Par
Antoine Blanchet
Publié le
29 janv. 2026 à 18h42
La photo ne sera pas diffusée dans la salle d’audience du tribunal ce jeudi 29 janvier 2026, mais elle vaut mille mots. Un couple de sexagénaires ligoté dans son propre salon. Tout est sans dessus dessous. Les mains sont attachées avec du Serflex. Les bouches sont bâillonnées. Les yeux écarquillés de terreur. L’image a été capturée par une amie des deux victimes, venue par hasard alors que le couple venait de subir un home-jacking dans leur appartement à Paris.
« On va te couper les doigts »
L’instant figé est l’aboutissement de dizaines de minutes de violence. Le 24 janvier 2025, peu avant 10 heures, on frappe à la porte du couple, dont le logement est situé porte d’Asnières dans le 17e arrondissement. La femme ouvre. Un jeune homme en livreur tient un colis. L’illusion ne dure que quelques instants. Deux autres individus encagoulés surgissent. Ils saisissent la sexagénaire à la gorge. Son mari est menacé avec un couteau. « On va te couper les doigts », lui lance un des intrus. Ils veulent des montres Rolex qu’il n’a pas. Finalement, le trio repart avec de l’argent liquide, une montre et des bijoux après avoir fouillé tout l’appartement. Préjudice financier : 25 000 euros. Préjudice psychologique : hypervigilance constante et état dépressif.
Très vite, les enquêteurs du premier district de police judiciaire sont mobilisés pour retrouver les saucisonneurs. On exploite les caméras et la téléphonie. La piste permet de retracer le parcours des voleurs. Partis de Chevilly-Larue dans le Val-de-Marne, ils y retournent après les faits… pour déguster une galette des rois en toute légèreté. Quelques semaines plus tard, deux d’entre eux sont interpellés. Ils n’ont pas 18 ans.
À la mi-janvier, ils ont été condamnés par le tribunal pour enfants de Créteil à 12 mois de prison avec sursis. À cette audience, pas de motif clair, si ce n’est qu’ils auraient été mandatés par un commanditaire inconnu.
« On m’a contacté sur les réseaux sociaux »
Entre les voleurs et leurs victimes, il y a Assan M.. Le jeune homme de 22 ans est tout seul dans le box de la 23e chambre du tribunal de Paris. C’est lui qui a emmené et ramené le trio sur le lieu du home-jacking. Interpellé, il est déjà en détention provisoire dans une affaire de proxénétisme sur mineur. Il reconnaît avoir pris le volant, mais sans savoir pour quelles raisons. « Je me suis inscrit à France Travail et j’ai loué une voiture pour faire du VTC sur Bolt. C’est là qu’on m’a contacté sur les réseaux sociaux pour que je fasse la course », palabre-t-il.
Il parle aussi vite que sa voiture partie en trombe de l’immeuble visité. Ses mots s’emmêlent et se contredisent. De quoi faire bouillir la présidente.
« Vous vous moquez de qui ? », tacle-t-elle.
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Elle ressort la durée totale du trajet qui pose question. Le prévenu a passé plus de quatre heures avec le trio pour un paiement de 150 euros. Il affirme avoir simplement attendu qu’on lui remette le prix de la course. « Vous êtes très compétitif », raille la magistrate.
« J’ai été abusé »
Durant tout son interrogatoire devant les juges, Assan M. maintient ne pas avoir compris qu’il s’agissait d’un home-jacking. « Ils sont redescendus avec un caddie de course », se remémore-t-il.
« Vous déposez trois personnes devant une adresse. Ils redescendent cinq minutes après avec un sac et vous ne vous dites rien ? », tente la présidente.
« Dans le feu de l’action, je ne me suis pas posé de question », répond l’intéressé.
« Il y a une victime présente dans la salle. Vous n’avez pas l’impression de vous cacher derrière votre petit doigt ? », le charge la procureure.
« J’ai été abusé »
« Il n’y a pas de certitudes. Il n’y a que des doutes »
À la fin de cet interrogatoire nébuleux, impossible de savoir si Assan M. avait connaissance des projets de ses passagers. Un élément essentiel, car s’il n’était pas au courant de l’infraction qu’il a aidé à commettre, il ne peut être condamné pour complicité. Côté parquet, on a la certitude qu’il ne pouvait pas l’ignorer. « Ce jour-là, sa course n’est pas déclarée, alors que toutes les autres le sont. On a des mineurs qui arrivent équipés. Sa position aujourd’hui, elle a été d’une particulière lâcheté », fustige la magistrate. Elle demande quatre ans de prison, dont une année avec sursis et un maintien en détention, ainsi que 5 000 euros d’amende.
Si le prévenu n’a pas brillé par son éloquence, son avocate oui. Avec fougue, Me Alexandra Dufour vocifère, argumente et démontre pour obtenir la relaxe de son client. « Que ce soit avant, pendant ou après les faits, aucun des trois mineurs n’a eu de contact téléphonique avec lui ! », déclare la pénaliste en brandissant les exploitations de bornage réalisées lors de l’enquête. La vidéosurveillance est aussi sollicitée pour disculper : « Pendant le home-jacking, on le voit faire un tour en voiture avant de revenir. Vous êtes un mauvais délinquant monsieur, mais aussi un mauvais guetteur », lance l’avocate en frappant la barre, les yeux fixés sur le jeune prévenu. « Il n’y a pas de certitudes. Il n’y a que des doutes dans ce dossier », affirme-t-elle dans sa péroraison.
Le délibéré est attendu dans la soirée.
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