L’intelligence artificielle va-t-elle faire des ravages dans le monde du travail ? Alors que le géant du e-commerce Amazon a annoncé une nouvelle salve de suppressions d’emplois dans l’administratif il y a quelques jours, c’est une autre entreprise américaine, bien implantée en France, qui pourrait faire de même. Comme l’a appris Libération, IBM aurait décidé de sabrer dans ses effectifs en Europe et la France ne serait pas épargnée. Selon des sources syndicales de nos confrères, le géant de l’informatique pourrait lancer un plan social touchant 10% des effectifs français.
Ce chiffre représente environ 300 emplois et dans «toutes les divisions», constate un représentant du personnel interrogé, qui parle de plan «inédit». Que ce soit IBM Technology ou IBM Consulting ou encore les fonctions supports, tous seraient touchés à cause notamment du développement de l’IA. Dans l’Hexagone, ces suppressions de postes devraient se traduire par des fins de carrière anticipées ou des départs volontaires, peut-on apprendre. Mais la France n’est pas la seule touchée. L’Allemagne aussi, tout comme la Belgique.
Un chiffre d’affaires très solide
Plus globalement, IBM souhaiterait réduire ses coûts et augmenter sa productivité. Cela passe par une automatisation liée à l’intelligence artificielle, mais également une délocalisation de ses activités dans des pays où la main-d’œuvre est moins élevée. Mais cette stratégie serait loin de fonctionner à en croire l’élu CSE de la filiale française, Nicolas Nadal, interrogé par Libération, évoquant des «retours terrain» non concluants. Selon lui, la maison-mère «vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué». Et cette restructuration est d’autant plus incompréhensible qu’IBM affiche des résultats très solides.
En 2024, le groupe a vu son chiffre d’affaires bondir de 9% à 16,3 milliards de dollars tandis que la filiale française enregistrait un bénéfice de 87 millions d’euros. Pour Nicolas Nadal, l’entreprise est loin «d’être en danger», au contraire, ce genre de suppressions de postes sert «à faire monter les cours de la Bourse». Ces 300 postes supprimés interviennent après le départ de 200 autres collaborateurs en France en 2024. Depuis les années 1990, les effectifs (alors de 30 000) dans le pays ont été divisés par dix. «Nous souhaitons profiter des gains de productivité offerts par l’IA afin de nous concentrer sur nos activités à forte valeur ajoutée», justifiait la firme l’année dernière.
Ce nouveau plan est-il un signe négatif pour l’emploi dans la société ? Une autre source syndicale tempère, d’autant que le PDG du groupe, Arvind Krishna, avait laissé entendre que l’intelligence aurait permis de «dégager davantage d’investissement» afin de se concentrer sur le recrutement d’autres profils comme les commerciaux ou les programmeurs. Si l’IA pourrait permettre aux entreprises à terme de créer des emplois, en attendant, elle en supprime.