Par

Cédric Nithard

Publié le

30 janv. 2026 à 19h29

À l’occasion des élections municipales, le Comité de Liaison des associations Pluriel Handicaps de l’Hérault (CLCPH) réunissant 45 associations, interpelle les candidats à Montpellier et dans les communes de la métropole. Un manifeste pour une ville inclusive et accessible vise ainsi à ce que leurs demandes soient intégrées dans les programmes. « Quand on s’engage pour être élu de la République, on s’engage pour la liberté, l’égalité et la fraternité. La liberté n’existe que s’il y a de l’accessibilité » souligne Daniel Briand, président du CLCPH de l’Hérault. 

Une loi inappliquée

À travers son manifeste, le CLCPH, créé en 1981 sous l’impulsion de Georges Frêche par Louis Gravier, interroge les candidats aux municipales sur neuf thématiques : mobilité, voirie et espace public, logement, commission d’accessibilité…  « Nous sommes des acteurs et non des censeurs. Nous ne sommes pas là pour censurer quoi que ce soit. Nous sommes des contributeurs du bien-vivre ensemble. Nous ne sommes pas là pour dire que tout va mal mais pour dire que cela doit aller mieux et nous sommes là pour aider » précise Daniel Briand, président du CLCPH.

Au-delà des propositions soumises, il est également question de rappeler les obligations de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits, des chances, la participation à la citoyenneté des Personnes Handicapées qui prévoyait que d’ici 2015 les règles de conformité accessibilité soient mises en place sur la voie publique, les Installations Ouvertes au Public et les Établissements Recevant du Public. Et si l’on est encore loin du compte, Thierry Jammes, vice-Président de la Fédération des Aveugles de France, appuie : « L’application de la loi a été prolongée de neuf ans sans qu’il n’y ait eu de rallonge de financement. Tout devait être accessible au 1er janvier 2025. On voit bien qu’on n’y est toujours pas parce que de façon globale l’accessibilité vient après. C’est comme ça, on le déplore ». Le manifeste vise ainsi à dire que « l’accessibilité ne se prévoit pas après mais avant ».

Un comité de liaison

Un Comité de Liaison, dont la commission d’accessibilité travaille en étroite collaboration avec la Ville et la Métropole de Montpellier, le Département de l’Hérault et la Région Occitanie, afin d’apporter son expertise technique sur les grands chantiers. Thierry Jammes, vice-président en charge de l’accessibilité des mobilités au sein du CLCPH, témoigne du travail réalisé dans le mandat de Michaël Delafosse : « On voit bien que lorsque nous sommes associés au départ des projets cela fait la différence. On veut que cette dynamique qui a été lancée se poursuive et s’amplifie car on constate que, malgré ce travail de collaboration étroite avec les équipes techniques et les élus en charge, de petites choses ne vont pas. Il y a des trous dans la raquette qu’il va falloir combler et donc revenir sur les bêtises que l’on a pu faire ». Ce dernier souligne : « Chaque euro engagé doit être utile à la collectivité et s’il est utile, il est accessible. Il n’est plus possible de livrer des biens de la communauté public qui ne respectent plus les règles d’accessibilité ».

« Quelques trous dans la raquette »

Alors si la collaboration autour de la réalisation de la ligne 5 de tramway et notamment le choix des rames réalisées par CAF prenant en compte les critères d’accessibilités demandés par le CLCPH que ne pouvaient pas faire Alstom, est mise en avant, quelques « trous dans la raquette » sont à déplorer. Comme les nombreux bancs installés sans dossier ou accoudoirs et de demander des bancs inclusifs. Que ce soit d’anciens ou de nouveaux commerces, trop encore ne respectent pas tous les normes d’accessibilité ne permettant pas à certaines personnes d’y rentrer. À ce titre, durant deux été, le rooftop du Corum, a été un exemple de totale inaccessibilité  pour les personnes à mobilité réduite et les personnes déficientes visuelles.

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Thierry Jammes et Daniel Briand.
Thierry Jammes et Daniel Briand. (©CN/ Métropolitain)

Autre « trou dans la raquette » important avec la nouvelle place des Martyrs de la Résistance. « Il y a un loupé. Il y aura de l’argent à remettre sur la table. Les pavés au sol, ce n’est pas possible pour les personnes en fauteuil et les personnes aveugles ne peuvent pas se diriger. À chaque fois qu’il y a un lieu rénové sur lequel on a travaillé, on fait ensuite un rapport d’usage en comparant ce qui a été discuté avec la collectivité et on compare sur le terrain. Des fois il y a des décalages horaires mais là ce n’est plus un décalage horaire, il n’y a plus de montre. Nous avons fait un rapport d’usage et on a dit très clairement que ce lieu emblématique devait être retouché. La volonté politique était là, l’argent a été mis sur la table mais le bureau d’étude et d’architecte qui a réalisé les travaux n’a très clairement pas appliqué les règles d’accessibilité ». Regrettable pour une rénovation dont le coût avoisine les 7,5M€…

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Thierry Jammes évoque également « la problématique du vélo pour les personnes handicapées est une vraie difficulté ». S’il salue : « On avait demandé que les vélos et leurs pistes ne soient plus sur les trottoirs ou soient bien séparés par une bordure sur laquelle on a travaillé. Et d’ailleurs, la seule bordure qui fonctionne pour les déficients visuels est à Montpellier. Ça, on le félicite ». Mais le partage de l’espace public avec les vélos et autres endroits reste compliqué, déjà pour les piétons valides mais encore plus pour les personnes en situation de handicap et particulièrement les déficients visuels. Les mobilités sont certainement une des problématiques majeures pour les personnes en situation de handicap. Daniel Briand illustre : « Il y a des villages de l’Hérault qui sont encore inaccessibles par le bus à des personnes en fauteuil roulant ». Sans parler, à Montpellier, pour ces derniers des difficultés à circuler suivant l’encombrement des trottoirs. Pour les personnes aveugles, il manque encore trop de bande de guidage au sol ou de dispositifs de vigilance aux feux de circulation. « Cela met en danger les personnes. L’accessibilité, c’est de la sécurité publique et aussi du confort d’usage » pointe le président du CLCPH.

Débat autour du GIHP

Le transport adapté a également été abordé et provoqué un petit débat parmi les membes du CLCPH. « Un dossier sensible dans le monde du handicap » explique Thierry Jammes. Créé il y a 60 ans, l’association GIHP auquel adhère 900 inscrits et réalise 40 000 déplacements par an assure cette mission en délégation de service public à Montpellier. « Le transport au porte à porte est indispensable même si on fait des transports en commun accessible » souligne le vice-président en charge de l’accessibilité des mobilités au sein du CLCPH. Et si le sujet est sensible, c’est que ce service est payant quand les transports en commun sont eux gratuits pour les habitants de la métropole. Une course coûte actuellement entre 3,50€ et 4,90€. « Sur le plan éthique, ce n’est pas acceptable. C’est de la discrimination pure et dure. Ce que l’on veut c’est que les élus de demain soient équitables. Si le transport est gratuit pour les uns, il doit l’être pour nous avec le GIHP » s’offusque Thierry Jammes.

Le GIHP assure un service essentiel.
Le GIHP assure un service essentiel. (©CN / Métropolitain)

Reste que rendre le service gratuit est impossible pour l’association dont les moyens, même en bénéficiant de subventions de la Ville et de la Métropole à hauteur de 1,2M€, sont limités. Des moyens insuffisants qui ne permettent pas de répondre à toutes les demandes ou d’obliger les utilisateurs à réserver à l’avance le transport. Avec aujourd’hui, cinq conducteurs et un planificateur, le GIHP est loin de pouvoir assurer pleinement sa mission. « On est un service privé. Ce que les adhérents demandent ce n’est pas la gratuité, c’est des moyens supplémentaires c’est à dire plus de véhicules et de personnels » explique Thierry Balix, président du GIHP qui précise également que « si le service devient gratuit c’est un transport public cela veut dire que vous êtes obligés de prendre en charge les 5 000 personnes détentrices d’une carte mobilité inclusion de la métropole. C’est une obligation de la loi d’orientation des mobilités. Quelle collectivité demain peut mettre 3 à 4M€ par an dans ce service ? ».

Pour autant Thierry Balix, lui-même en fauteuil se prenant à témoin « je ne ferai jamais aux autres ce que je ne veux pas que l’on me fasse. Je veux que l’accompagnement soit parfait », assure avec force : « Nos savons faire et notre compétence est reconnue par la collectivité. En 60 ans, nous avons une histoire. Je crois qu’on fait un bon travail sinon on nous aurait dégagé et cela aurait été normal. Nul n’est parfait mais on tend vers le parfait. Tout est une question de moyens, le savoir-faire on l’a. Donnez-moi les moyens et j’arrêterai de dire non. Si vous habitez dans un château et que vous ne pouvez pas en sortir cela reste une prison. Certains n’ont pas le choix d’autant que tout le monde ne peut pas prendre le tram même si c’est très bien ». Le message est passé à tous les candidats.

Une question qui concerne tout le monde

Autant de problématiques qui concernent en premier lieu les personnes en situation de handicap mais pas que. « L’existence de chacun est fragile, imprévisible. Du jour au lendemain, on peut se retrouver en grande difficulté. À tout moment, on peut se trouver « handifficulté » » souligne Daniel Briand qui appelle ainsi à une prise de conscience générale et adopter un regard plus global. Ce qui se pense pour les personnes à mobilité réduite peut aussi être utile aux personnes âgées et ce qui va faciliter le déplacement des personnes en fauteuil roulant aidera aussi celles qui sont avec une poussette. « L’accessibilité c’est tout le monde, sans exception. L’accessibilité c’est l’inclusion. L’accessibilité c’est la liberté de pouvoir aller et venir » lance le président du CLCPH.

Si les candidats aux municipales des 31 communes de la métropole étaient invités à assister à la présentation du manifeste, pour Montpellier Isabelle Perrein était la seule tête de liste présente quand Michaël Delafosse était représenté par Émilie Cabello, déléguée à l’Accessibilité universelle durant le mandat. Quant aux autres communes, seul Julien Landais, tête de liste de Juvignac Écologique et Solidaire, a fait le déplacement. Tous les autres ne manqueront pas de recevoir le manifeste dont le CLCPH sera attentif à leur retour et surtout à son impact dans les programmes. Daniel Briand, qui les a invité à tester l’expérience du handicap pour faire l’usage de la ville en se « mettant en tête que cela peut vous arriver », leur laisse un dernier message : « On voudrait que vous vous adressiez à des citoyens et non des électeurs. Et surtout que, si vous faites des promesses, vous assuriez le service après vote ». C’est d’ailleurs dans ce sens que le CLCPH signera prochainement avec la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet une convention actant la création d’un observatoire de l’accessibilité dans l’Hérault pour faire remonter les défaillances constatées sur le terrain et agir derrière.

> Plus d’informations sur le CLCPH sur clcph.fr.

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