Et d’ajouter : « Je tiens à saluer la réactivité et l’efficacité des services de police qui ont mené des investigations permettant de retrouver et d’interpeller tous les protagonistes. »

La victime s’est vu prescrire une incapacité totale de travail de moins de huit jours. Aujourd’hui, elle tente de se reconstruire. Physiquement et psychologiquement.

Quelques jours seulement après la découverte d’une adolescente victime des pires sévices dans les sous-sols d’un immeuble à Oullins, près de Lyon, des questions se posent sur « l’état de notre société », à l’instar du DIPN de la Loire. Mais sans doute aussi comme de nombreux parents inquiets pour l’avenir de la jeunesse.

Reste à savoir désormais si le projet de loi sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans sera adopté au cours des prochaines semaines. Il permettra peut-être d’éviter de nouveaux drames.