La croissance française a été de 0,9% l’an dernier, a annoncé l’Insee, comme les économistes s’y attendaient mais meilleure que les espoirs initiaux du gouvernement, qui s’affiche optimiste pour début 2026.

« La croissance a été robuste » en 2025, s’est félicité sur TF1 le ministre de l’Economie et des Finances Roland Lescure, « meilleure que les 0,7% que j’attendais » dans le projet de loi de finances initial.

« Ca fait un bon départ pour 2026, où j’espère qu’on fera au moins le 1% qu’on attend », a-t-il estimé.

Selon les estimations provisoires de l’Insee publiées vendredi, au dernier trimestre 2025, le produit intérieur brut a progressé de 0,2%. La consommation des ménages, traditionnel moteur de la croissance, mais très grippé ces derniers temps, a accéléré en fin d’année, gagnant 0,3% après 0,1% au troisième trimestre. L’investissement a lui ralenti (+0,2% après +0,7%), tandis que le commerce extérieur a de nouveau contribué positivement à la croissance.

Après l’inattendue et vigoureuse croissance de 0,5% au troisième trimestre, le +0,2% de croissance sur les trois derniers mois de l’année 2025 « marque un ralentissement attendu, un contrecoup », a commenté auprès de l’AFP Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.

Néanmoins ce « +0,2%, c’est une croissance équilibrée », a-t-il ajouté, marquée par une bonne nouvelle », l’accélération de la consommation des ménages, notamment les achats de biens (par oppostion aux services) « qui a vraiment été le parent pauvre de la croissance française pendant plusieurs trimestres », alors qu’elle est traditionnellement l’un des moteurs principaux de l’activité en France. Elle a augmenté de +0,4% après +0,1% au trimestre précédent.

– Stocker, déstocker –

Du côté de la production, celle-ci « marque le pas » en fin d’année, relève l’Institut national de la statistique, avec une augmentation de 0,1% au quatrième trimestre après 0,8% au troisième, « les chiffres sont assez décevants » estime M. Darmet. Il explique que, la « production était très allante » au troisième trimestre, et « des stocks se sont créés ».

Or au quatrième trimestre, « les entreprises ont préféré déstocker, notamment dans le secteur industriel et aéronautique », et elles ont moins produit.

« Trop de dynamisme au troisième trimestre, et au quatrième l’entreprise déstocke: c’est le cycle économique assez naturel », même si la reprise industrielle « reste assez fragile », commente M. Darmet. Et « il faudra voir si elle se solidifie et s’étend en 2026 à d’autres secteurs » que les matériels de transport.

L’année 2026, pour laquelle l’Insee prévoit 0,3% de croissance à chacun des deux premiers trimestres, commence en tout cas avec une situation politique moins pesante qu’au quatrième.

L’incertitude budgétaire est en voie d’être levée: le budget devrait être définitivement adopté la semaine prochaine, puisque, après s’être décidé à utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour le faire adopter sans vote, le Premier ministre Sébastien Lecornu devrait échapper à la censure grâce à l’abstention des socialistes.

En revanche, une croissance correcte ne règle que très partiellement le problème massif de finances publiques du pays.

– « Urgent d’agir » –

Le gouvernement, qui espérait faire adopter un budget basé sur un déficit des administrations publiques de 4,7% du PIB, a dû se résoudre à des compromis, particulièrement avec les socialistes, qui devraient ramener le déficit à 5%, après 5,4% en 2025, selon les dernières projections du ministère des Finances.

Mais d’ores et déjà, l’agence Moody’s a douté de la faisabilité de redescendre à 5% cette année, prédisant un déficit restant à 5,2%.

Pour la Première présidente par intérim de la Cour des Comptes Carine Camby, il est « urgent d’agir », notamment en réduisant les dépenses, pour baisser ce déficit, le pire de la zone euro, a-t-elle observé jeudi.

Il est « vain de parler de souveraineté alimentaire, numérique, industrielle ou sanitaire, quand notre souveraineté budgétaire est mise en péril par notre charge de la dette », a-t-elle mis en garde.