C’est un homme exaspéré qui ouvre la porte. Un homme angoissé aussi. Gilbert Manaresi ne quitte plus sa résidence.
Avec sa femme, Rosanna, ils vivent entre le salon, la terrasse et la cuisine ouverte de leur appartement.
Et ce, depuis la mi-novembre, date à laquelle ils ont réintégré leur appartement après un glissement de terrain avenue de Gairaut, qui a emporté l’arrière de leur logement.
Boue, gravat et fenêtres brisées
« On est les oubliés des Balcons du Ray », partage-t-il tout en proposant de prendre conscience de l’étendue des dégâts en ouvrant la porte de la chambre, là où une partie de la colline sur laquelle est adossé l’immeuble s’est effondrée.
Dans la chambre matrimoniale, la boue a envahi le sol, des gravats jonchent le lit.
Par la fenêtre brisée, on entend le bruit de la pluie. A droite du lit, on devine le peignoir rose de Rosanna Manaresi, comme fossilisé dans la terre.
C’est de là que Gilbert a extrait son épouse, la nuit du drame. « Regardez sur le mur, il y a encore la trace de ses mains », désigne-t-il.
Dans la pièce mitoyenne, la boue tâche encore les fenêtres. Les époux ont entassé leurs affaires.
« Ici ce sont nos draps et coussins que nous remettons chaque soir sur le clic-clac du salon » explique-t-il tout en s’excusant de l’odeur d’humidité qui a envahi la petite pièce.

La boue avait pénétré dans 4 appartements de la residence. Gilbert Manaresi se plaint de la lenteur des assurances.
Dylan Meiffret / Nice-matin
Paperasses et complexité administrative
Dans une pochette jaune, Gilbert et Rosanna Manaresi ont tout classé. Les documents qu’il a fallu récupérer.
« Comme quoi notre appartement n’avait pas d’hypothèques par exemple », explique Gilbert. Il montre également une liste de deux pages, noircies par les achats du couple et leur montant.
Un sommier acquis en 2018, un meuble à chaussures en 2020 ou encore une boîte à pêche, en 2018. « Tout le monde est venu : les assureurs, les experts mais on me répond que sans responsable désigné, on ne peut rien faire. Par ailleurs, on me dit de ne surtout toucher à rien pour protéger les preuves. »
Une situation qui ronge le couple qui s’interroge : « Pourquoi faut-il tant de temps ? ».
Un imbroglio administratif dont ils tentent de démêler les fils, entre exaspération et stress, dans l’espoir que les choses avancent, malgré la complexité administrative et les questions qui restent sans réponse.
Une procédure qui peut en effet prendre plusieurs mois du fait des expertises, vérification des couvertures et discussions sur les montants.

Eboulement d’une falaise dans le quartier du Ray qui avait en octobre dernier.
Dylan Meiffret / Nice-matin
Un quotidien bouleversé
« J’en ai marre, lâche Gilbert. On m’a proposé de me reloger mais j’ai dit non, je n’arrive plus à sortir de chez moi, je n’ai pas envie de laisser mon appartement. »
Il ajoute en écartant les bras : « J’ai pas envie qu’on me prenne ça. On a tout fait dedans, , c’est pour nos enfants. Cet appartement, c’est comme un bébé pour nous. »
Le quotidien reste emprunt de la tragédie. Malgré la porte fermée de la chambre sinistrée dont Rosanna n’arrive plus à franchir le seuil, elle qui est restée prisonnière des gravats. « La nuit, mon épouse ne dort pas sans ses écouteurs vissés sur les oreilles », explique-t-il.
Si elle se fait suivre psychologiquement, Gilbert, lui, n’a pas encore franchi le pas. « Je sais que tout va finir par me revenir à la figure », commente-t-il.
En attendant, le couple trouve un peu de réconfort dans le collectif qui s’est créé sur whatsapp et où les sinistrés peuvent échanger.