Annoncée discrètement le 20 janvier dernier, la suppression de la ligne TGV Nice-Nancy et son remplacement par un Ouigo Marseille-Strasbourg isole les voyageurs azuréens des régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, et inversement. « Une réorientation de l’offre » assumée par SNCF Voyageurs, tandis que les syndicats déplorent une baisse de la desserte.

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Rallier Dijon, Besançon, Mulhouse, Strasbourg ou encore Nancy directement en train depuis la Côte d’Azur ne sera bientôt plus possible. C’est la conséquence de l’annonce par SNCF Voyageurs de la suppression, à compter du mois de décembre 2026, de la liaison TGV Inoui directe entre les gares de Nice et Nancy, qui est actuellement l’une des plus longues de France. Une annonce faite dans un communiqué de presse présentant les nouvelles liaisons Ouigo.

En effet, dès la fin d’année 2026, c’est un train bleu et rose de la branche low-cost de la SNCF, Ouigo, qui circulera sur cette ligne. Le trajet sera alors raccourci pour devenir une ligne Marseille-Strasbourg, supprimant la desserte de la Côte d’Azur et de la section Strasbourg-Nancy.

Contactée par France 3, la compagnie SNCF Voyageurs, désormais face à la concurrence de l’italien Trenitalia et de l’espagnol Renfe sur la grande vitesse en France, confirme la suppression de la ligne Nancy-Nice. L’opérateur ferroviaire historique estime que le nouveau train Ouigo entre Marseille et Strasbourg « offrira plus car cette liaison low-cost proposera des prix encore plus attractifs et plus de places, chaque OUIGO proposant près de 1300 places contre un peu plus de 500 pour un TGV INOUI », nous précise-t-on.

La SNCF complète en précisant qu’un TGV Inoui classique entre Nancy et Marseille circulera uniquement les week-ends, et « tous les jours pendant les vacances d’été et de Noël ».

Il s’agit bien d’une réorientation de l’offre pour mieux répondre aux attentes de tous nos clients.

SNCF Voyageurs,

à France 3 Côte d’Azur.

Cette « réorientation de l’offre » n’est pas sans conséquences pour les voyageurs azuréens. Ceux désirant se rendre dans les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est devront désormais effectuer une correspondance à Marseille ou à Paris. Si le trajet Nice-Nancy avec un passage par Paris est plus court d’une heure que le trajet direct, il faudra plus de temps pour relier certaines villes desservies en train :

  • Un trajet Nice-Dijon : il faut 6h30 avec le TGV Inoui direct, entre 6h50 et 8h30 avec une correspondance*
  • Un trajet Nice-Besançon TGV : il faut 7h avec le TGV Inoui direct, environ 8h30 avec une correspondance*
  • Un trajet Nice-Mulhouse : il faut 8h avec le TGV Inoui direct, environ 9h avec une correspondance*
  • Un trajet Nice-Strasbourg : il faut 9h avec le TGV Inoui direct, entre 8h45 et 9h45 avec une correspondance*

Mais ces trajets, très longs, correspondent-ils vraiment aux attentes des voyageurs ? Selon Delphine Sene, consultante experte du domaine des transports, la demande n’était probablement pas suffisante. Elle rappelle que l’offre TGV « est 100% financée par la SNCF », alors que la concurrence aérienne est rude . « Avant de prendre ces décisions, on fait des études de la demande, et on regarde le nombre de gens qui font l’intégralité du trajet, de l’origine à la destination », rappelle la spécialiste.

Il faudrait voir comment la SNCF va recomposer son offre : les trajets longs, ce n’était pas la majorité des billets qui étaient vendus.

Delphine Sene, consultante et experte des transports,

à France 3 Côte d’Azur.

Selon elle, la SNCF a fait un choix « rationnel », « faire rouler des trains vides, ça n’a aucun sens. Ça nécessite une correspondance supplémentaire pour faire Nancy-Nice, mais combien sont-ils ? », questionne Delphine Sene. Questionnée, la compagnie ferroviaire ne nous a pas communiqué de données sur ce point.

Un TGV Ouigo entre Marseille et Strasbourg remplacera quotidiennement la ligne TGV Inouï Nice-Nancy.

Un TGV Ouigo entre Marseille et Strasbourg remplacera quotidiennement la ligne TGV Inouï Nice-Nancy.

© Delphine Goldsztejn / MAXPPP

Pas de quoi convaincre certains syndicats cheminots, comme la CFDT. Son secrétaire général pour la région Paca Benoît Riondy estime que la suppression de la desserte de la Côte d’Azur et de Nancy est « une mauvaise décision, qui est regrettable ».

Il est vrai que pour faire Nice Nancy, ça prenait du temps, mais encore une fois c’est du report vers l’aérien.

Benoît Riondy, secrétaire général de la CFDT Cheminots Paca,

à France 3 Côte d’Azur.

« C’est encore une réduction de l’offre aux voyageurs, d’autant plus que c’est sur une ligne transversale qui ne dessert pas Paris », estime le cheminot, pour qui la partie la plus dommageable est « la limitation » du nouveau train Ouigo « à Marseille ». Ce n’est par ailleurs pas la première fois qu’une grande ligne desservant la Côte d’Azur est rabotée : depuis fin 2017, les trains Intercités qui roulaient auparavant entre Bordeaux et Nice s’arrêtent également à Marseille.

Un recul également dénoncé par la CGT Cheminots de Nice, qui pointe « une dégradation continue et préoccupante » de l’offre ferroviaire à grande vitesse sur la Côte d’Azur. Le syndicat déplore une décision qui « s’inscrit dans une logique globale de recul de la desserte nationale et internationale du bassin azuréen ».

Un TGV Inouï desservant la gare de Cannes, le 29 janvier 2026.

Un TGV Inouï desservant la gare de Cannes, le 29 janvier 2026.

© Victor Combalat / France Télévisions

Dans un communiqué daté du 29 janvier 2026, le secrétaire général de la CGT cheminote niçoise Nicolas Laugier rappelle qu’il « y a encore quelques années, Nice et la région bénéficiaient de liaisons directes vers de nombreuses grandes villes françaises et européennes : Dijon, Strasbourg, Bruxelles, Genève, Hendaye, mais aussi Milan, Rome ou encore Venise ». Une désertion progressive jugée inquiétante, alors que Nice est toujours la grande ville la plus éloignée de Paris en temps de trajet de TGV.

Nice et la Côte d’Azur ne doivent pas devenir un territoire enclavé sur le plan ferroviaire.

Nicolas Laugier, secrétaire général de la CGT Cheminots Nice,

par communiqué de presse.

« La suppression de la section Marseille-Nice va engendrer un report vers l’aérien, ou vers une société concurrente de la SNCF, Transdev », qui a repris le TER entre les deux villes, souligne Benoît Riondy de la CFDT. « Certes la SNCF doit concurrencer les autres opérateurs avec l’ouverture des lignes à la concurrence, en mettant du train moins cher comme Ouigo, mais sans pour autant abandonner les axes secondaires », clame le syndicaliste.

Quand on prend du recul, c’est une façon de se faciliter la tâche, de ne pas répondre aux déplacements sur le terrain. On ne répond qu’à des logiques financières.

Benoît Riondy, secrétaire général de la CFDT Cheminots Paca,

à France 3 Côte d’Azur.

Selon la CFDT, la portion de ligne entre Marseille et Nice n’est pas déficitaire pour les TGV Inoui qui l’empruntent, mais elle « rapporte moins ». Les voyageurs souhaitant prendre le train entre le sud-est et le Grand Est devront donc pour beaucoup passer par Paris, loin d’une décentralisation pourtant souhaitée. « Avec la suppression de ce train, la décentralisation est en nette régression », glisse le syndicaliste.

La CGT Cheminots appelle de son côté la compagnie ferroviaire « à mettre fin à cette spirale de recul et à rétablir des liaisons TGV directes répondant aux besoins réels des usagers ». Questionnée sur les conséquences de la suppression de la liaison Nice-Nancy pointées par les syndicats, comme les raisons de l’isolement de Nice ou encore l’éventualité d’un report des passagers vers l’aérien, SNCF Voyageurs n’a pas donné suite à nos demandes.

*Données issues d’une simulation sur le site SNCF Connect, à la date du 28 janvier 2026.