Pour la troisième fois, Valerii va relier Nice et Kiev au volant d’un semi-remorque ; 2.400 km et deux jours de voyage, qu’il vente ou qu’il neige, pour livrer 12 tonnes de dons.

« On a besoin de tout ça, sourit le chauffeur. Il faut soutenir les gens. C’est pourquoi je vais le faire. »

Dans la nuit du 26 au 27 janvier, la L Galerie (Paris XXe) a été recouverte de tags hostiles tels que « Fuck Putin ». La cible ? Elizaveta Krivonogikh, 22 ans, employée de l’établissement et présentée par la presse internationale comme la fille cachée du président russe.

Une trentaine de bénévoles s’est mobilisée pour charger le camion, samedi dernier à Nice-ouest, devant les locaux de l’Afuca (association franco-ukrainienne Côte d’Azur).

Matériel orthopédique et médical, pneus, couvertures, vêtements et nourriture… Le semi-remorque a fait le plein, entre l’Ardèche et la Côte d’Azur.

C’est le quarantième à prendre la route dans un but humanitaire, près de quatre ans après le début de l’invasion russe.

Et ce, au moment où les civils ukrainiens sont plus que jamais dans le dur.

L’armée russe a pilonné les infrastructures énergétiques pour priver Kiev d’électricité, alors que le mercure y chute à -15°C.

« Sans électricité 20 h sur 24 »

D’où l’utilité des dons collectés par l’Afuca, le Secours Pop 06, Paradisanté, Aider sans frontières (Cannes), Place publique Cogolin, Assiste Ukraine (Var) et Solidarité Ukraine (Ardèche).

« Ils sont acheminés à Boutcha, près de Kiev, puis distribués par les associations sur place, prioritairement aux hôpitaux et écoles. Un kit de panneaux solaires part aussi à Odessa, et une partie des dons à Kharkiv », expose Iryna Bourdelles, directrice générale de l’Afuca et consule générale d’Ukraine à Nice.

« C’est une petite goutte », relativise Iryna Bourdelles. Mais tel le colibri cher à Pierre Rabhi, ce camion fait sa part pour éteindre l’incendie.

« Les besoins sont énormes. Ils concernent les industriels et grosses entreprises : groupes électrogènes, moteurs électriques, transformateurs, compresseurs, unités de turbine, câbles… »

La directrice de l’Afuca en appelle à eux (1) : « Si vous renouvelez votre matériel, nous sommes preneurs soit sous forme de dons, soit à un prix raisonnable. »

Si ce camion de l’espoir a son importance, c’est parce qu’ « il y a urgence, alerte Iryna Bourdelles. Tout mène à une catastrophe humanitaire dans une capitale européenne de plus de 3 millions d’habitants. »

Car si 600.000 habitants ont d’ores et déjà quitté Kiev, une grande majorité refuse de partir. Ulyana Kogut, bénévole à l’Afuca, peut en témoigner.

« Dans ma famille, un père est actuellement à l’armée, et il tient à voir ses enfants quand il rentre à la maison. Ma mère, qui a 75 ans, a aussi refusé de partir car elle voulait avoir sa maison, son lit. Même si elle n’a pas d’électricité dix heures par jour. »

Dans sa maison, sa mère parvient à se chauffer grâce au gaz ou au bois. Tel n’est pas le cas des amis d’Anna Panova, une autre bénévole, toujours à Kiev.

« Ils habitent des immeubles résidentiels très élevés et sont privés d’électricité 20 h sur 24. Mais sur les réseaux sociaux, ils disent : “C’est bientôt le printemps, on va tenir bon ! Les Russes peuvent toujours attendre !’’ ça fait déjà 4 ans ; ils se sont adaptés. »

« On ne cherche pas à fuir mais à résister »

Une trentaine de bénévoles s’est mobilisée pour charger le camion, samedi dernier à Nice-ouest, devant les locaux de l’Afuca (association franco-ukrainienne Côte d’Azur).

Une trentaine de bénévoles s’est mobilisée pour charger le camion, samedi dernier à Nice-ouest, devant les locaux de l’Afuca (association franco-ukrainienne Côte d’Azur).
Photo DR

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Christophe CIRONE / Nice Matin

« C’est plus difficile pour ceux qui habitent des immeubles. Là, il n’y a pas de solution de chauffage…, déplore Iryna Bourdelles. Alors les gens essaient de s’entraider. Beaucoup de centres sont ouverts pour leur permettre de se réchauffer et de manger chaud. »

Elle a proposé à une proche de la rejoindre à Nice. Invitation déclinée. Pas question de partir. Entre rester et résister, il n’y a qu’une syllabe de différence.

« Après quatre ans de guerre, nous sommes tous épuisés, physiquement et moralement », soupire Iryna Bourdelles.

Face aux volte-face américaines, elle salue le « réveil de l’Europe », et la capacité de résistance de son peuple à traverser tant d’épreuves. « On ne cherche pas une solution pour fuir. On cherche à résister et vivre sur place. »

Si la guerre a mis la société ukrainienne à rude épreuve, elle a aussi affirmé son caractère et renforcé sa force de frappe technologique, estime Iryna Bourdelles.

« Nous avons prouvé beaucoup de choses. Nous avons besoin de votre aide, mais nous avons aussi beaucoup à apporter. »

1. Infos : https://afuca.fr/fr/daccueil/