« Ça y est, je suis chevalier ! J’ai réussi ! » C’est « très ému » mais néanmoins rieur qu’Ali Akbar, 70 ans, a reçu mercredi des mains d’Emmanuel Macron sa médaille de chevalier dans l’ordre national du Mérite. Le président de la République a ainsi décoré le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris – et même de France, voire d’Europe, selon la BBC qui lui a consacré un portrait. Emmanuel Macron l’a présenté comme un « magnifique exemple » d’intégration, « qui rend notre pays plus fort et plus fier ». « Vous êtes l’accent du 6e arrondissement. La voix de la presse française », lui a encore dit le chef de l’État dans la salle des fêtes de l’Élysée, saluant cette figure incontournable du célèbre quartier de Saint-Germain-des-Prés.

Né à Rawalpindi (Pakistan) dans un milieu modeste, où il affronte « la pauvreté, le travail imposé, les violences ». Il quitte l’école à 12 ans, mais continue à apprendre à lire seul, et travailler. C’est à ses 18 ans qu’il quitte le pays pour l’Europe, passant par Kaboul (Afghanistan), Athènes (Grèce) ou encore Amsterdam (Pays-Bas). En 1972, le paquebot sur lequel il travaille fait escale à Rouen. Ali Akbar s’installe peu après à Paris, où il obtient une carte de séjour dans les années 1980. « Le sol français » lui a donné « l’espoir d’une vie meilleure », a martelé Emmanuel Macron dans son discours. « C’est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais. […] il y a aussi beaucoup d’histoires comme Ali qui s’écrivent, de femmes et d’hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier », a encore insisté le président.

Ce contenu est bloqué car vous n’avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d’informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.

Gérer mes choix


J’accepte
J’accepte tous les cookies

Twitter PlaceHolder

Il a rencontré Clinton, Birkin, Mitterrand…

À ses débuts de crieur, dans les années 1970, il rencontre un certain Georges Bernier – alias le professeur Choron, figure des journaux Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Celui-ci lui propose de vendre ses journaux satiriques. Ali Akbar choisit alors… le quartier de Sciences-Po Paris. Il raconte avoir alors croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés… et même le président de la Répubique actuel.

Mais aussi bien d’autres, selon le New York Times, qui lui a consacré un long article : de François Mitterrand à Bill Clinton – qui lui confiait que le Pakistan était « dangereux » – en passant par Jane Birkin ou encore Elton John, qui lui offrit un thé au lait à la brasserie Lipp. Toujours optimiste, Ali affiche tout de même une certaine nostalgie : « Avant, il y avait des éditeurs et des écrivains partout, ainsi que des acteurs et des musiciens. L’endroit avait une âme. Mais maintenant, ce n’est plus qu’une ville touristique », déplore-t-il. « L’âme est partie », conclut-il… mais en riant, toujours.

Ce contenu est bloqué car vous n’avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d’informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.

Gérer mes choix


J’accepte
J’accepte tous les cookies

« Ça y est ! »

D’un mariage arrangé avec une Pakistanaise en 1980, Ali  Akbar a eu cinq garçons, dont un autiste et un autre souffrant de plusieurs handicaps. Un sixième enfant est mort à la naissance. C’est sa vie « pas facile » qui lui a donné « pour mission de toujours faire rire les gens ». Il a aussi publié trois livres, dont Je fais rire le monde… mais le monde me fait pleurer. Aujourd’hui, cet homme svelte au visage fin distribue surtout Le Monde dans ces rues de la rive gauche de Paris, déclamant son célèbre « ça y est ! » avant de scander des titres parodiques. Une façon pour lui de se moquer des événements qui rythment la marche du monde, toujours avec le sourire. « Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur », glisse le président dans un clin d’oeil au quotidien du soir. Le français est « devenu votre langue, vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d’irrévérence tricolore », constate le président.

La capitale ne comptait déjà plus qu’une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée lorsqu’Ali Akbar a débuté. Installés à des endroits stratégiques – bouches de métro, croisements passants… Lui avait choisi de se démarquer, en déambulant à travers les rues. Avant d’innover encore, dans les années 1980, avec ses titres parodiques racoleurs. Ali Akbar dit avoir déjà en tête la fausse manchette du journal qu’il criera ces prochains jours, dans les rues du Quartier latin : « Ça y est, je suis chevalier ! J’ai réussi ! » La chaîne Pakistan TV lui a également consacré un sujet ce jeudi.

Ce contenu est bloqué car vous n’avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d’informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.

Gérer mes choix


J’accepte
J’accepte tous les cookies

Twitter PlaceHolder

Aujourd’hui pensionné à hauteur de 1 000 euros de retraite mensuelle, le crieur continue à travailler chaque jour, de 15 heures à 22 heures. Il parvient à écouler 30 à 40 journaux par jour à l’heure du tout-numérique – bien moins que les 150 à 200 de ses débuts. « Avant, les gens se pressaient autour de moi pour avoir le journal. Maintenant, je dois démarcher les clients pour essayer de leur en vendre un. Les gens veulent juste consulter leur téléphone », se souvient-il. « Mais je suis une personne joyeuse. Et je suis libre. Personne ne me donne d’ordres », concède celui qui conserve environ la moitié du prix de vente… mais n’est pas remboursé des invendus.

Son dossier « enlisé », il n’est toujours pas français

Interrogé sur son avenir, Ali Akbar conserve tout son humour : « J’ai demandé de me trouver une place ici ! », s’amuse-t-il, depuis les salons de l’Élysée. Avant de se reprendre : « Non, je vais continuer à vendre les journaux », et « amuser les gens avec mes blagues », conclut-il. Tout juste espère-t-il – enfin – obtenir la nationalité française grâce à sa médaille, son dossier étant toujours « enlisé dans les méandres de l’administration française », selon le New York Times.