La transplantation de microbiote fécal (TMF) consiste à introduire dans l’intestin d’un patient malade une flore bactérienne saine apportée par les selles d’un donneur.
À ce jour, cette approche thérapeutique n’a été validée que dans le cadre de la prise en charge d’une seule maladie : la colite à Clostridium difficile récurrente. Grâce à ce traitement, cette infection gastro-intestinale bactérienne potentiellement grave, qui se traduit par des diarrhées, des douleurs abdominales et de la fièvre, peut être guérie dans 90 % des cas.
La TMF sera-t-elle un jour utilisée dans le cadre de la prise en charge du cancer ? C’est bien possible à en croire deux essais cliniques dont les résultats ont été publiés ces derniers jours dans Nature Medicine. Ceux-ci montrent qu’en combinant cette approche thérapeutique avec l’immunothérapie ou d’autres médicaments anticancer, il est possible d’améliorer considérablement les résultats pour les patients.
Diminution des effets secondaires des traitements
La première étude, un essai de phase 1 appelé PERFORM, incluait 20 patients canadiens souffrant de cancer du rein métastasé. Les chercheurs sont parvenus à démontrer que les selles provenant de donneurs sains, administrées sous forme de gélules au début du traitement, modifiaient efficacement et en toute sécurité le microbiote intestinal et, surtout, contribuaient à réduire les effets secondaires toxiques de l’immunothérapie (ipilimumab et nivolumab).
« Le traitement standard du cancer du rein avancé comprend souvent un médicament immunothérapeutique qui aide le système immunitaire du patient à lutter contre les cellules cancéreuses, explique Saman Maleki Vareky, le principal auteur, chercheur au London Health Sciences Centre Research Institute (LHSCRI) situé dans l’Ontario, au Canada. Malheureusement, ce traitement entraîne fréquemment une colite et une diarrhée, parfois si graves que le patient doit interrompre prématurément son traitement vital. Si nous parvenons à réduire les effets secondaires toxiques et à aider les patients à mener leur traitement à terme, cela changera la donne ».

Saman Maleki Vareky, tenant une « pilule de selles » testée dans le cadre d’essais cliniques au London Health Sciences Centre Research Institute (LHSCRI) et au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM). © LHSCRI
Amélioration de l’efficacité de l’immunothérapie
Le deuxième essai clinique, dénommé MT-LUMINate, avait pour but de déterminer si la transplantation de microbiote fécal pouvait améliorer l’efficacité d’une immunothérapie dans le cadre de la prise en charge de 20 patients souffrant de cancer du poumon et 20 souffrant de cancer de la peau.
Résultats : 80 % des patients atteints de cancer du poumon ont répondu à l’immunothérapie après une FMT, contre seulement 39 à 45 % de ceux qui bénéficiaient de l’immunothérapie seule. De même, 75 % des patients atteints de mélanome qui ont reçu une FMT ont répondu positivement au traitement, contre seulement 50 à 58 % de ceux qui bénéficiaient uniquement de l’immunothérapie.
« Notre essai clinique a démontré que la transplantation de microbiote fécal pouvait améliorer l’efficacité de l’immunothérapie chez les patients atteints d’un cancer du poumon et d’un mélanome », explique la Dre Arielle Elkrief, l’auteure principale, médecin-chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).
1. FMT safely combines with immunotherapy, showing no serious FMT-related toxicities.
2. Higher gut microbiome diversity and anti-inflammatory taxa engraftment correlate with reduced toxicity and improved response.
3. Expansion of *Segatella copri* and pro-inflammatory microbial… pic.twitter.com/RTlCTxJSj2— Tech. Bioinformatics (@Tech_Bioinfo) January 28, 2026
Une voie thérapeutique entièrement nouvelle
Pour elle, cet essai clinique ouvre une voie entièrement nouvelle pour les thérapies personnalisées basées sur le microbiote. Selon les chercheurs, en effet, la TMF ne fait pas qu’ajouter des bonnes bactéries chassant les mauvaises. Elle pourrait également aider le système immunitaire à s’attaquer aux tumeurs, et réduire les signaux qui empêchent celui-ci de le faire. D’autres essais cliniques sont en cours pour tester l’efficacité de la TMF sur le cancer du pancréas et celui du sein.
Réduire la toxicité des médicaments, améliorer la qualité de vie des patients tout en renforçant leur réponse clinique au traitement, et tout ça grâce à une traitement ultrasimple et naturel, il y a en effet de quoi être enthousiaste !