Dans le quartier de La Rauze à Montpellier, les propriétaires de la résidence Le Beal ont sauté le pas de la rénovation énergétique. Un projet d’ampleur, difficile à impulser, mais qui a bénéficié d’aides. Et qui pourrait aujourd’hui servir de chantier témoin à d’autres syndics de copropriété.

Sur la façade sud de la résidence Le Beal, dans le quartier de La Rauze, les ouvriers s’affairent encore. Mais plus pour longtemps. La résidence, construite en 1983, achève un vaste projet de rénovation qui va permettre au bâtiment un gain d’environ 40 % de sa performance énergétique, et un passage de l’étiquette C à B sur son bilan. Isolation thermique des façades et des plafonds, reprise de l’étanchéité, remplacement de certaines menuiseries, mise en place d’une ventilation basse consommation et de robinets thermostatiques…

Un DPE collectif obligatoire pour tous depuis le 1er janvier

Législation. Depuis le 1er janvier 2026, toutes les copropriétés dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013 doivent disposer d’un DPE collectif. Une mesure progressivement mise en place par l’État depuis 2024. Ce document, qui ne doit pas être confondu avec le DPE individuel qui se rapporte à chaque logement, évalue les performances énergétiques des immeubles, notamment sur des critères de consommation d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre. Établi par un diagnostiqueur professionnel, le DPE collectif comporte une note de A à G, ainsi que des recommandations de travaux à effectuer et l’estimation de leur coût. Il doit être renouvelé tous les dix ans, sauf en cas de classement A, B ou C. Son prix varie entre 1 000 € et 5 000 € selon la taille des copropriétés, selon le site service-public.gouv.fr

Première étape, convaincre les copropriétaires

Un projet d’ampleur, et six ans de discussions, de démarches administratives, puis de travaux. « Convaincre les dix-neuf propriétaires n’a pas été une mince affaire, explique Pascal, l’un des résidents. Certains avaient peur des arnaques, d’autres étaient freinés par l’aspect financier… Mais nous sommes finalement tous tombés d’accord. »

L’enjeu est de taille. En France, les copropriétés représentent 28 % du parc immobilier et enclencher le processus de rénovation s’avère plus complexe que pour les maisons individuelles. « Il faut qu’une dynamique soit impulsée au niveau des syndics, qu’ils soient professionnels ou bénévoles. Mais quand vous avez plusieurs centaines de logements, l’inertie est forcément plus grande, reconnaît Ivan Perchat, conseiller de l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec) de la Métropole. Notre rôle, c’est de rassurer, de répondre aux questions techniques, mais surtout d’informer sur les dispositifs d’aide existants. »

Quelles aides financières ?

Pour les soutenir dans le financement de leur projet, les copropriétés montpelliéraines peuvent compter sur deux aides principales. La première, MaPrimeRénov’, est un dispositif de l’État.

MaPrimeRénov’ : où en est-on ?

Le dispositif phare de la rénovation énergétique des logements est à l’arrêt. Depuis le 1er janvier, il n’est plus possible de déposer de dossier. En cause, la situation de blocage politique et l’absence de budget. Mais la situation devrait évoluer dans les prochains jours et, le gouvernement l’assure, MaPrimeRenov’devrait rouvrir dès l’adoption d’un budget. Sous quelles conditions ? « Dans le cadre du dispositif à destination des copropriétés, on se dirige vers la reconduction des clauses de 2025 », détaille Ivan Perchat, de l’Alec. Soit une aide financière soumise à un gain énergétique d’au moins 35 % après travaux.

La seconde est plus locale. « La Métropole de Montpellier a mis en place une aide Plan Climat qui peut aller de 1 300 € à 2 600 € en fonction de l’étiquette énergétique du bâtiment avant travaux. » Une aide conditionnée à la réalisation d’un gain énergétique d’au moins 45 %.

Du côté de la résidence Le Beal, on a fait les comptes. La facture des travaux s’élève à 588 345 €, et les différentes aides à 203 000 €. « En moyenne, le reste à charge est aux alentours de 50 % à 70 % du montant total des travaux », précise Ivan Perchat.

Des prêts collectifs pour financer le reste à charge

Alors pour financer sa part, la copropriété s’est tournée vers un courtier spécialisé dans la rénovation énergétique.

« Il existe aujourd’hui des solutions pour souscrire des prêts collectifs, à taux zéro, dont certains prennent aussi en charge l’avance des aides financières, versées en fin de chantier », détaille Christophe Bouldouyre, directeur associé chez Synergiec.

Des prêts souscrits par le syndic, auxquels chaque propriétaire est libre d’adhérer.
« La finalité c’est que sur un projet à 31 000 € par propriétaire, vous tombez à 20 000 € de reste à charge. Via un prêt à taux zéro sur 20 ans, la charge mensuelle est à 83 € », conclut Ivan Perchat.

À Montpellier, des rénovations en augmentation

Sur l’année 2025, trente-cinq syndicats de copropriété ont voté un projet de rénovation énergétique de leur immeuble. En 2024, ils n’étaient que huit. Un boom des rénovations qui s’explique en partie, sur notre territoire, par un dispositif mis en place par la Région Occitanie. Baptisé Renov’Occitanie, il permettait jusqu’à fin 2025 d’aider au financement d’un audit énergétique des copropriétés, point de départ de tout projet de rénovation globale. Tout comme MaPrimeRénov’, ce dispositif est pour l’heure suspendu par la Région, en attendant que soient définies ses modalités pour l’année 2026.