Jamais elle n’aurait un jour imaginé partager son histoire
au-delà des pays Baltes. En Occident, on a souvent pris cette
Lituanienne pour une Russe. « Peu importe notre
indépendance gagnée en 1990, ou que nous ayons intégré l’Union
européenne en 2004… Peut-être est-ce lié à notre physique ou à
notre culture ; cela fait en tout cas toujours
mal », confie sœur Bernadeta Mališkaitė. Nous la
retrouvons à Kybartai, une commune rurale située à 200 km de
la capitale, Vilnius, collée à la frontière russe de
l’« exclave » très militarisée de Kaliningrad. Un des
lieux les plus sensibles d’Europe, en cas de guerre généralisée
avec Moscou.

C’est par ce poste-frontière que les trains de voyageurs et de
fret russes continuent de circuler selon les droits de passage du
corridor de Suwałki, qui relie la région isolée de Kaliningrad à
l’ouest, avec le reste de la Russie continentale, en passant par la
Biélorussie à l’est. Au volant de sa voiture, « sœur
Bena », comme on l’appelle ici, improvise un tour de village.
Après avoir filé au poste-frontière et signalé l’église orthodoxe
défraîchie, elle nous mène à l’église catholique. De l’autre côté
de la rue… l’ancien local du KGB lituanien. « La maison
appartient aujourd’hui à la paroisse »,
s’amuse-t-elle.

Un samizdat contre Moscou

Cette paroisse a été le bastion de la résistance lorsque le pays
s’est vu pour la seconde fois placé sous le joug de l’URSS au
XXe siècle. À partir des années 1970, des catholiques décident
de recenser en cachette les persécutions religieuses et les
atteintes aux libertés fondamentales commises par le régime pour
alerter le monde. C’est l’histoire de la Chronique de l’Église
catholique en Lituanie (en lituanien, la LKB
Kronika), dont le contenu a été repris sur les ondes de Radio
Vatican, Voice of America et Radio Free Europe jusqu’en 1989. S’il
y a eu d’autres samizdats (en russe « autoédition »,
édition « sauvage ») en URSS, la Chronique…