C’est sur la piste que Victoire Berteau va lancer sa saison 2026. À partir de dimanche, elle participera sur la piste de Konya (Turquie) à trois épreuves du Championnat d’Europe, à savoir la poursuite par équipes, l’élimination et la course aux points. La sociétaire de Cofidis a de grandes ambitions pour cette année, aussi bien dans les vélodromes que sur la route, après un exercice 2025 très frustrant, où elle n’a pas pu participer aux Classiques printanières et où elle a été gênée par une sciatique enfin diagnostiquée pendant l’hiver. À l’occasion du stage de Cofidis mi-janvier, DirectVelo a fait le point avec la Picarde de 25 ans.

DirectVelo : Comment juges-tu ta saison 2025 ?
Victoire Berteau : Je la critique énormément. Je n’ai pas été à la hauteur de mes attentes ni de celles de l’équipe. J’ai des explications. J’ai été blessée début avril avant le Tour des Flandres (elle a été victime d’une commotion cérébrale lors d’À Travers la Flandre, NDLR), ça m’a mis un coup de massue. Par ailleurs, depuis plus d’un an et demi, je suis gênée à la jambe droite. J’ai une sciatique. J’ai découvert que c’était ça cet hiver.

Ça a dû être un soulagement de l’apprendre…
Ça fait du bien de mettre des mots sur une chose qui n’allait pas. Je savais qu’il y avait un problème. Je n’avais pas de sensations dans la jambe, j’avais des engourdissements, des fourmis dans le pied, une perte de force… Cet hiver, on a pris les choses au sérieux et j’étais entourée des bonnes personnes.

« EN FIN DE SAISON, J’AI RETROUVÉ DU PLAISIR »

Comment soigner une sciatique ?
C’est compliqué. J’ai fait une infiltration en décembre. Depuis, c’est beaucoup de renforcement, d’étirements, de physio… Je suis assidue sur le travail à faire. Ça dépend des jours mais je vois du progrès. Je repédale avec deux jambes.

Comment as-tu vécu tout cela ?
Clairement, plus les jours passaient, plus je m’enfonçais. J’ai pris une taule à l’UAE puis au Nieuwsblad. Ensuite, ça a été un cercle vicieux au fur et à mesure des Classiques. J’ai essayé de me remobiliser après ma blessure en avril. J’ai revu le jour, j’étais très bien au Championnat de France puis on est parties sur le Tour où je me suis pris une sacrée branlée. J’avais peut-être fait un peu trop du off avant le Tour. Si je le refais cette année, j’aurais peut-être une approche différente. J’ai vite mis mes ambitions personnelles de côté pour servir à l’équipe, notamment Julie (Bego) qui avait le maillot blanc. En fin de saison, j’ai retrouvé du plaisir sur la route au Simac, à Binche et sur les courses à la maison. 

La coupure hivernale a dû te faire du bien…
J’ai fait le Mondial au Chili puis je suis partie deux semaines au Mexique, avec Marion (Borras), sans vélo, sans rien. Puis j’ai coupé à la maison pour récupérer du Mexique (sourire). Ça m’a fait du bien physiquement et mentalement. Je suis repartie de zéro pour cette nouvelle saison.

« MON MOYEN DE M’ÉVADER »

Comment s’est passée ta préparation hivernale ?
Je suis dans des valeurs jamais faites jusque-là, donc c’est très positif. On bosse bien avec l’équipe. Il n’y a que trois recrues alors on se fait confiance. Il y a un bon petit noyau de sprinteuses. On espère faire un beau début de saison. Je vais moins courir et plus cibler les grands rendez-vous. L’an passé, j’ai couru plus de 50 jours en étant blessée plus d’un mois. Cette saison, je vais rester parfois deux semaines à la maison pour m’entraîner et progresser. 

Tu seras à partir de dimanche au Championnat d’Europe… Pour toi, c’était une évidence d’y aller ?
C’est mon univers, mon moyen de m’évader. J’en ai besoin. J’ai un sentiment d’inachevé par rapport au dernier Mondial. Je vais au Championnat d’Europe avec de l’ambition et de l’envie. Je ne ferai pas en revanche de Coupe du Monde. Elles sont après Paris-Roubaix et après un objectif, il faut savoir couper. Pour la piste, je remettrai le pied à l’étrier pour le Mondial qui va compter pour la qualification des JO de Los Angeles.

La saison a été difficile pour plusieurs filles de Cofidis. L’équipe vous laisse facilement faire de la piste ?
On est cinq pistardes au top niveau mondial dans l’équipe avec Valentine (Fortin), Marion (Borras), Amalie (Dideriksen) et Martina (Alzini) L’équipe est très flexible là-dessus même s’il faut qu’on soit performantes sur la route bien sûr. Le staff nous laisse gérer notre planning. On a bossé dessus avec l’entraîneur, comme je le disais je n’irai pas sur les manches de la Coupe du Monde. L’équipe sait que ce sont deux disciplines qui se correspondent. Ce n’est pas comme si on faisait du cheval et une course sur route, là l’équipe serait moins d’accord (sourire). 

« J’AI ENVIE DE GAGNER PEU IMPORTE LA COURSE »

Tu as 25 ans. Quel regard portes-tu sur ta carrière à ce stade ?
Il y a quelques jours, j’expliquais les liserés sur nos maillots à une amie qui n’est pas du vélo. Sur la piste, j’ai un sentiment d’inachevé. J’ai six médailles européennes, je ne sais pas combien au niveau mondial mais je n’ai jamais eu de maillot étoilé ou arc-en-ciel. J’ai faim, j’ai envie d’avoir l’un de ses maillots et de le porter. À force de finir 2e ou 3e, on a le droit d’être sur la plus haute marche. J’ai envie de m’en donner les moyens, de prendre le risque de tout perdre pour gagner.

Et sur la route ?
J’avais beaucoup d’envie après ma saison 2024 mais 2025 m’a rappelée à la réalité. J’ai de grandes ambitions en 2026, j’ai envie de gagner peu importe le niveau de la course. Une WorldTour, une Classe 2, je m’en fous, j’ai envie de lever les bras.