L’industrie automobile britannique se
réveille avec la gueule de bois. Le secteur traverse une tempête
qui va sans doute laisser des traces.

L »année 2025 restera dans les annales pour les constructeurs
d’outre-Manche, avec un volume global tombé à 764 715 véhicules,
soit une chute de 15,5 %. Si les espoirs reposent désormais sur
l’arrivée de nouveaux modèles électriques et une possible reprise
en main par des investisseurs chinois, la menace de nouvelles
barrières douanières avec l’Union européenne plane comme une épée
de Damoclès.

Une tempête britannique qui n’en finit pas

Les chiffres publiés par la SMMT (l’association des
constructeurs britanniques) confirment ce que tout le monde
redoutait. L’industrie automobile du Royaume-Uni a touché le fond.
Avec seulement 764 715 véhicules assemblés l’an passé, le
pays revient à des niveaux de production que l’on n’avait plus vus
depuis très longtemps
. Mike Hawes, qui dirige
l’association, qualifie 2025 d’année « la plus rude d’une
génération ». Et pour cause, les chaînes de montage ont
accumulé les pépins. Le coup le plus douleur a sans doute été cette
cyberattaque qui a paralysé
Jaguar Land Rover
début septembre.

De plus, la fermeture définitive de l’usine Vauxhall de
Luton en mars a marqué les esprits
. Ce site historique,
qui a vu passer des générations d’ouvriers, a baissé le rideau pour
de bon, laissant un vide immense et plombant les statistiques des
véhicules utilitaires (-62 % !). On pensait avoir tout vu,
malheureusement, la géopolitique s’en est mêlée. L’annonce par
Donald Trump d’imposer de nouvelles
taxes
à l’importation a jeté un froid. Même si un compromis a
permis de limiter la casse, les droits de douane pour accéder au
marché américain ont quadruplé, passant de 2,5 % à 10
%.
Disons-le clairement, c’est un coup de frein pour les
constructeurs britanniques.

L’espoir est là !

Pourtant, au milieu de ce marasme, on veut croire que le rebond
est possible. La SMMT table sur une remontée des volumes
au-dessus du million d’unités d’ici 2027
. Ce scénario
repose presque entièrement sur l’électrification. Il faut préciser
que les usines anglaises n’ont pas chômé pour se transformer.
Pour preuve, Nissan
a commencé à sortir sa nouvelle Leaf à Sunderland juste
avant Noël
, et JLR s’apprête à lancer ses Range Rover et
Jaguar à batteries depuis Solihull.

Mais pour atteindre les objectifs gouvernementaux, qui rêvent de
1,3 million de véhicules en 2035, il faudra plus que de la bonne
volonté. Mike Hawes le reconnaît sans détour. Il faudra
probablement qu’un nouveau constructeur vienne planter son drapeau
sur le sol britannique.
Les regards se tournent évidemment
vers l’Est. « C’est clairement du côté des Chinois que ça se
passe », glisse-t-il.

Reste un obstacle de taille, et il vient cette fois de
Bruxelles. Le spectre d’un protectionnisme européen plus décomplexé
inquiète Londres au plus haut point. L’Union européenne pourrait
réserver 100% de ses bonus écologiques aux voitures fabriquées sur
le continent. Si les batteries et les composants ne sont pas assez
locaux, les voitures électriques britanniques prendront des droits
de douane prohibitifs en traversant la Manche. Pour
l’instant, la capacité de production de batteries en Europe et au
Royaume-Uni est trop faible pour respecter ces normes
.
Hawes espère un délai de grâce, un arrangement de dernière minute,
car sans cela, l’accès au marché unique deviendrait un parcours du
combattant.