l’essentiel
La chanteuse Jeanne Cherhal revient en toute indépendance avec « Jeanne », un album lumineux réalisé avec son ami Benjamin Biolay. Avant son concert à la salle Interference de Balma le 12 février, elle se confie sur cette renaissance artistique, son lien avec Biolay et ses combats pour la liberté des femmes. Entretien.
« Jeanne » est un album qui arrive après un long temps de scène et de tournées pour vous…
C’est vrai que j’ai passé quelques années sans repasser par le studio. Mais j’ai la chance de pouvoir vraiment écouter mon rythme et respecter mon rythme intérieur. D’autant plus maintenant que je suis vraiment indépendante. Je suis aux manettes, capitaine de mon bateau, même si ça peut être vertigineux. J’ai un parcours de 20 ans en maison de disques qui m’a apporté un soutien et un cadre, mais je crois que j’arrivais à un moment de ma vie de chanteuse et de ma vie de femme où j’étais assez solide pour prendre les rênes. Je ne le regrette pas du tout, c’est vraiment très agréable.
Cette indépendance vous libère-t-elle de certaines contraintes de fonctionnement ?
Oui, des façons de fonctionner formatées avec un plan de communication qu’on colle sur tel et tel artiste. Je me suis entourée de personnes qui avaient envie d’indépendance comme mon attachée de presse ou ma manageuse. Ça change tout d’avoir une équipe qui n’est pas tenue de travailler sur un projet auquel elle ne croit pas trop. Malgré mes bonnes expériences en maisons de disques, je sens bien maintenant la différence d’intérêt de mes partenaires.
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Benjamin Biolay a-t-il été un élément moteur dans cette nouvelle aventure ?
Sa présence a été capitale et décisive parce qu’on est amis de longue date et que j’ai ultraconfiance en lui. Je suis aussi admirative de son travail et nos façons de travailler sont assez proches. Lui travaille très vite et ça me va bien. Il est brillant, il a des idées rapides et ça fuse avec lui. Je ne suis pas vraiment comme ça, mais avoir une sorte d’élément moteur, brillant, comme lui, ça tire vers le haut.
Cela vous a également permis de libérer votre voix ?
C’est fou, on a gardé les voix témoins, en fait ! Mais ça tient aussi beaucoup à mon état mental parce que la voix met toutes les émotions à nu. Et lors de l’enregistrement, tout s’est fait simplement, on enregistrait en pensant les refaire plus tard. Chanter avec cette décontraction permet d’aller à l’essentiel, de ne pas être dans une posture. Ce qui fait qu’on a quasiment gardé toujours les premières prises. J’avais beaucoup travaillé chez moi en amont donc je suis arrivée en studio hypersolide, c’était plus simple. Je l’ai fait pour Benjamin aussi parce que je n’allais pas arriver en cherchant mes grilles ou mon inspiration.
Et le décor s’est mis en place…
Oui, le décor, c’est un bon terme. La matière sonore d’une chanson comme « Sahara », par exemple, m’évoque vraiment des images, un univers d’ombres et lumières, de brillance. C’est la concrétisation de l’artisanat de Benjamin en tant qu’arrangeur et orchestrateur. Il a écrit les parties de cordes et je me souviens d’avoir assisté à leur enregistrement avec émerveillement. Il a cette science et cette capacité à pouvoir synthétiser dans sa tête en faisant une petite partition en pattes de mouche et, tout de suite, ça sonne de manière magnifique.
L’album a donc été conçu dans une atmosphère de joie et de débrouille ?
Totalement ! Dans un élan de joie parce qu’il est né d’une impulsion, d’une amitié, d’un désir de Benjamin d’entendre de nouvelles chansons. Il m’a même dit : « Mais qu’est-ce que tu fais, ma vieille, pourquoi tu ne refais pas un disque ? ! Mets-toi au travail ! » Et c’est vrai que son désir a rallumé le mien qui était un peu en sommeil parce que j’étais sur autre chose, je n’avais pas encore l’énergie pour me remettre sur un nouveau répertoire.
Les thématiques des chansons traduisent toujours vos engagements pour le combat des femmes ici comme ailleurs…
L’expérience de la féminité et le féminisme ont toujours été au cœur de mes préoccupations, de mes paroles, de mes textes. Ça m’a toujours nourrie et dès l’album « Douze fois par an » (2004) je trouvais que l’expérience des règles était suffisamment intéressante pour devenir matière à chansons, pour être le titre de mon album. Je pense aussi tous les jours aux Iraniens et aux Iraniennes en particulier. J’ai eu la chance de vivre l’expérience de concerts à Téhéran voilà quelques années et dans ma conscience de citoyenne il y a vraiment eu un avant et un après. Avant ça, je n’avais jamais pris conscience de la liberté dont je jouis. Et rien n’est acquis, la preuve avec les lois sur l’avortement aux États-Unis, ça peut toujours changer.
Jeudi 12 février à 20 h à la salle Interference de Balma (56, route de Lavaur). Tarifs : 45 €. www.interference-toulouse.fr
Disque « Jeanne » de Jeanne Cherhal.
