Il n’a pas échappé à une lourde peine. Abdelkader Bouguettaia, rejugé à Lille après son extradition de Dubaï, a été condamné vendredi à vingt ans de prison, assortis d’une période de sûreté des deux tiers, pour avoir piloté un vaste réseau d’importation de cocaïne via le port du Havre. Ce Franco-Algérien de 38 ans a également été condamné à une amende d’un million d’euros.
Il contestait les condamnations prononcées contre lui à Lille en son absence en 2022, 2023 et 2024, qui lui avaient valu des peines allant de 9 à quinze ans de prison. Extradé de Dubaï vers la France en juin, il a donc été rejugé en sa présence en décembre devant la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille. Le jugement avait été mis en délibéré. Abdelkader Bouguettaia a assisté à la lecture du délibéré vendredi en visioconférence, sans réaction apparente. Les trois dossiers rejugés concernaient plusieurs saisies de cocaïne au port du Havre, pour un total de plus de deux tonnes de drogue.
Des caches dans des conteneurs de cargaisons légales
Selon le parquet de Lille, certaines importations étaient effectuées via « des cargaisons légales de gélatines de bœuf et de lames de bois en provenance d’Amérique du Sud, notamment du Brésil », ou encore « dans un conteneur de miettes de thon sous vide en provenance d’Équateur ».
Bouguettaia était « le chef » d’une organisation criminelle dont « une trentaine d’opérateurs à des degrés divers ont été condamnés » dans ces différents dossiers, selon le parquet.
L’un des deux procureurs avait aussi souligné le passé judiciaire de Bouguettaia, déjà condamné à de nombreuses reprises pour trafic de stupéfiants avant son départ de France. « C’est un réfractaire, un incorrigible […] et les incorrigibles, il faut les neutraliser », avait-il estimé.
Il estime qu’on veut lui faire porter « un chapeau XXL »
Des témoignages et éléments d’enquête présentant comme donneur d’ordres un certain « Bibi », surnom qu’Abdelkader Bouguettaia a reconnu être le sien depuis l’enfance, avaient été longuement détaillés durant son procès. A la barre, Bouguettaia avait assuré ne pas connaître les personnes l’ayant désigné comme la tête du réseau. Il avait aussi suggéré que certains voulaient lui faire porter « un chapeau XXL ».
Ses avocates avaient plaidé la relaxe, soulignant qu’une grande partie des éléments à charge contre lui reposaient sur des déclarations de personnes elles-mêmes impliquées dans le narcotrafic et mettant ainsi en doute leur honnêteté.
Voitures haut de gamme et restaurants chics
Abdelkader Bouguettaia a quitté la France en 2019, d’abord pour l’Algérie puis Dubaï, d’où il est soupçonné d’avoir continué à piloter le trafic de cocaïne via le port du Havre, sa ville natale.
Il jouissait d’un mode de vie fastueux dans cette métropole du Golfe, selon un extrait d’interrogatoire d’un ancien proche consulté par l’AFP en 2024 : deux appartements qu’il occupait avec sa compagne dans un immeuble cossu de la marina, voitures haut de gamme, fréquentation de piscines d’hôtels luxueux et de restaurants chics.
Incarcéré depuis décembre au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne), Abdelkader Bouguettaia a affirmé durant son procès qu’il travaillait comme chef de salle dans un restaurant à Dubaï.
Il a par ailleurs été mis en examen en juin à Paris, notamment pour « importation de stupéfiants en bande organisée en récidive » toujours vers Le Havre, dans un autre dossier de narcotrafic.
Selon le parquet de Paris, il est soupçonné d’être « l’organisateur de l’importation et de (la) logistique » d’un conteneur comportant 2,5 tonnes de cocaïne arrivées au Havre depuis la Colombie.