Par
Fabien Binacchi
Publié le
30 janv. 2026 à 12h49
Ces dernières semaines, en partageant leurs vives inquiétudes dans les médias, les salariés marseillais d’Orange ont mis le projecteur sur tout un quartier : venir travailler à Saint-Mauront (3e) leur devenait insupportable. La faute à l’insécurité et aux trafics. Le 7 janvier 2026, la découverte d’impacts de balles sur une des façades du site, vus comme « une forme d’intimidation », avait fini de signer la désertion. L’opérateur annonçait finalement le déménagement de 300 personnels. Un « aveu d’échec », décrit une source policière. Ce vendredi 30 janvier 2026, Le Parisien annonce que trois personnes, âgées de 18 et 20 ans et possiblement liées à la DZ Mafia, ont été déférées dans le cadre de l’enquête ouverte après ces tirs. Le parquet confirme qu’une audience est programmée ce jour à 14h. En attendant, des habitants, eux, confient avoir l’impression d’avoir été « abandonnés ».
« Ça a explosé depuis un an, un an et demi »
Cette riveraine de la butte Saint-Mauront a regardé ce qui se passait chez Orange « de loin ». « Vous savez, ici, on est habitué. On a appris à vivre avec tout ça », résume la retraitée, « pas blasée », mais fataliste. Si elle accepte de témoigner, c’est anonymement : « Tout ça », ce sont les trafics qui gangrènent le quartier « depuis longtemps » avec « l’impression que ça a quand même explosé depuis un an, un an et demi » et que « le quartier a été abandonné ».
En plus des règlements de compte et de l’effroi des fusillades, de la cité Félix-Pyat, considérée comme l’une des plus difficiles de la préfecture des Bouches-du-Rhône, c’est l’ambiance générale du quartier qui semble peser, tous les jours.
Dans certaines rues, l’éclairage public est régulièrement cassé pour empêcher de voir ce qui s’y passe. « Et ce n’est même plus réparé », relève encore cette habitante. Comme dans d’autres quartiers de Marseille, des poubelles sont aussi disposées en plein milieu de la chaussée. « Ça fait des chicanes et ça ralentit la police », décrit-elle.
« Il y a des endroits où on ne va pas »
Dans ce quartier décrit, selon le site de Métropole, comme un « parc social de fait » qui « accueille une population très modeste et aux nombreuses fragilités sociales », il n’y a pas pourtant « pas de psychose », « ça fait juste partie du paysage ».
Un autre habitant attrapé au passage explique : « Ici, il y a des endroits où on ne va pas et d’autres où on passe avec appréhension. Pour moi, en tout cas, c’est en voiture, pas à pied ».
La retraitée précise : « Ils [les trafiquants] ne sont pas agressifs. On n’est pas dérangé. Par contre, ce qui fait peur, ce sont les éventuels dommages collatéraux », explique-t-elle.
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« L’État n’a pas été en capacité d’assurer la sécurité »
C’est aussi ce qui a effrayé la direction d’Orange. « L’objectif aujourd’hui, c’est la sûreté et la sécurité des salariés », avait-elle justifié en annonçant, le 18 janvier, le départ de ses employés « du tertiaire » vers d’autres sites, vers des espaces de travail partagés ou en télétravail. Le géant français des télécommunications a battu en retraite. Pour les agents de sécurité encore présents sur le site, c’est même gilets pare-balles obligatoires.

Le siège d’Orange à Marseille est en train d’être vidé de ses salariés. (©Fabien Binacchi / actu Marseille)

Deux vitres ont été brisées par des tirs d’armes à feu dans les locaux d’Orange à Marseille. (©Document remis à actu Marseille)
« Qui aurait pu s’imaginer qu’on en arriverait là, réagit Bruno Bartoccetti, responsable de la zone Sud du syndicat policier Un1té. Qu’Orange recule, c’est un vrai constat d’échec, un aveu d’échec. Ça veut dire que l’État n’a pas été en capacité d’assurer la sécurité dans ce quartier. Et, finalement, cela donne raison aux narcotrafiquants. »
La police fait de son mieux avec les moyens qu’elle a actuellement. Nous sommes dans la réaction plutôt que dans l’anticipation. On sait déplacer les nouvelles compagnies de CRS qui frappent fort, comme la CRS 81. Il aurait peut-être fallu le faire à Saint-Mauront. Tout en assurant une présence sur le long terme ensuite.
Bruno Bartoccetti
Responsable de la zone Sud du syndicat policier Un1té
« La police, on la voit, mais rien ne change »
Fin novembre 2025, lors d’une première fermeture du site d’Orange, la préfète de police déléguée avait évoqué un « sentiment d’insécurité » dans cette zone en particulier, également concernée par de nombreux « petits trafics », de « cigarettes de contrebande notamment », précise également une source policière.
« On me dit qu’il y a des coups de feu qui ont été tirés mais, en même temps, la police est allée sur place et on n’a rien retrouvé », avait-elle avancé. Après la découverte des impacts de balles sur la façade de l’établissement, Corinne Simon avait finalement annoncé un « renfort » de « la présence policière en augmentant les rondes et patrouilles ».
Plus largement, à l’échelle du quartier, « la police, on la voit, il y a des interpellations », témoigne encore l’habitante interrogée plus haut. « Mais ça va, ça vient, et rien ne change finalement. Ici, ils savent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent », lâche-t-elle.
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