À –31 °C, le test hivernal NAF en Norvège
met 24 voitures électriques au pied du mur, de la citadine au SUV
familial. Entre chiffres WLTP et réalité sur route gelée, l’écart
réserve quelques surprises.
Imaginez une file de voitures électriques qui quittent Oslo
batterie pleine, par un matin où le thermomètre affiche –30 °C,
puis –31 °C. Pas de labo, pas de rouleaux, juste des routes
ouvertes, de la neige, du relief, et un froid qui transperce tout,
même les batteries les plus modernes.
C’est le décor du test hivernal NAF, édition El
Prix 2026, mené par l’association norvégienne des automobilistes
(Norges Automobil-Forbund). Vingt-quatre modèles 100
% électriques y ont été poussés jusqu’à leurs limites, au sens
strict, pour voir jusqu’où ils vont vraiment quand l’hiver ne fait
aucun cadeau. Et là, les résultats font fondre bien des illusions
sur l’autonomie des voitures électriques…
Test hivernal NAF : 24 voitures électriques face à –31 °C
Le principe du test El Prix est simple, et justement, c’est ce
qui le rend redoutable. Tous les véhicules partent d’Oslo, avec une
charge à 100 %, chaussés en pneus hiver. Ils suivent exactement le
même parcours mêlant ville, routes nationales, autoroute et cols de
montagne. Les conducteurs roulent en mode normal, utilisent
le régulateur adaptatif quand c’est possible, et la course s’arrête
quand la voiture n’arrive plus à tenir la vitesse limite
autorisée.
Pour l’édition hivernale 2026, l’exercice a basculé dans une
autre dimension. Les températures sont descendues
jusqu’à environ –30 / –31 °C, un niveau bien plus bas que les
précédents tests, souvent compris entre –2 et –10 °C. Sur
ce parcours unique, 24 modèles se sont affrontés, des citadines aux
grandes berlines premium, en passant par les SUV familiaux et les
modèles dits « prix raisonnable ». Le froid était si
violent que la plupart ont rendu les armes bien plus tôt que
d’habitude, transformant cette campagne en l’édition la plus courte
et la plus dure jamais menée par le NAF.
Les techniciens ont aussi noté un détail qui en dit long sur la
gestion énergétique. Pour obtenir la même température réelle dans
l’habitacle, certains modèles chinois doivent régler le chauffage
sur 23 ou 24 °C au tableau de bord pour atteindre environ
20 °C mesurés, quand d’autres, comme Tesla, y arrivent
avec 20 °C affichés. Un écart qui montre que tous les systèmes de
chauffage ne pèsent pas de la même façon sur la batterie.
Lucid Air, Hyundai Inster… ce que révèle vraiment l’autonomie à
–31 °C
Dans ce contexte glacial, la grande gagnante en kilomètres bruts
reste la Lucid Air Grand Touring. La berline
américaine a parcouru environ 520 km avant de s’essouffler, soit
près de 100 km de plus que sa première poursuivante. Sur le papier,
sa norme WLTP annonce 960 km ; dans ce test extrême, elle perd donc
environ 46 % de son autonomie théorique. L’écart impressionne
d’autant plus que la même Lucid Air avait déjà bouclé près de 828,6
km lors du test estival NAF 2025, et décroché un record
Guinness à 1 205 km sur une seule charge dans des conditions
idéales.
Derrière elle, les grandes berlines premium confirment qu’elles
restent taillées pour l’autoroute. La Mercedes-Benz CLA 350 4Matic
a couvert 421 km, contre 709 km WLTP, soit une baisse d’environ 41
%. L’Audi A6 Sportback e-tron Quattro a atteint 402 km, pour 653 km
annoncés, ce qui représente environ 38 % de perte.
Les surprises viennent pourtant de voitures bien plus modestes.
La petite
Hyundai Inster, citadine électrique, a
parcouru 256 km dans ce test, contre 360 km WLTP, soit une baisse
d’environ 29 %. Même ordre de grandeur pour deux modèles MG : la
MG6S EV AWD, avec 345 km réels pour 485 km WLTP (–29 %), et la MG
IM6 AWD, avec 352 km pour 505 km WLTP (–30 %). Sur le papier, elles
roulent moins loin qu’une grande berline, mais elles conservent une
part bien plus importante de l’autonomie annoncée.
D’autres affiches s’en sortent beaucoup moins bien.
L’Opel Grandland électrique AWD a parcouru 262 km, contre
484 km WLTP, soit une chute d’environ 46 %, proche de celle de la
Lucid mais avec une distance finale bien inférieure. Le
Suzuki eVitara AWD ferme la marche en distance absolue, avec 224 km
face à 396 km WLTP, soit environ 41 % de perte. Pour ces SUV,
l’écart entre la promesse et la réalité par –30 °C devient très
difficile à ignorer.