Le bingo de la flemme et du malaise
Team Démolition a au moins le mérite de nous jeter directement dans le bain, sans prendre la précaution de nous mouiller la nuque au préalable. En tant que choc thermique de médiocrité, le film balance d’entrée de jeu un condensé de tout ce que le cinéma d’action post-Expendables a produit de plus rance, une sorte de gloubi-boulga numérique qui semble avoir été assemblé par une IA (et pas une version premium). En plus d’une bande-son de tubes des années 90 balancée sans aucun sens du rythme et des effets visuels dégueulasses (on jurerait de la génération par IA non supervisée), le film se vautre dès les premières minutes dans une vulgarité abyssale.
L’écriture, si on peut appeler ça ainsi, tente de masquer sa pauvreté crasse (son scénario tient sur une feuille de papier toilette) derrière des vannes soi-disant métas insupportables, qui ne sont là que pour espérer que le public pardonne au film de ne pas avoir d’idées. Sauf qu’ici, l’autodérision n’est qu’un monticule de chantilly sur une énorme tarte d’humour pipi-caca-prout qui ferait passer les pires comédies de Max Pécas pour du Audiard. Mention spéciale au running gag de la recherche d’une « clé US-Bite« , répété au moins dix fois, comme si le scénariste était si fier de sa vanne de CM1 qu’il la recyclait jusqu’à l’épuisement (le nôtre, pas le leur, rassurez-vous).
Ceci dit, on pourrait presque pardonner cette localisation humoristique à hauteur de caleçon, un peu d’humour scatophile n’ayant jamais tué personne. Mais Team Démolition dégringole bien vite dans une beauferie décomplexée que l’on pensait disparue des radars. Entre les ignobles saillies grossophobes et les clichés racistes périmés (vous saviez que « le portugais c’est de l’espagnol bourré » ? Nous non plus, et on vous épargne les blagues à la Michel Leeb sur les japonais), le visionnage se transforme rapidement en calvaire intellectuel.
On ne rit jamais avec le film, on soupire devant sa bêtise crasse, en se demandant comment une telle accumulation de scories a pu passer les filtres d’une production de cette envergure en 2026. Angel Manuel Soto, qu’on espérait voir rebondir après ses très difficiles débuts chez DC avec le catastrophique Blue Beetle, semble ici avoir abandonné toute ambition artistique pour devenir un simple gestionnaire de flux vidéo. Il nous sert là un produit manufacturé sans aucune intention de mise en scène, où chaque scène d’action est un prétexte à une nouvelle vanne moisie. C’est l’école du vide, une sorte de mirage de cinéma où l’on a remplacé toute intention créative par du bruit (de rot, de pet, et d’explosion).

Lazy riderDemolition Men
Le gâchis est total concernant le duo de tête, et c’est sans doute ce qui fait le plus mal. D’un côté, on retrouve un Dave Bautista enfermé dans une rigidité militaire monolithique, avec un jeu presque aussi catastrophique que dans In the Lost Lands. On est loin de l’acteur nuancé qu’on avait apprécié chez Villeneuve ou chez Shyamalan. De l’autre, Jason Momoa (encore) fait de la parodie de Jason Momoa : il cabotine, rigole tout seul de ses propres blagues et donne l’impression de n’en avoir absolument rien à foutre d’être là.
Cette histoire de vengeance paternelle contre des Yakuzas cartoonesques (qui sont, au passage, les méchants les plus débiles vus sur écran depuis des années) ne sert que de prétexte à des engueulades fraternelles qu’on a vues mille fois ailleurs, en mieux. La magie du buddy movie repose normalement sur une dynamique entre les deux parties, sauf qu’il n’y a clairement aucune alchimie entre Momoa et Bautista. Les deux semblent évoluer dans des films différents, reliés uniquement par le chèque à huit chiffres qui les attend à la fin.

« Comment ça on doit jouer dans le même film ? »
Même ce qui aurait pu sauver le film, la bagarre obligatoire entre les deux frères, censée être le climax émotionnel et physique, est juste épuisante tant elle est illisible. Entre les coupes incessantes, les doublures mal intégrées et la spatialisation approximative, on ne comprend jamais qui frappe qui entre deux punchlines. C’est le syndrome du film qui ne filme rien, qui préfère secouer la caméra dans tous les sens plutôt que de chorégraphier un affrontement digne de ce nom. Un comble pour deux athlètes de leur calibre (on parle quand même d’un Champion historique de la WWE contre un Aquaman/Lobo !).
Pour couronner le tout, le film se permet le luxe d’un final d’un cynisme absolu, ouvrant la voie à une suite que personne ne veut. C’est l’aveu final d’une production qui ne considère chaque film que comme une potentielle franchise à essorer jusqu’à la moelle, sans se soucier de la qualité du premier jet. Team Demolition ne raconte rien, ne propose aucune vision de Hawaï autre que celle d’une carte postale faite par IA et s’achève sur une note d’arrogance qui fait le même effet qu’un reflux gastrique.
Team Démolition est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 28 janvier 2026.
