Il est des petites phrases dont on peine à se débarrasser, à l’image du sparadrap collé au doigt du capitaine Haddock. Martine Vassal, puissante présidente de la métropole et candidate à la mairie de Marseille, est revenue à plusieurs reprises sur ses mots lors d’une interview, qui laissaient planer une ambiguïté sur une possible alliance avec le Rassemblement national (RN) au second tour des élections municipales du mois de mars. Mais malgré ses démentis, le doute persiste.

Ce flou illustre le climat tendu qui règne dans la deuxième ville de France, laquelle pourrait, au soir du 22 mars, basculer dans le camp du RN. Martine Vassal, 63 ans, ancienne des Républicains (LR) soutenue par la droite et le centre (LR, Renaissance, Horizons, MoDem, etc.), sait que le parti à la flamme, solidement implanté dans le sud de la France, a dépassé les 40 % dans plusieurs secteurs de la cité phocéenne lors des élections européennes de juin 2024.

La capacité d’attraction d’Allisio

Le candidat du RN, Franck Allisio, 45 ans, est un ancien UMP, comme elle. Ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, il est de cette génération qui a rejoint le RN car l’UMP devenue LR peinait à laisser sa place à la jeune génération. Son profil n’effraie donc pas la droite marseillaise, dont certains membres ont rejoint la liste RN dès le premier tour. Un ancien élu MoDem vient même de le rallier, tout comme Reconquête, le parti d’Éric Zemmour.

Cette capacité d’attraction s’explique par les sondages qui donnent le RN au coude-à-coude avec le maire sortant, Benoît Payan, 48 ans, chacun étant crédité de 30 % d’intentions de vote au premier tour. L’ancien PS a fait l’union de la gauche, hors LFI, autour de lui. Il veut séduire jusqu’au centre gauche mais ne doit pas négliger l’aile gauche radicale de l’électorat marseillais. Le député insoumis Sébastien Delogu, 38 ans, proche de Jean-Luc Mélenchon, est à 14 % et mène une campagne hostile au maire sortant.

Un scrutin nationalisé

Dire que le scrutin est incertain relève de l’euphémisme. La campagne jouera aussi un rôle déterminant dans une ville marquée par le narcotrafic et de profondes inégalités sociales. L’incertitude renforce la nationalisation du scrutin. Marine Le Pen (RN) et Marine Tondelier (Les Écologistes) se sont déjà rendues à Marseille soutenir respectivement Frank Allisio et Benoît Payan.

Que feront les candidats au soir du premier tour ? Et surtout Martine Vassal ? Une quadrangulaire n’est pas exclue. Tout dépendra des accords ou des désistements et des calculs en coulisses pour la présidence de la métropole et de ses 92 communes. « Allisio est prêt à tout et pourra offrir des places sur ses listes », glisse un ancien proche du candidat RN. À Marseille, tout est possible.