Le virus Nipah observé au microscope pendant la période d’incubation.Selon l’OMS, la période d’incubation peut varier de 4 à 14 jours, et peut parfois s’allonger jusqu’à 45 jours. © Freepik

Ce jeudi 29 janvier 2026, Islamabad a officiellement instauré des contrôles sanitaires renforcés à tous ses points d’entrée (aéroports, postes frontaliers terrestres et ports maritimes) pour dépister les personnes potentiellement infectées par le virus Nipah, après la confirmation de cas en Inde voisine. 

Selon la dépêche de Reuters, les voyageurs doivent subir une surveillance de température, une évaluation clinique, et répondre à un questionnaire sur leurs déplacements récents, en particulier s’ils viennent de zones jugées à risque.

Ce renforcement s’ajoute à une série de mesures similaires adoptées au cours de la semaine par d’autres états asiatiques comme la Thaïlande, Singapour, Hong Kong, Malaisie, Indonésie ou encore Vietnam.

Pour autant, ni l’OMS, ni les autorités indiennes ne parlent d’un risque imminent de pandémie mondiale. L’OMS juge actuellement le risque de propagation au-delà de l’Inde faible. Ils insistent sur le fait qu’il n’existe aucune preuve d’une transmission accrue entre humains et que l’Inde dispose de capacités de gestion épidémiologique. 

Virus Nipah : combien de cas détectés aujourd’hui ? 

Les deux cas officiellement confirmés sont des professionnels de santé, pris en charge dans des hôpitaux de la région de Kolkata et de Siliguri. Selon nos confrères indiens, l’un des deux patients a été hospitalisé dans un état critique, pris en charge en unité spécialisée. Tandis que le second est isolé sous surveillance médicale stricte. 

Les autorités locales ont rapidement enclenché le protocole de gestion des cas contacts. L’ensemble des personnes exposées (collègues, proches, patients) ont été identifiées et testées. Jusqu’ici, aucun test positif supplémentaire n’a été signalé, ce qui a visiblement permis de maintenir l’épisode sous contrôle.

Ce n’est pas une première pour l’Inde, qui a déjà affronté plusieurs épisodes limités de Nipah depuis 2001. En juillet 2025, un épisode meurtrier avait déjà frappé le pays. Les autorités avaient alors confirmé quatre infections, dont deux décès, dans deux districts de l’État du Kerala, au sud-ouest du territoire. Une région régulièrement touchée par de petites flambées depuis 2018.

Pakistan : pourquoi ont-ils déclenché un plan de surveillance ? 

Le Pakistan a activé un plan de surveillance renforcée après la confirmation de cas de virus Nipah en Inde, un pays avec lequel il partage à la fois une frontière longue et très fréquentée. La décision repose sur une logique de prudence, nourrie par plusieurs facteurs concrets :

  • une proximité géographique directe, avec des flux permanents de voyageurs entre les deux pays ;
  • un risque réel d’importation silencieuse, car l’incubation du virus peut durer plusieurs jours et masquer les premiers signes d’infection ;
  • un contexte régional sensible, marqué par des antécédents d’épidémies où une réponse trop tardive avait favorisé la propagation ;
  • une stratégie sanitaire éprouvée en Asie du Sud, qui privilégie des contrôles rapides aux frontières pour éviter qu’un foyer localisé ne s’étende.

Dans ce cadre, renforcer la surveillance n’est pas un signal de panique mais un réflexe de prévention destiné à détecter au plus tôt tout cas potentiel et à contenir la situation avant qu’elle ne s’amplifie.

Virus Nipah : pourquoi suscite-t-il l’angoisse ?  Nipah : c’est quoi ce virus mortel ? 

Le virus Nipah (NiV) est un virus zoonotique (transmissible des animaux aux humains) appartenant au genre Henipavirus. Il a été découvert à la fin des années 1990 lors d’une épidémie qui avait frappé des éleveurs de porcs en Malaisie et à Singapour.

Son principal réservoir naturel est la chauve-souris frugivore du genre Pteropus. Ce virus peut se transmettre :

  • des animaux à l’humain, via contact direct ou aliments contaminés (comme la sève de palme consommée crue) ;
  • d’un humain à un autre, lors de contacts très rapprochés, notamment au sein des familles ou dans les services de soin.

Une caractéristique qui inquiète les virologues car il n’existe ni traitement spécifique, ni vaccin homologué contre le Nipah.

Sur le plan clinique, l’infection peut débuter par des symptômes très banals (fièvre, maux de tête, toux, douleurs musculaires) puis évoluer vers une encéphalite (inflammation du cerveau) ou un détresse respiratoire aiguë qui peut être fatale.

Un taux de mortalité élevé, une contagiosité limitée

La véritable inquiétude autour du Nipah vient de son taux de létalité élevé, estimé entre 40 % et 75 % selon les souches et les contextes sanitaires. Un chiffre bien supérieur à celui observé avec des virus respiratoires comme celui de la grippe ou du SARS-CoV-2.

En revanche, la contagiosité entre humains est relativement faible comparée à celle de la COVID-19. La transmission directe d’une personne malade à une autre nécessite un contact prolongé et étroit, souvent avec échange de liquides corporels.

En clair, ce n’est pas un virus qui se balade dans l’air comme la grippe ou le SARS-CoV-2. Sa propagation dépend surtout de contacts rapprochés et durables. Un facteur qui limite, pour l’heure, son potentiel pandémique.

Nipah : pourquoi l’Europe reste-t-elle aujourd’hui en retrait ?

D’une part, aucune infection à Nipah n’a été détectée en Europe ni en France, ni importée, ni localement acquise. D’autre part, les chauves-souris frugivores, principales réservoirs du virus, ne sont pas présentes sur le continent européen, ce qui réduit fortement le risque d’établissement d’une circulation animale endémique.

Autrement dit, même si un voyageur revenant d’une zone touchée par le Nipah pouvait théoriquement amener le virus jusqu’en Europe, les conditions écologiques et épidémiologiques actuelles ne permettent pas à ce virus de s’installer durablement ici.

Les services de santé publique européens, tels que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), surveillent bien sûr ces infections émergentes, mais ne considèrent pas à ce stade une menace imminente pour la population européenne.

À SAVOIR

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le virus Nipah fait partie de la liste restreinte des pathogènes prioritaires surveillés au niveau international en raison de son potentiel épidémique et de l’absence de traitement ou de vaccin disponible. 

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