Avec la sécurité et la transparence comme pivot, Laurent Hénart ambitionne de « replacer Nancy sur la carte des grandes métropoles européennes ».

Quand l’envie de vous représenter s’est-elle manifestée ?

Laurent Hénart : « Il n’y a pas de date où les choses se révèlent. C’est plutôt une construction patiente. L’après 2020 a été difficile, s’il y a quelque chose que j’ai fait avec sincérité, c’est mon mandat de maire. J’ai été sincère dans mon parcours public mais ce mandat-là est celui dans lequel j’ai mis le plus mes tripes. Puis, ma priorité a été de reprendre mon activité professionnelle. Cela m’a fait voir Nancy comme tout le monde. Il n’y avait plus de voiture avec chauffeur, ma vie ne se passait pas place Stanislas, et dans une série de manifestations programmées où on attend le maire… J’avoue que je ne me suis pas posé la question de l’élection avant 2024 ou 2025. Parce qu’il y avait des échéances. Le temps de sortir du Covid, les présidentielles, les législatives. Et c’est venu aussi avec les discussions qu’on peut avoir avec des habitants, entre élus. Ça s’est construit progressivement. »

« Le mandat écoulé a été un gâchis. »

Laurent Hénart, candidat aux municipales à Nancy.

Vous étiez le candidat « naturel » ou y a-t-il eu des négociations ?

« Il n’y a pas eu de négociations. En revanche, il y a eu beaucoup de discussions. J’avais dit lors de mes vœux en 2025 qu’on pouvait discuter de toutes les options et que si je n’étais pas la « bonne » personne je m’effacerai. »

Quitte à être présent sur une liste sans en prendre la tête ?

« Oui, mais alors pas en début de liste. Parce que je pense que quand quelqu’un est nouvellement élu, avoir l’ancien maire dans les pattes, ce n’est pas un service. Quand on choisit de passer le relais, on passe le relais. »

« La vie quotidienne des Nancéiens s’est dégradée. »

Laurent Hénart.

Quel regard portez-vous sur le mandat écoulé ?

« Un seul mot : un gâchis. Je pense que la première chose qui marque les gens, c’est que leur vie quotidienne s’est dégradée. La sécurité, la propreté, la circulation, le stationnement… Avant le Covid, on était la 18e ville la plus embouteillée de France – ça méritait qu’on s’en occupe, je ne conteste pas – on nous a dit il va y avoir des travaux ça ira mieux après ; il n’y a plus les travaux, le trolley roule, on est en 8e position. Le deuxième gâchis c’est évidemment les projets d’avenir arrêtés. Nancy Thermal était tellement engagé que ça n’a pas pu être torpillé, mais le palais des Ducs de Lorraine, le Grand Hôtel, on ne sait pas si on dormira un jour dedans parce que le chantier ne cesse d’être repoussé. La Cité judiciaire, on est passé de 2026 à 2033, avec quand même des choses pas claires sur l’accessibilité, il devait y avoir un tram, on aura un Urbanloop. Et puis le troisième gâchis, c’est la gestion, l’animation de la commune. Les gens qui ont pris 20 % d’impôt en plus, ils ne voient pas pourquoi. Avec une gestion qui se double d’un comportement autoritaire, autocratique. »

« Je serai le candidat qui n’augmentera pas les impôts. »

Laurent Hénart.

Rien de positif ?

« Si… la végétalisation des cours d’école. Il y a des choses qu’on avait faites, qui ont été développées et sur lesquelles on ne va pas se dédire. Tout ce qui va dans le sens de plus de nature en ville, avec des équipements ciblés, comme notamment les équipements scolaires, on était d’accord. Mais ça ne justifie pas 20 % d’impôt en plus, un creusement de la dette, et les abandons qui ont été faits par ailleurs. »

Siéger dans l’opposition c’était une première pour vous, comment l’avez-vous vécu ?

« Bien, parce qu’on a dit ce qu’on voulait dire, on a été franc dans l’opposition, on a veillé à faire des propositions alternatives à chaque fois qu’on refusait de voter. Il faut expliquer aux habitants que la municipale, c’est un fusil à un coup. Aujourd’hui, avec le joyeux foutoir à l’Assemblée nationale, où il n’y a pas de majorité, ça peut donner l’impression qu’au conseil municipal, chaque vote est une construction, chaque vote est une nouvelle aventure. Donc il faut leur expliquer que le mode de scrutin est tel qu’avec 40 % des voix, on a les trois quarts des sièges ; on vote une fois, et après on a les mêmes pour six ans et ils ont les pleins pouvoirs. C’est un sujet sur lequel on ne fait pas assez la pédagogie. »

Union affichée à droite lors de la cérémonie des vœux avec au premier rang : Valerie Debord qui devrait prendre la 2e place sur la liste, et Nadine Morano pour LR et Philippe Guillemard, fraîchement nommé © La SemaineVous avez officialisé votre candidature et votre slogan « Nancy avec vous ! » quels messages se cachent derrière ?

« C’est un slogan qui est venu facilement, en écoutant les gens, qui ont l’impression que la mairie s’éloigne ou s’occupe moins d’eux. Ce qu’il fallait leur dire, c’est qu’on va vous rendre votre ville. On ne va pas vous imposer un mode de vie, on va essayer de faire en sorte que la ville réponde à la façon dont vous voulez vivre, et qu’elle s’y adapte. On va vous indiquer nos projets d’avenir, qui donnent une direction. Et surtout, on va mettre en place le plus possible de codécisions. Nous proposons que chaque printemps, comme ça se fait un peu en Suisse il y ait une votation ou un référendum sur des sujets de vie quotidienne. On pourrait l’imaginer dans les quartiers, à l’échelle de la ville, pourquoi pas à l’échelle de la métropole si les autres maires sont d’accord. »

Dans votre discours il a été beaucoup été question de sécurité…

« Les choses se sont dégradées avec des scores à deux chiffres depuis la sortie du Covid et nous sommes plus durement touchés que les autres grandes villes. Je veux un choc de sécurité, ce sera notre politique publique prioritaire avec des actions fortes dès la première année de mandat. Je veux multiplier par six le nombre de caméras de vidéoprotection, avec l’objectif de 500 caméras en trois ans. Je veux aussi mettre en place de nouvelles méthodes d’intervention : des brigades à pied, à deux roues, une brigade canine et une brigade métropolitaine des transports. Dans les transports en commun, les chiffres sont très inquiétants avec une progression de plus 50 % des faits délictueux dans les transports en quatre ans. Et je souhaite qu’en même temps qu’on développe la vidéoverbalisation et la vidéoprotection, on puisse développer une centaine de bornes d’appels dans les rues de Nancy comme cela a été fait à Nice. Tout cela amènera bien sûr à avoir plus de moyens humains : quand on met tout bout à bout, ça aboutit à doubler les effectifs de police locale sur le terrain. »

Vous avez également annoncé être le candidat qui n’augmentera pas les impôts, ce n’est pas risqué ?

« C’est une promesse difficile à tenir, mais qui sera tenue. Entre 2014 et 2020 les recettes des collectivités avaient baissé et malgré cette baisse nous n’avions pas augmenté les impôts. Avec le Covid, l’État a revalorisé la DGF, avec l’inflation, les bases fiscales ont été revalorisées automatiquement. Donc les recettes ont augmenté. On nous dit que ça n’augmente pas assez par rapport aux dépenses, peut-être. Mais en tout cas, j’aurais bien aimé de 2014 à 2020 avoir des recettes qui augmentent. Comme un ménage qui décide de ne pas passer au surendettement, nous ferons des choix. »

Vous annoncerez votre liste le 14 février prochain, a-t-elle été compliquée à composer, y aura-t-il de nouveaux visages ?

« Elle est bouclée au sens où les noms, je les connais, je veux juste discuter aussi avec chacun de ce qu’il a envie de faire. Ça prend un petit peu de temps y compris quand des formations politiques prennent position tardivement. Les Républicains, c’était début janvier, Renaissance c’était il y a quelques jours. Je voulais qu’au moins les deux tiers n’aient participé à aucune liste précédente. Maintenant, ce qu’il faut regarder, c’est la diversité des quartiers, bien la vérifier. Une certaine diversité des métiers aussi, mais ça, ça ne semble pas poser de problème. »

La position d’Emmanuel Lacresse qui souhaite se présenter est-il un problème pour vous ?

« Renaissance a tranché, l’union est faite, il a sa place dans le rassemblement s’il le souhaite. Nous avons eu des réunions collégiales, comme tout le monde il était là. Maintenant j’attends de voir qui sera vraiment sur la ligne de départ, il va falloir qu’il trouve 55 personnes pour composer sa liste… »

« Je veux multiplier le nombre de caméras de vidéoprotection par six. »

Laurent Hénart.

Rejouer le match face à Mathieu Klein, c’est un défi ?

« Je pense que cette élection sera différente. Je suis assez surpris de la présence de LFI sur le terrain. Ils sont partis tôt, ils tractent et il y a du monde devant leur stand. Je pense qu’au sein de la gauche ce sera une vraie primaire. Ils sont partis pour se qualifier au second tour. C’est ce second tour qui sera le plus incertain, on pourra être deux, trois ou même quatre. Une triangulaire à Nancy au second tour ce n’est pas inhabituel, on a eu ça en 1995, en 2001 et en 2008. Rien n’est joué et cela peut être très surprenant. »