Par

Anaelle Montagne

Publié le

29 janv. 2026 à 18h51

La bourde. À cause d’un simple tir parti accidentellement, les suspects d’une tentative de meurtre se sont jetés tout droit dans la gueule du loup. Ce lundi 26 janvier 2026, la découverte d’une ogive tirée par maladresse dans un appartement à Toulouse a mené les enquêteurs jusqu’à un Airbnb… dans lequel se trouvaient quatre personnes, armées jusqu’aux dents.

Ce qu’ils ont découvert ensuite ne s’invente pas : l’une des armes retrouvées dans le logement a servi dans une tentative d’assassinat, à Ondes, au nord de la Ville rose, quelques jours plus tôt. Et les commanditaires présumées s’avèrent être (très) proches de la victime.

Motif fallacieux

Toc, toc. Il est 8 h 45 quand la victime, âgée de 35 ans, entend frapper à la porte ce dimanche 18 janvier, rue des Marronniers à Ondes. Tiens, qui ça peut bien être ? Un jeune homme de 17 ans se présente, un peu paniqué, et indique qu’il vient d’accrocher sa voiture. Il faut venir, vite, pour faire un constat. Le trentenaire s’exécute – et c’est bien vers son exécution qu’il se dirige.

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Alors qu’il se trouve dans la rue, une voiture s’approche lentement de lui. À bord, un tireur dégaine un revolver et tire. À six reprises, au moins. Deux balles touchent la victime, au bras et à la cuisse. Alors que le trentenaire s’effondre, blessé, le jeune homme de 17 ans et le tireur l’abandonnent à son sort et prennent la fuite en voiture.

Le trentenaire s’en sort

La victime est très vite hospitalisée ; son pronostic vital n’est pas engagé, malgré ses graves blessures. Miraculeusement, après avoir été criblé de balles, le père de famille s’en sort.

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Les indices récupérés sur la scène de crime – notamment six douilles – sont ensuite transmis au laboratoire de police technique et scientifique de la police judiciaire pour exploitation. Et l’enquête pour « tentative de meurtre », confiée à la brigade de recherches de Villeneuve-Tolosane, suit son cours. Jusqu’à ce qu’un élément vienne accélérer les avancées des enquêteurs.

Le tir accidentel qui fait tout basculer

Lundi 26 janvier, en fin d’après-midi, la police de Toulouse reçoit un appel étonnant. « Un papa, qui aidait sa fille à déménager, a découvert une ogive dans son armoire », relate Patrick Léonard, le chef du Service interdépartemental de la police judiciaire de Toulouse, lors d’une conférence de presse tenue jeudi 29 janvier.

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La balle a visiblement été tirée depuis l’appartement d’à côté, loué en Airbnb. Arrivés sur place, les policiers « obtiennent non sans difficulté l’ouverture de la porte »… et aperçoivent dans l’entrebâillement ce qui ressemble à des munitions. Bingo.

Fusil à pompe, revolvers et pistolet automatique

Les quatre individus qui se trouvent à l’intérieur planquent un véritable arsenal : deux revolvers, un pistolet automatique, un fusil à pompe, des gants et des cagoules. Il est temps pour la DCOS (la division de la criminalité organisée et spécialisée), saisie du dossier, de les envoyer au laboratoire de police scientifique pour faire parler les armes. Et elles en ont, des choses à raconter…

Suite aux analyses « effectuées dans un temps record », les enquêteurs découvrent que le revolver a servi à la tentative d’assassinat du père de famille, à Ondes. Le parquet regroupe alors les deux enquêtes, confiées à la section de recherches de Toulouse.

La belle-soeur de la victime était dans l’Airbnb

« En plus de l’arme, qui a permis de recouper les deux affaires, il s’avère qu’une des personnes qui se trouvaient dans l’Airbnb était la belle-soeur de la victime », détaille Mikaël Petit, le commandant de la Section de recherches de Toulouse. Un élément de taille. Elle fait donc partie des protagonistes qui seront placés en garde à vue.

Lors des auditions, l’affaire s’éclaircit : « L’un des occupants du Airbnb reconnaît être l’auteur des coups de feu, et explique ce qui s’est passé », relate Mikaël Petit.

Les violences conjugales au cœur de l’affaire

La belle-soeur de la victime – c’est-à-dire la femme de son frère -, âgée de 31 ans, est suspectée d’avoir commandité la tentative d’assassinat aux côtés de la compagne de la victime. Pour quelle raison ? L’affaire semble tourner autour des violences conjugales.

En bref, la victime pourrait avoir été l’auteur de violences conjugales sur sa compagne de 29 ans, bien qu’il n’ait jamais été condamné pour de tels faits (ces éléments sont donc à prendre avec précaution). Son frère, lui, est actuellement en détention pour des violences conjugales, commises sur son épouse. « Ce qui pourrait expliquer l’adhésion des deux belles-sœurs à un projet commun », suppose le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz.

96 heures de garde à vue

Une information judiciaire a été ouverte à la demande du parquet, pour « tentative de meurtre en bande organisée », « participation à une association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime en bande organisée », « détention d’armes de catégorie B », et « recel d’un bien provenant d’un vol » (en l’occurrence, la voiture utilisée lors de la tentative de meurtre, retrouvée calcinée dix jours après les faits, à Mondonville).

Les deux jeunes femmes ont été placées en garde à vue (prolongées) aux côtés de trois autres hommes, questionnés pendant 96 heures par les enquêteurs. Tous ont ensuite été déférés devant un magistrat à la demande du parquet, qui a requis cinq mandats de dépôt. Qui sont les trois hommes impliqués ?

Un intermédiaire faisait le lien entre le tireur et la famille

Il y a d’abord le jeune homme de 26 ans qui a avoué être le tireur. Son casier judiciaire est noirci de condamnations ; il aurait agi en état de récidive légale, non pas pour la tentative de meurtre, mais pour les délits associés. « Il est sorti de la maison d’arrêt de Béziers le 15 décembre ». En très peu de temps, il est donc parvenu à se procurer un bel arsenal – si tant est qu’il en soit l’acheteur…

L’adolescent de 17 ans qui a frappé à la porte avec un motif fallacieux, le matin des faits, fait également partie des mis en cause. Enfin, un jeune homme de 22 ans est inclus dans le lot ; il aurait agi comme intermédiaire, faisant le lien entre celui qu’on pourrait considérer comme le tueur à gages, et les commanditaires présumées de la tentative de meurtre. Lui aussi aurait agi en récidive, sauf en ce qui concerne la tentative de meurtre : il a été condamné à neuf reprises pour des délits.

L’équipe prévoyait-elle de finir le travail ?

Les cinq protagonistes pourraient être mis en examen par le magistrat devant qui ils ont été déférés. En dépit des avancées massives dans l’enquête, de nombreuses questions persistent, prévient cependant le procureur de la République de Toulouse.

Qui a volé la voiture ? Quel a été le rôle exact des commanditaires présumées, qui ne reconnaissent pas les faits ? Quelle valeur monétaire avait la vie de la victime ?

Et surtout, l’équipe retrouvée dans l’Airbnb prévoyait-elle une nouvelle tentative de meurtre pour finir le travail ? « Quand vous avez une équipe, toujours présente dans un appartement avec des armes, prêtes à être utilisées, on peut légitimement se poser cette question », clôt le chef de la SIPJ, Patrick Léonard. Affaire à suivre.

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