«Comment le ministre de l’Economie peut-il multiplier les discours sur la souveraineté industrielle et autoriser la vente d’une entreprise aussi stratégique pour le secteur aéronautique et spatial français, contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA) ? », s’indigne Alain Rousset, président socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine, dans un communiqué ce jeudi.
Le gouvernement a confirmé mercredi la vente du groupe français LMB Aerospace, qui fabrique des ventilateurs pour les Rafale et les sous-marins nucléaires, à la société américaine Loar Group. Le ministère de l’Economie a confirmé à l’AFP cette cession, annoncée mercredi par La Lettre, en promettant « un suivi rapproché » afin de garantir le « maintien en France » des capacités industrielles stratégiques.
« Toute décision stratégique pourra être bloquée par l’Etat »
Selon La Lettre, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a validé le passage de l’équipementier sous pavillon américain, sans exiger l’implication de la banque publique d’investissement Bpifrance, condition qui avait été mise en avant par la Direction générale de l’armement (DGA).
« Le gouvernement a imposé à l’investisseur des conditions strictes de maintien en France et de modernisation des capacités industrielles, indispensables à la poursuite des activités stratégiques de LMB », a réagi Bercy interrogé par l’AFP. Roland Lescure a précisé devant la presse que l’Etat français aurait « une « golden share », une action préférentielle, au capital de LMB », ce qui veut dire que « toute décision stratégique pourra être bloquée par l’Etat » français.
L’accord prévoit également que « l’entreprise continue à produire en France » et que « les contrats stratégiques soient protégés », a-t-il précisé.
Un acteur industriel « dans les mains de Trump »
Le président du RN Jordan Bardella a dénoncé sur X une « grande braderie », alors que « le réarmement de la France est une nécessité vitale, alors que le monde qui vient remet en cause toutes nos certitudes ». De son côté, la députée LFI Aurélie Trouvé a qualifié, sur le même réseau social, de « suicidaire » la décision de faire passer « un industriel stratégique pour la défense et l’aéronautique française entre les mains des USA de Trump ».
Avec son siège social à Malemort-sur-Corrèze, en Nouvelle-Aquitaine, , LMB réalise 30 % de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis. Son PDG Thomas Bernard s’est installé aux Etats-Unis en 2016 pour développer le marché nord-américain de l’entreprise.
Les ventilateurs électriques de LMB équipent l’avion de combat Rafale de Dassault, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de Naval Group, les hélicoptères Tigre d’Airbus, le char Leclerc et le porte-avions Charles de Gaulle.
« Cette PME corrézienne de 75 salariés a été accompagnée par la Région sur un plan de formation et de développement de compétences (machines à usinage 5 axes, soudure, peinture, routage et sur les logiciels métiers) de 28 salariés à la commission permanente du 6 février 2023 », rappelle le président de Nouvelle-Aquitaine.