«Une seule ligne : ne rien laisser passer » A la suite de la diffusion jeudi soir d’une enquête de « Cash investigation » sur le périscolaire, démontrant plusieurs manquements dans des écoles parisiennes, la réaction n’a pas tardé. Le ministre de l’Education Edouard Geffray a annoncé vendredi sur X « procéder ce jour à plusieurs signalements » à la justice et engager des « procédures de contrôle et de sanction ».

L’enquête de « Cash Investigation » s’intéresse aux défaillances du périscolaire, notamment à Paris, mais aussi à des dysfonctionnements et violences dans des établissements privés catholiques sous contrat tels que l’Institution Champagnat à Issenheim (Haut-Rhin) et l’établissement scolaire L’Espérance à Sainte-Cécile (Vendée).

Cris sur les élèves, baisers sur la bouche…

Infiltrée dans une école parisienne dans le 7e arrondissement, une enquêtrice de Cash a notamment pu observer que les taux d’encadrement du périscolaire n’étaient pas respectés, avec un animateur pour 23 élèves voire pour 35, au lieu de 14 enfants maximum. Un témoin parle du cas d’un animateur venu alcoolisé. Dans une autre scène, toujours la même école, un enfant se fait crier dessus, des scènes « quotidiennes », rapporte l’enquêtrice, qui a interdiction de rassurer les enfants en pleurs. Dans une autre scène, on voit une animatrice embrasser un enfant sur la bouche, en lançant « Je suis folle de lui ».

Interrogé par Élise Lucet sur ces comportements, Patrick Bloche, premier adjoint à la mairie de Paris en charge du périscolaire, a répondu que ce sont « des comportements qu’on dit inappropriés. Si vous faites un baiser sur la bouche ou touchez un enfant de manière violente, ça, c’est vraiment typiquement l’objet d’un signalement et d’une suspension ».

On y voit par ailleurs des témoignages de parents dont les signalements de comportements suspects d’animateurs ne sont pas pris en compte, mais aussi l’absence de cadre de recrutement. L’enquête pointe par ailleurs les faibles rémunérations, les temps partiels subis et les emplois du temps hachés, alors que plus de cinq millions d’enfants sont accueillis chaque jour dans le périscolaire.

« Omerta », « dysfonctionnements systémiques »…

Ces nombreuses défaillances ont provoqué des réactions de stupeur chez plusieurs candidats à la mairie de Paris. « Les images, filmées en caméra cachée, montrent des comportements inacceptables à l’encontre des enfants », a réagi dans un communiqué la maire LR de cet arrondissement Rachida Dati, également candidate à la mairie de Paris. Elle dénonce « l’omerta » ainsi que des « dysfonctionnements systémiques » qui perdurent à la Ville de Paris et réclame une enquête globale sur l’ensemble du périscolaire parisien, un plan d’urgence pour faire face à la multiplication d’agressions sur les enfants et une refonte globale du périscolaire.

De son côté, la candidate Insoumise Sophia Chikirou dit avoir déposé une proposition de résolution pour une enquête parlementaire à la demande des parents d’élèves, afin de « faire la lumière sur le système périscolaire à Paris et partout en France ». « Qui sont les responsables? Pourquoi les alertes n’ont elles jamais été suivies d’effet? », interroge-t-elle.

« Choc et colère devant l’enquête de Cash investigation », a réagi pour sa part Emmanuel Grégoire, candidat de l’union de la gauche hors LFI. « Les situations de violence mentionnées sont insupportables. Les manquements dans l’encadrement des enfants et dans le traitement des affaires signalées sont inadmissibles », a reconnu le député de Paris qui avait lui-même révélé avoir été victime de violences sexuelles dans le cadre périscolaire durant son enfance. « Il faut tout revoir: les procédures, les contrôles, l’encadrement, la culture même d’une institution qui peut générer une forme de maltraitance quand des alertes ne sont pas traitées assez vite », a-t-il ajouté.

L’article 40 du code de procédure pénale prévoit que toute autorité ayant connaissance d’un crime ou un délit doit en informer la justice.