Alors qu’il est clairement monté en puissance ces dernières semaines avec le Stade toulousain, Emmanuel Meafou revient sur sa difficile deuxième partie de saison dernière, durant laquelle l’Australien était tombé dans une spirale négative. Il évoque aussi ses grandes ambitions personnelles avec les Bleus.
Au vu de vos performances récentes, vous semblez de mieux en mieux. Quel est votre état de forme ?
Je sens bien physiquement. Pour trouver ma meilleure forme, j’ai besoin d’enchaîner. C’est important pour mon corps.
À ce point-là ?
Oui, je me connais. Je ne dois pas me relâcher, aussi garder cette mentalité de vouloir continuer à bien jouer. D’ailleurs, j’ai connu de difficultés l’an dernier. Donc, ça me fait du bien de revenir en forme cette saison. J’espère que ça va durer.
Vos difficultés avaient suivi votre infection pulmonaire, en plein Tournoi des 6 Nations 2025, qui vous avait coupé dans votre élan…
Effectivement. Je suis ensuite entré dans une mauvaise période, même mentalement. Aujourd’hui, je me sens très bien. Physiquement, je suis bien. Dans la tête aussi. Mon objectif est de rester comme ça jusqu’à la fin de la saison. C’est toujours sympa de faire trois bons matchs d’affilée, mais le but est d’être performant jusqu’au bout.
Vous évoquiez l’aspect mental. Vous sentez-vous libéré ?
Oui, j’ai besoin d’être naturel et relax. C’est vrai également, dans ma vie. C’est comme ça que je me sens plus libre dans le jeu, plus en confiance. Tant mieux, car il n’y a que des matchs de haut niveau en ce moment.
Avec l’enchaînement Champions Cup, choc du Top 14 contre Pau et bientôt le Tournoi…
Jouer contre les meilleures équipes, et face aux meilleurs joueurs, c’est l’ambition de tout rugbyman. Aussi d’avoir une bonne santé et un physique qui répond présent sur ces matchs-là (sourire). C’est le cas pour moi actuellement. Mais il reste encore beaucoup de gros rendez-vous.
Vous aurez un titre à défendre avec le XV de France, comme vous en avez l’habitude avec Toulouse. En quoi est-ce différent d’aller décrocher un trophée ou de le défendre ?
Pour moi, cela ne change rien. La seule chose importante, c’est ta mentalité dans la compétition. Tu dois toujours vouloir aller chercher quelque chose… La question n’est pas de défendre un titre ou pas. En réalité, dès que le Tournoi ou le Top 14 a recommencé, le titre n’est déjà plus le tien. On a juste gagné le trophée de l’an dernier mais on ne peut pas rester dans le passé. C’est vrai aussi pour les performances individuelles.
C’est-à-dire ?
On doit toujours aller chercher quelque chose de différent. Soit un titre, soit une meilleure performance, soit un autre niveau de jeu. Si tu restes sur ce que tu as fait, tu es déjà dans l’erreur. C’est un peu ce que j’ai connu l’an dernier.
Vous faites référence à votre deuxième partie de saison. Aviez-vous du mal à retrouver de la motivation ?
L’an passé, je crois que j’ai eu… (Il s’arrête) Quand j’ai commencé à moins bien jouer, j’ai essayé de forcer. Et plus je forçais, moins je jouais bien. Je n’étais plus moi-même.
En quel sens ?
Je ne prenais plus de plaisir dans mon jeu. Quand tu viens tous les jours au stade, que tu n’es plus content… Puis, tu commences à ne plus être dans le XV de départ, puis plus dans les vingt-trois. C’était une mauvaise dynamique.
Est-ce que cela vous rongeait le cerveau ?
Oui, ça me prenait la tête. Je suis tombé dans une spirale mentale négative. Et, si tu gardes ça en toi, tu peux y rester longtemps. C’est très dur d’en sortir. Heureusement, j’ai ma famille et de nombreux proches autour de moi qui m’ont beaucoup aidé par rapport à ça.
Comment ?
En parlant de ma santé, de mon état mental et du reste. J’ai eu la chance d’être bien entouré et ce n’est pas le cas de tous les joueurs. J’ai réussi à passer ce cap et, maintenant, je me sens très bien.
Qu’en avez-vous retiré ?
Qu’il faut toujours avoir quelque chose à aller chercher, être finalement content de ne pas tout posséder. J’étais dans le dur l’an dernier, parce que j’ai arrêté de progresser et je m’en voulais de ne pas être meilleur que la saison précédente.
Vous culpabilisiez ?
Oui, parce que je voulais tout avoir. En fait, j’avais envie d’être meilleur que ce que j’étais à ce moment-là. Mais, parfois, il faut comprendre que les choses prennent plus de temps qu’on le voudrait.
Vous étiez remplaçant lors de la phase finale de Top 14. Même si ce fut dur à digérer, avez-vous appris du rôle que vous aviez à jouer ?
Oui, absolument. Ugo (Mola) m’avait dit ce qu’il attendait de moi, que mon rôle était très important aussi. Déjà, il faut penser à tous les autres joueurs et savoir qu’il y a toujours pire. Moi, je râlais un peu parce que j’étais sur le banc ou pas toujours dans le groupe. Mais il y a des mecs qui rêvent d’aller à Marcoussis, de s’entraîner avec le XV de France. Moi, j’ai la chance d’y être. Il faut voir le côté positif. Sinon, tu te prends la tête et tu finis par ne plus jamais être heureux dans la vie.
La tournée de novembre, durant laquelle le staff des Bleus vous a maintenu sa confiance, vous a-t-elle fait du bien ?
Évidemment. Je sais que je n’ai pas fait de gros matchs avec Toulouse en début de saison. Alors, voir que j’avais la confiance du staff, ça m’a renforcé et m’a donné envie de lui rendre cette confiance, de montrer que j’étais encore capable de réaliser de grosses performances. Quand on t’offre une chance de participer à un match aussi important que celui contre l’Afrique du Sud par exemple, tu ne veux pas t’arrêter là. Tu veux montrer aux entraîneurs qu’ils ont fait le bon choix.
D’autant que la concurrence est forte pour le numéro 5, avec un Mickaël Guillard performant depuis un an ou Thibaud Flament qui peut jouer à droite de la deuxième ligne…
Oui. Romain (Taofifenua) avait poursuivi sa carrière internationale et reste un très bon joueur. La concurrence est grande en deuxième ligne, en quatre et en cinq. Même si, quand il est disponible, je pense que « La Flamme » (surnom de Flament, NDLR) est parti pour garder longtemps son numéro quatre ! Mais, en cinq, beaucoup de joueurs progressent et je sens que, si je commence à faire des matchs moyens, ils seront là pour répondre présent. Heureusement que Josh (Brennan) et Micka (Guillard) peuvent passer en troisième ligne et me laisser un peu tranquille (rire). Sérieusement, c’est très bien pour l’équipe de France d’avoir beaucoup de mecs capables de jouer dans ce secteur.
Vous fixez-vous un objectif personnel ?
Oui, être le meilleur. Mon but, c’est de jouer tous les gros matchs et d’être le numéro cinq du XV de France.
Vous nous aviez dit par le passé que votre voie de progression passait par le fait de rester le plus longtemps possible sur le terrain. Contre l’Australie, vous n’êtes sorti qu’à la 65e minute…
Là aussi, c’est la confiance des membres du staff. Avant, ils me disaient : « Tu vas jouer pile 50 minutes et, vu qu’on fait un 6-2 ou un 7-1, on va te faire sortir. » Là, même avec un 6-2, ils commencent à me laisser plus longtemps sur le terrain, dans des matchs où c’est serré. Ils voient que je me sens beaucoup mieux à la 55e ou 60e. Et ça me donne confiance de voir le remplaçant en deuxième ligne encore sur le banc à la 60e minute. Cela me pousse à continuer à bosser, à faire des efforts. Je veux leur rendre à travers ma performance.
Sur quoi vous sentez-vous capable de franchir un cap en équipe de France ?
Je commence à être là depuis un moment, j’en suis à 11 sélections et je me sens de mieux en mieux, mais j’ai encore beaucoup à donner à cette équipe. J’ai fait des très bons matchs à Toulouse, mais je n’ai pas encore fait un très très bon match en équipe de France. C’est ça, mon projet personnel. Au niveau international, il me manque un match référence.
Peut-être contre l’Irlande ?
Oui, surtout que c’est une équipe très forte et un adversaire incroyable.