Favorable à cette proposition, Emmanuel Macron avait annoncé en octobre travailler à «l’actualisation» de la doctrine nucléaire française.
Un parapluie nucléaire partagé entre alliés européens ? Berlin a entamé des discussions sur le sujet, a répété le chancelier allemand Friedrich Merz jeudi 29 janvier en conférence de presse. L’administration Trump a exhorté à plusieurs reprises les Européens à être plus autonomes dans leur sécurité, avant de bousculer l’alliance Atlantique, notamment par sa politique de prédation du Groenland. Sans renoncer au bouclier nucléaire américain, Berlin souhaite le renforcer par le partage des armes avec les deux pays européens qui en possèdent.
Ces pourparlers n’en sont qu’à leur début et aucune décision n’est attendue dans l’immédiat, a précisé le chef du gouvernement allemand. «Nous savons que nous devons prendre un certain nombre de décisions stratégiques et militaires, mais pour l’instant, le moment n’est pas venu», a-t-il déclaré aux journalistes. Le chancelier allemand avait déjà évoqué cette possibilité en mars dernier. Dans la foulée, Emmanuel Macron avait déclaré souhaiter l’ouverture d’un «débat stratégique» sur le sujet. En octobre dernier, le chef d’État français avait encore déclaré à la presse allemande qu’il travaillait à «l’actualisation» de la doctrine nucléaire française et s’exprimerait sur le sujet début 2026.
Dans le cadre de l’Otan, l’Allemagne est déjà signataire d’accords sur le partage de certaines armes nucléaires. En clair, le pays héberge sur son territoire des armes nucléaires américaines qui restent la propriété de Washington et demeurent sous son contrôle. Toutefois, l’Allemagne n’est pas autorisé à posséder l’arme : deux traités internationaux le lui interdisent. Le traité historique de non-prolifération nucléaire de 1969 (TNP) d’une part, qui interdit aux pays non-détenteurs de développer l’arme. Mais aussi le traité de Moscou (aussi appelé traité «deux plus quatre»), qui a ouvert la voie à la réunification du pays en 1990 et engage explicitement l’Allemagne à respecter une politique de défense non-nucléaire.
«Ni missiles ni ogives»
Dans ce cadre juridique, tout transfert ou mise à disposition d’une arme est rigoureusement impossible. En revanche, la France ou le Royaume-Uni, qui sont les seuls à posséder l’arme nucléaire en Europe, pourraient tout à fait, de façon souveraine, se déclarer protectrice d’un État voisin. L’interdiction faite à l’Allemagne de posséder l’arme «ne signifie toutefois pas que nous ne pouvons pas discuter avec d’autres pays européens d’une dissuasion nucléaire commune», a assuré Friedrich Merz. «Ces discussions sont en cours. Elles ne sont pas non plus incompatibles avec le partage d’armes nucléaires avec les États-Unis», a-t-il précisé.
Des déclarations reprises dans la foulée par le président de la commission parlementaire de la défense, Thomas Roewekamp, qui appartient comme Merz à la CDU, le parti de centre-droit. Faute de pouvoir détenir l’arme en propre, l’Allemagne dispose des capacités techniques nécessaires au développement d’une arme européenne, a-t-il souligné. «Nous ne possédons ni missiles ni ogives, mais nous bénéficions d’un avantage technologique significatif que nous pourrions mettre au service d’une initiative européenne commune», a déclaré Thomas Roewekamp (CDU) à la chaîne de télévision allemande Welt TV.
En dehors de la France et du Royaume-Uni, les nations européennes sont très dépendantes des États-Unis en matière de défense nucléaire. Plusieurs d’entre elles ont toutefois augmenté leurs dépenses militaires depuis l’invasion russe en Ukraine de février 2022 et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. À plusieurs reprises, Donald Trump a prévenu les Européens qu’il n’aiderait pas ceux qui n’investiraient pas suffisamment dans leur sécurité.