Une étude menée par l’Université Stanford sur l’impact économique de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est sans appel. Le Brexit a coûté à l’économie britannique entre 6 et 8% de PIB entre le référendum de juin 2016 et 2025. L’économie britannique s’en sort beaucoup moins bien que celle de pays similaires.
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Alors que le Brexit passe officiellement le cap des six ans le 31 janvier – et, en juin, celui des dix ans post-référendum –, ces chiffres illustrent les dégâts provoqués par la volonté téméraire de l’ex-premier ministre tory David Cameron de satisfaire sa base eurosceptique. Aujourd’hui, la situation économique du pays est si mauvaise qu’elle suscite une vague de panique au sein même de l’équipe au pouvoir.
Certains parlementaires travaillistes n’ont pas peur des mots: ils parlent de «guerre civile». Si le premier ministre, Keir Starmer, s’applique à rapprocher le Royaume-Uni de l’Union européenne, il est dépassé par des euroturbos comme le secrétaire d’Etat à la Santé, Wes Streeting, qui ne voit pas comment l’économie du pays pourrait se remettre des conséquences du vote de 2016 sans réintégrer pleinement l’UE. Il fait face aussi à ceux, plus âgés, qui considèrent comme une «trahison» toute remise en question du Brexit.
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Exploration de la «voie suisse»
L’idée du Brexit était de reprendre le contrôle du pays et de s’appuyer sur une souveraineté nouvelle pour permettre au Royaume-Uni de retrouver le lustre d’un «Global Britain». Dix ans après le verdict des urnes, Londres ne semble plus contrôler grand-chose. L’économie est en chute libre et l’immigration a explosé. Le 10 Downing Street explore désormais la «voie suisse», axée sur des accords bilatéraux, pour réintégrer le marché unique de l’UE. Avec un bémol: la libre circulation des personnes, appliquée par la Confédération, demeure extrêmement impopulaire outre-Manche.
Dernier impact majeur du Brexit: la dévastation de la scène politique britannique. Cinq premiers ministres conservateurs se sont succédé en l’espace de huit ans. Les libéraux-démocrates, les plus europhiles, ont été laminés. Quant au Labour, il est très affaibli un an et demi seulement après son retour au pouvoir.
Preuve que l’omerta et le tabou post-Brexit qui ont caractérisé ces dernières années ont été levés: l’Europe, aussi étonnant que cela puisse paraître, s’est placée au cœur de la politique britannique à un moment où la relation spéciale entre Londres et Washington bat de l’aile et où Keir Starmer tente de conclure des accords avec Pékin. Mais, grand paradoxe, avec une immigration mal maîtrisée, c’est un europhobe ayant poussé au Brexit qui profite du douloureux questionnement européen des Britanniques: Nigel Farage, un homme politique qui bénéficie des transfuges du Parti conservateur et qui affole les sondages.