Né en 1924, Seymour Reichlin est un médecin chercheur reconnu pour ses contributions majeures dans le domaine des interactions entre les systèmes nerveux et hormonal. Figure pionnière de la neuroendocrinologie et de l’immunologie, il a été tour à tour professeur dans plusieurs universités américaines (Rochester, Tufts, Université de l’Arizona, etc.), président de l’Endocrine Society dans les années 1970 et premier président de la Pituitary Society. Il a reçu de nombreux prix et est à l’origine de plus de 400 publications scientifiques.

Le neurologue travaille désormais à l’exploration des bases neuronales et hormonales des expériences de mort imminente. Comment expliquer l’exceptionnelle vivacité intellectuelle de cet homme aujourd’hui âgé 101 ans et qui n’a jamais cessé ses activités ?

Dans un article publié dans Genomic press, sa collaboratrice Esther Sternberg a analysé la personnalité et le tempérament du chercheur. Son objectif : tenter, à la lumière des études menées sur les facteurs de protection contre la démence, de repérer quels traits les plus saillants ont pu permettre au scientifique de préserver si longtemps sa santé cognitive.

Rester en lien avec les autres

D’abord, Seymour Reichlin est un homme extrêmement sociable. Doté d’une grande joie de vivre et d’une fidélité à toute épreuve dans ses amitiés, il a su entretenir durant toute sa vie des relations nourries avec des chercheurs de toutes les générations. Il semble qu’il s’est toujours efforcé de voir « physiquement » les gens, en partageant des repas avec ses amis et en leur rendant visite.  

Selon Esther Sternberg, la littérature scientifique met en évidence que le fait d’avoir des relations positives diminue le stress et le risque de maladie qui y est souvent associé.

Selon les études menées sur des populations de centenaires, la longévité et une meilleure santé sont également associées à des relations intergénérationnelles riches et variées. À l’inverse, la solitude a de nombreux effets néfastes sur la santé et pourrait même, selon certaines études, être aussi néfaste que de fumer deux paquets de cigarettes par jour.


Des relations sociales riches, de la curiosité et de l’humour : trois facteurs qui pourraient contribuer à préserver ses capacités cognitives plus longtemps. © XD avec ChatGPT

S’émerveiller et rester ouvert aux nouvelles expériences

Au cours des dernières années, Seymour Reichlin a développé sa propre quête spirituelle en explorant, à travers le prisme de la neuroendocrinologie et des neurosciences, des expériences « limites ». Il a par exemple mené des études sur la mort imminente (near death expérience), c’est-à-dire les sensations ou les visions perçues par les individus en mort clinique, dans le coma avancé ou à l’approche de leur mort. Il est également toujours resté émerveillé par le monde qui l’entoure : la science, mais aussi les gens, les nouvelles expériences ou les activités créatrices.

Les études montrent que la spiritualité et l’ouverture sur l’extérieur réduisent le stress et améliorent la résilience. Il semble que l’attitude de Seymour Reichlin vis-à-vis de son propre vieillissement – il est resté serein et même curieux face à la perte progressive de certaines de ses facultés – lui ait permis de mettre en place des stratégies d’adaptation et des recadrages positifs qui lui ont permis d’optimiser ses capacités cognitives.

Savoir rire et faire rire

Seymour Reichlin était également connu pour son grand sens de l’humour, notamment pour sa capacité à rire et à faire rire son entourage (ce qui explique aussi ses nombreuses amitiés).

Selon Esther Sternberg, le rire stimule les voies neuronales de sécrétion de la dopamine (système dopaminergique), il abaisse la pression artérielle et améliore la santé mentale. Il contribue également à réduire le stress et améliorer le bien-être.

Faire feu de tout bois

C’est probablement la convergence de l’engagement social, de la stimulation intellectuelle, des activités utiles, de l’humour et de l’exploration spirituelle qui explique finalement comment Seymour Reichlin est parvenu à jouir, à plus de 100 ans, d’un fonctionnement cognitif et social exceptionnel.

À méditer…