« J’ai décidé de supporter le personnel hospitalier qui est maltraité. Je ne supporte pas la maltraitance, je n’ai aucun conflit d’intérêts, je suis libre. J’aurais pu me taire, mais j’ai décidé de ne pas le faire », a posément, entamé le professeur « lanceur d’alerte ».

Micro en mains, devant plus de 200 personnels du CHU de Nice rassemblés devant l’hôpital Pasteur 2, il a sobrement expliqué pourquoi il a « déposé un article 40 ». « Le harcèlement moral, le harcèlement institutionnel, c’est un délit pénal », a-t-il avancé.

Mercredi 28 janvier 2026, ce professeur a été entendu par le procureur de la République. Un deuxième signalement sur la base d’un article 40, émanant cette fois d’un médecin du travail, a atterri sur son bureau.

Le parquet confirme l’ouverture de deux procédures. Les investigations ont été confiées au Service local de police judiciaire de Nice.

« Je veux juste que ça s’arrête »

« Dans mes propos, il n’y a aucune diffamation, il y a des témoins et ils seront de plus en plus nombreux », a-t-il enchaîné. Le parvis des urgences, bondé, l’acclame.

« Je veux juste que ça s’arrête, je veux juste qu’on retrouve une ambiance bienveillante. Le moment n’est pas venu de supprimer des postes (…), c’est ce qui se fait actuellement dans des conditions qui sont inacceptables », a conclu le professionnel de santé, au milieu d’une marée de drapeaux de la CFDT et de la CGT, les deux syndicats à l’origine de la manifestation de ce jeudi 29 janvier 2025 dans l’après-midi.

Force Ouvrière ne s’est pas joint au mouvement destiné à dénoncer « la délégation polaire » : une restructuration initiée par Rodolphe Bourret, le directeur du CHU de Nice. Une réorganisation inédite en France qui est loin de faire l’unanimité au sein du personnel.

Christian Estrosi promet de couvrir les quartiers prioritaires (Ariane, Moulins, Nice-Nord) pour lutter contre les déserts médicaux urbains, incluant une unité mobile pour les personnes isolées.

« On est au niveau de la maltraitance »

« C’est chez nous que les salariés viennent s’effondrer. On a l’habitude de gérer la souffrance, mais là on en est au niveau de la maltraitance », bombarde Anne-Laure Salaun, secrétaire adjointe de la CFDT 06.

« On a tenté de négocier, mais même le cadre légal est optionnel. Le bien-être au travail n’est pas négociable, on a choisi de ne pas se taire », renchérit son collègue Mickael Queralh. « Les agents ont peur de parler, il y a urgence à agir car le danger est grave », soupirent-ils.

« Des gens qui ont fait toute leur carrière au CHU pensent à partir », ajoute Anne-Laure Salaun qui évoque « une vague de démissions ». Les mots leur manquent pour traduire « l’ampleur du malaise ».

« L’hôpital va craquer », prévient, sans ambages, Stéphane Gauberti, le truculent patron de la CGT santé. « La restructuration a été votée contre l’avis du personnel. Ça concerne environ 500 personnes, surtout les ASH, les agents de bio nettoyage, qui voient leur vie, leurs horaires complètement chamboulés. On a fait signer une pétition, elle a recueilli 800 signatures », dit-il encore. « On demande purement et simplement l’arrêt de son application », lance-t-il.

Avant de signaler : « Un management autoritaire, très dur, à marche forcée. Je retrouve des agents en pleurs, en panique, je n’ai jamais vu autant de burn-out, d’épuisement ça suffit ».

Et d’insinuer que ce rassemblement « raisonnable et responsable » n’est que le début d’une série de futures actions.

Le CHU dément et réaffirme son « plein attachement au dialogue social »

« La sécurité et la qualité des soins constituent [nos] priorités absolues, indissociables de la santé et de l’engagement des professionnels qui les assurent au quotidien », a réagi la direction du CHU de Nice, dans un communiqué. « Le CHU de Nice place la qualité de vie et les conditions de travail de ses professionnels au cœur de ses priorités stratégiques », insiste-t-elle.

En ce début d’année, précise la direction, ont été lancés « des États Généraux de la santé des professionnels (…) Ils permettront de donner pleinement la parole aux acteurs de terrain et de structurer des actions concrètes et durables en faveur du bien-être au travail ».

Et le CHU de Nice de réaffirmer « son plein attachement au dialogue social et à la prévention des risques professionnels ». Enfin, « si des procédures devaient être engagées, les personnes concernées répondront aux autorités compétentes dans le cadre légal prévu par les textes législatifs et réglementaires applicables », avertit la direction.