Il date d’environ 290 millions d’années, soit plusieurs dizaines de millions d’années avant l’apparition des dinosaures.

Publié le 30/01/2026 11:29

Mis à jour le 30/01/2026 12:41

Temps de lecture : 4min

Sur ce dessin réalisé par une paléoartiste en collaboration avec les scientifiques, un "Dimetrodon teutonis" vomissant une partie de son repas. Il s'agit, entre autres, des restes non digérés des petits reptiles. (SOPHIE FERNANDEZ)

Sur ce dessin réalisé par une paléoartiste en collaboration avec les scientifiques, un « Dimetrodon teutonis » vomissant une partie de son repas. Il s’agit, entre autres, des restes non digérés des petits reptiles. (SOPHIE FERNANDEZ)

On n’aurait pas forcément mis les mains dedans. Le plus ancien vomi fossile terrestre connu à ce jour a été identifié sur le site fossilifère de Bromacker, en Allemagne, par une équipe internationale impliquant un chercheur du CNRS. Prosaïque au premier abord, cette découverte est essentielle pour mieux comprendre la faune et la flore de cette époque très (très) lointaine.

Daté d’environ 290 millions d’années (Permien inférieur), ce vomi fossilisé, ou « régurgitalithe », renferme de nombreux fragments osseux, dont ceux de deux petits reptiles et d’un amphibien partiellement digérés, dans une matrice pauvre en phosphates. La matrice est l’ensemble des sédiments ou de la roche entourant un fossile, elle peut contenir des microfossiles, des traces chimiques et d’autres indices permettant de reconstituer l’environnement et l’écosystème dans lequel vivait l’animal.

Régurgitalithe du Permien d'Allemagne (A) et son contenu scanné en 3D; (ARNAUD REBILLARD / CNRS)

Régurgitalithe du Permien d’Allemagne (A) et son contenu scanné en 3D; (ARNAUD REBILLARD / CNRS)

L’analyse de ces restes a permis d’attribuer cette réjection à un superprédateur au régime opportuniste, Dimetrodon ou Tambacarnifex, deux « reptiles mammaliens », qui peuplaient anciennement le site. Ces conclusions, parues dans Scientific Reports, ont été obtenues à partir d’une description minutieuse de chaque fragment scanné en 3D par microtomographie aux rayons X, d’une analyse biogéochimique de la matrice et de la faune du Permien inférieur de Bromacker. Cette technique d’imagerie permet d’observer l’intérieur d’un fossile en trois dimensions, sans l’endommager. Elle utilise des rayons X pour révéler des structures invisibles à l’œil nu, comme des os ou des tissus minéralisés encore emprisonnés dans la roche.

Étonnamment bien conservé, ce précieux fossile est l’un des rares exemples de régurgitalithes à ce jour exhumés. En plus d’apporter une preuve directe du régime alimentaire de son auteur, il ouvre une fenêtre inédite sur la compréhension des réseaux trophiques, et plus généralement du fonctionnement des écosystèmes terrestres avant l’apparition des dinosaures.

Ce n’est pas la première fois que le repas d’un animal très ancien se retrouve sous un microscope. Le 26 janvier, le musée du Sjaelland oriental, au Danemark, annonçait avoir retrouvé et analysé un morceau de vomi fossilisé. Une régurgitation vieille de 66 millions d’années.

La découverte a été réalisée par un amateur local aux falaises de Stevn, un site naturel au sud de Copenhague. Lors d’une promenade, Peter Bennicke a trouvé des fragments inhabituels, qui se sont avérés être du lis de mer, dans un morceau de craie qu’il venait de fendre. Il les a ensuite déposés au musée du Sjaelland oriental où ils ont été examinés.

« Ce type de découverte est considérée comme très importante pour la reconstitution des écosystèmes du passé car elle fournit des informations essentielles sur quel animal a été mangé par qui »

le musée du Sjaelland oriental

Selon les experts, le vomi est composé d’au moins deux espèces différentes de lis de mer qui ont été mangées par un poisson qui en a régurgité les parties indigestes.

« C’est une découverte vraiment inhabituelle », qui éclaire les relations entre prédateurs et proies au crétacé (période allant de -143 millions à -66 millions d’années), se réjouit le paléontologue Jesper Milàn, cité dans le communiqué. Comme l’indique le Museum d’histoire naturelle, c’est au crétacé qu’ont vécu de célèbres dinosaures comme le tyrannosaure ou le tricératops. « Les lis de mer ne sont pas un régime alimentaire particulièrement nutritif, car ils sont principalement constitués de plaques calcaires maintenues par quelques parties molles. Mais voici un animal, probablement une sorte de poisson, qui, il y a 66 millions d’années, mangeait des lis de mer », a-t-il expliqué.

En 2018, un vomi fossilisé avait été découvert aux États-Unis. Les scientifiques de l’Utah Geological Survey (UGS) l’avait alors attribué à un poisson-castor ou à un mammifère semi-aquatique, le site abritant autrefois un étang.