Fondée en 2021, mais réellement jardinée à partir du printemps 2023, Route du Marché est née d’une intuition simple : faciliter l’accès aux produits alimentaires locaux tout en libérant les producteurs des contraintes commerciales en leur trouvant des opportunités de marché. À l’origine du projet, Charles Martinelli, issu du monde agricole, convaincu que les agriculteurs doivent avant tout se concentrer sur leur cœur de métier. « En majorité ce qu’ils aiment, c’est être dans leur champ, suivre leur culture », résume-t-il. La jeune société se structure alors autour d’un modèle hybride mêlant marketplace digitale et boutique physique à Grasse, équipée de casiers réfrigérés. Les particuliers commandent en ligne, retirent leurs produits ou se font livrer, tandis que certains producteurs vendent aussi en libre-service. Ce premier modèle est exploité d’avril à décembre 2023, avant de montrer ses limites. Car dès l’été, le chiffre d’affaires n’est pas au rendez-vous. Les raisons ? Le positionnement géographique de la boutique, le pouvoir d’achat local et la difficulté à faire décoller l’activité B2C. L’entrepreneur, qui perd son associé à l’automne 2023, envisage alors un premier pivot. « Ce sont des clients qui pointaient le potentiel de Sophia Antipolis où de nombreux salariés d’entreprises pouvaient être intéressés par nos produits », se souvient le finaliste national du concours Graines de Boss 2023.
Charles Martinelli lors du concours Graines de Boss 2023.
À partir de l’automne 2023, Route du Marché teste alors la livraison de paniers de produits locaux directement au sein des entreprises. Fruits, légumes, produits laitiers ou viandes trouvent preneur, et le chiffre d’affaires progresse. Mais là encore, les contraintes logistiques, le manque d’équipements de stockage chez les clients et surtout la difficulté à fidéliser durablement une clientèle salariée freinent le modèle. « Il fallait énormément d’efforts pour fidéliser », constate Charles Martinelli , qui évoque un épuisement progressif malgré des retours qualitatifs positifs. « Ce deuxième modèle fonctionnait deux fois mieux que le premier mais pour rentrer dans nos frais, Il fallait que ça marche cinq fois mieux »
Jamais deux sans trois
Un second pivot s’impose alors. À l’été 2024, la société, qui a continué jusqu’en avril 2025 les livraisons sur Sophia Antipolis, s’oriente en parallèle vers le B2B hôtelier, encouragée, là encore, par des contacts professionnels et par la solidité du secteur touristique azuréen. Un nouveau business modèle qui au départ n’enthousiasme pas l’entrepreneur : « J’ai fondé la société en voulant redistribuer la production locale aux personnes locales et nous nous éloignons de cet objectif … mais après plusieurs difficultés, il fallait opter pour un marché plus solide ». Les premières livraisons démarrent directement avec le Negresco, puis avec l’Hôtel du Couvent à Nice. Et le changement d’échelle est immédiat. Des paniers de 50 à 60 euros laissent place à des commandes quotidiennes de plusieurs centaines d’euros, avec une logistique plus concentrée et plus lisible. En juin 2025, l’entreprise change de nom pour devenir « La Halle des Chefs », affirmant clairement son positionnement auprès des professionnels de la restauration et de l’hôtellerie.
Aujourd’hui, la structure travaille avec une cinquantaine de fournisseurs, contre 7 en janvier 2025, majoritairement en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et livre une soixantaine d’établissements (hôtels et restaurants) de Saint-Raphaël à Menton, contre sept seulement début 2025. « Les professionnels de l’hôtellerie-restauration apprécient notre capacité à trouver rapidement les produits qu’ils demandent tandis que les agriculteurs ont compris que nous sommes là pour leur faciliter la vie. Mes études dans l’agriculture m’aident aussi pour créer un lien avec nos fournisseurs », résume l’entrepreneur. Un entrepreneur qui peut désormais s’appuyer sur une croissance très dynamique (« Le chiffre d’affaire a été multiplié par quatre en 2025 et nous sommes à fois cinq sur janvier 2026 par rapport à 2025 ») pour rembourses ses dettes, structurer son activité et travailler sur la traçabilité des produits et l’élargissement de l’offre.