Les polluants éternels sont contenus dans de nombreux objets du quotidien comme les poeles de cuisine.

Les polluants éternels sont contenus dans de nombreux objets du quotidien comme les poeles de cuisine. JEAN-FRANCOIS FORT / HANS LUCAS VIA AFP

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Les polluants éternels (PFAS) coûtent très cher à la société. Ces substances chimiques persistantes, omniprésentes dans notre quotidien, pourraient coûter jusqu’à 1 700 milliards d’euros à l’Union européenne d’ici l’horizon 2050, selon un rapport publié ce jeudi 29 janvier, à la demande de Commission européenne.

La pollution aux PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées) a des conséquences importantes sur la santé humaine : des maladies et des complications de santé telles que l’augmentation du taux de cholestérol, des cancers, des problèmes de fertilité ou encore de développement des fœtus. Les conséquences des PFAS sur l’environnement ne sont pas non plus négligeables tant ils contaminent les eaux, les sols et perturbent des processus naturels comme la pollinisation.

Les coûts pour y remédier sont considérables : entre 330 milliards d’euros jusqu’à 1 700 milliards, d’ici vingt-cinq ans. C’est ce qu’a tenté de chiffrer cette étude, qui établit quatre scénarios de dépenses selon l’ampleur des mesures décidées par Bruxelles contre les PFAS.

Ces scénarios sont des estimations, qui sous-estiment probablement les coûts sanitaires puisque les auteurs du rapport se sont limités à l’analyse de quatre PFAS seulement (PFOA, PFOS, PFHxS et PFNA). « Le Nouvel Obs » revient sur ces hypothèses.

• Le scénario du statu quo à 440 milliards d’euros

Le « business as usual » est onéreux… En effet, si rien n’est fait par l’Union européenne pour inverser la tendance de la pollution des PFAS, l’étude estime que le coût sociétal pourrait s’élever à 440 milliards d’euros. Les coûts pour la santé exploseraient, en particulier pour les populations à risque : enfants, personnes installées à proximité de sites contaminés par ces « polluants éternels » et travailleurs exposés dans l’industrie.

Selon le rapport, si aucune restriction n’est adoptée pour réduire la production des PFAS en Europe, le nombre de sites contaminés pourrait attendre 14 200, contre 11 500 actuellement.

• Le scénario le plus optimiste à 330 milliards d’euros

Le scénario à 330 milliards d’euros correspond quant à lui à l’arrêt total de la production et de l’utilisation des PFAS, mais sans traitement supplémentaire de l’eau potable ni traitement spécifique des eaux usées. Ici, ce sont aussi les coûts liés à la santé qui concentrent une grande partie des dépenses. C’est sûrement le scénario le plus enviable, mais qui nécessite des mesures fortes de l’Union européenne pour interdire totalement les PFAS en Europe.

• Un scénario astronomique… à 1 700 milliards d’euros

Le scénario le plus onéreux, celui qui s’élève à 1 700 milliards d’euros, est calculé sur la base d’une conformité à la norme de qualité environnementale des eaux souterraines et de surface, fixée à 4,4 nanogrammes de PFAS par litre (ng/L), et ce pour 24 PFAS différents. Pour respecter cet objectif ambitieux, il faudrait dépenser près de 80 milliards d’euros par an pour dépolluer les sols et traiter des eaux usées.

• Un cadrage pour une future loi sur les PFAS

Réalisé par des cabinets de consultants, le rapport publié jeudi doit aider l’Union européenne à préparer une future loi sur les PFAS. La commissaire européenne Jessika Roswall, en charge de l’environnement, a déjà déclaré que « cette étude souligne l’urgence d’agir », indiquant que « les consommateurs sont inquiets, et à juste titre ». Elle a fait savoir que, selon elle, « clarifier la situation concernant les PFAS et interdire leur utilisation par les consommateurs est une priorité absolue pour les citoyens comme pour les entreprises ».

Des boîtes de pizzas aux vêtements, la Commission européenne voudrait interdire les polluants éternels dans les produits de consommation courante, avec des exceptions pour des secteurs stratégiques, dans le domaine médical par exemple. Mais sa proposition de loi n’est pas attendue avant fin 2026 au plus tôt, avec de nombreuses incertitudes quant aux dérogations dont pourraient bénéficier certaines industries.

Pour légiférer, Bruxelles a besoin au préalable de deux avis décisifs de l’Agence européenne des produits chimiques (l’ECHA), en mars sur l’évaluation des risques des PFAS et fin 2026 sur l’impact socio-économique d’une interdiction dans l’UE.

Les organisations environnementales reprochent à l’UE de tarder à légiférer, sous la pression des lobbies industriels. La commissaire européenne Jessika Roswall reconnaît quant à elle des « discussions difficiles » pour les produits qui ne sont pas destinés directement aux consommateurs.

• Les interdictions déjà existantes

Dans l’attente de la future loi, l’Union européenne a déjà agi contre certains PFAS de façon sectorielle. Dans l’eau potable, une directive impose depuis janvier un seuil maximum de 0,1 microgramme par litre pour la concentration additionnée de 20 PFAS (dont PFOA, PFOS, PFHxS) considérés comme « préoccupants pour les eaux destinées à la consommation humaine ».

Les eurodéputés ont aussi légiféré sur les emballages alimentaires avec des concentrations maximales de PFAS à partir du mois d’août, ou sur les jouets, dans lesquels polluants éternels et perturbateurs endocriniens seront interdits à l’horizon 2030.

La France a de son côté pris les devants pour les produits du quotidien. Depuis le 1ᵉʳ janvier, une loi interdit l’usage de certains PFAS dans les vêtements, chaussures, cosmétiques et farts pour les skis, avec quelques dérogations.