Pour la première fois depuis janvier 2024, le parti d’extrême droite rétrograde à la deuxième place des enquêtes d’opinions outre-Rhin : 24 % d’intentions de vote contre 26 % à la CDU selon le baromètre NTV/RTL. Selon plusieurs sources internes à l’AfD, « on paye le prix du rapprochement avec Trump ». L’expert Jacob Ross estime, pour sa part, que « l’AfD va avoir beaucoup de mal à marier ces contradictions et à empêcher que ce conflit ne leur explose à la figure ».
La cheffe de l’AfD dans l’embarras
« Nous sommes des partenaires et des alliés, et non des subordonnés. » Lors de sa déclaration de politique générale, mercredi, Friedrich Merz a défini la relation de son pays avec les États-Unis. Comme d’autres alliés européens qui ont cédé les clefs de leur sécurité aux Américains après la guerre, l’Allemagne cherche sa position dans ce que Merz a appelé le « nouvel Ordre mondial ». Lui succédant au pupitre du Bundestag, Alice Weidel a simplement enjoint le chef du gouvernement de rejoindre le « Conseil de la Paix » créé par Donald Trump. Le ton, pour une fois modéré, employé par la cheffe de l’AfD traduisait son embarras. « Trump est devenu le talon d’Achille de l’AfD », a commenté sur X, l’ancien député CDU Ruprecht Polenz.
L’effet boomerang du Groenland
Le 26 novembre dernier, au Bundestag, Weidel applaudissait les opérations lancées par l’ICE, aux États-Unis : « C’est exactement ce que nous voulons faire en Allemagne ! ». Lors d’un gala du New York Young Republican Club, Markus Frohnmaier a reçu un prix, en décembre. Dans son discours de remerciement, le porte-parole du parti pour les affaires étrangères a salué leur « alliance de patriotes ». Et puis, ce mois-ci, la brutalité de l’administration américaine au Venezuela et au Groenland a eu l’effet d’un boomerang. « Cette politique agressive contredit clairement ce qui est écrit dans le programme de l’AfD : nous défendons la souveraineté nationale, pas d’ingérence des puissances étrangères dans les affaires des États-nations. L’opinion publique allemande voit cela d’un œil critique et encore davantage les nationalistes », analyse Kai Arzheimer, politologue à l’Université de Mayence.
Dissensions publiques
Dans une interview au Podkast, le chercheur Jacob Ross se dit « frappé par le nombre de fois, ces derniers mois, où De Gaulle a été cité par des représentants de l’AfD pour justifier sa vision de « l’Europe des Nations ». De la même manière qu’en France, le Rassemblement national essaie de plus en plus de se positionner comme héritier du gaullisme ». L’AfD qui critiquait jadis la « vassalité » de la CDU vis-à-vis des USA a tout fait pour la supplanter comme premier parti atlantiste, en contradiction avec la doctrine du Général.
Mais les dissensions sont clairement apparues lorsqu’Alice Weidel, déjà prise en grippe quand les républicains américains ont découvert son homosexualité, a ouvertement critiqué, mi-janvier, l’intervention militaire au Venezuela. George Weinberg, président des « Republicans Overseas » d’Allemagne, a qualifié ses remarques d’« idiotes » dans le journal Welt, estimant que la direction de l’AfD « casse ainsi beaucoup de porcelaine ».