C’est une décision qui montre toute
l’ambiguïté de la compétitivité automobile européenne actuelle.
Pour tenir ses prix sur l’entrée de gamme électrique, Renault a
choisi d’intégrer une technologie chinoise au cœur de son appareil
productif normand.

Dès le printemps 2027, l »usine de Cléon assemblera 120
000 moteurs électriques par an
conçus et fabriqués en
Chine par Shanghai E-Drive. Destinés aux versions
les plus accessibles des R5 et R4 E-Tech, ces blocs arrivent en kit
sur le site, remplaçant la fabrication complète par de l’assemblage
final. Si Force Ouvrière salue l’arrivée d’une nouvelle charge de
travail, la CGT redoute une cannibalisation du moteur maison et une
perte de savoir-faire industriel, le tout dans un contexte où le
site négocie également une diversification vers le drone
militaire.

Un moteur chinois pour démocratiser les petites voitures
électriques Renault

L’annonce est tombée mercredi lors d’un CSE extraordinaire et
elle ne manque pas de faire remous dans les ateliers normands. À
partir du printemps 2027, l’usine de Cléon,
véritable poumon industriel de Renault pour la mécanique,
va accueillir une nouvelle activité. Mais il ne
s’agit pas de fondre du métal ou d’usiner des pièces complexes
comme au bon vieux temps. Il s’agira d’assembler des kits
venus de l’autre bout du monde
. Le partenaire s’appelle
Shanghai E-Drive. C’est lui qui conçoit et fabrique les composants
de ce nouveau moteur électrique. Les pièces arriveront en
conteneurs à Cléon pour y être montées.

L’ambition de Renault est de mener la guerre des prix. Pour
afficher une
R5
ou une R4 E-Tech à un tarif capable de rivaliser avec les
constructeurs chinois, chaque euro compte. Le moteur conçu
en Chine puis assemblé en France
s’impose comme le
compromis trouvé pour rendre l’entrée de gamme accessible sans
faire exploser les budgets. Pour le syndicat Force Ouvrière, c’est une
bonne nouvelle. Le syndicat y voit une marque de confiance envers
les compétences du site pour gérer cette nouvelle ligne, et parie
sur un cercle vertueux. Si ce moteur permet de baisser le prix de
vente final des voitures, les volumes de vente
augmenteront, garantissant l’activité de l’usine.
C’est la
logique du volume contre la valeur unitaire.

La peur de la coquille vide

Mais cette annonce ne convainc pas tout le monde. La CGT,
syndicat majoritaire sur le site, voit dans cette stratégie un
cheval de Troie dangereux. Leur fierté, c’est le moteur
6AK
, celui qui équipe les versions plus haut de gamme. Ce
moteur-là est un pur produit de Cléon. Le site gère la fonderie,
l’usinage des pièces et l’assemblage. C’est une chaîne de valeur
complète qui mobilise de nombreux métiers. C’est ce
processus complet qui garantit des emplois qualifiés et une
expertise industrielle
. William Audoux, de la CGT, ne
cache pas son inquiétude: “Ce moteur chinois qu’on va ne faire
qu’assembler va sûrement prendre une bonne part de marché par
rapport au 6AK”. Et sa crainte est légitime. Si les clients se
tournent massivement vers les versions les plus abordables, le
moteur chinois risque de cannibaliser le moteur français.
Renault passerait alors progressivement d’un rôle de
fabricant à celui de simple assembleur…

D’ailleurs, sur le front de l’emploi, l’opération est blanche.
Cette nouvelle ligne mobilisera cinq équipes de 28
personnes, soit 140 salariés au total, mais il n’y aura pas
d’embauches
. Ce recours à la sous-traitance chinoise
intervient alors que Renault cherche visiblement à saturer ses
capacités industrielles françaises par tous les moyens, y compris
en sortant du strict périmètre automobile.
Le 20 janvier, le groupe a officialisé la création d’une filière de
drones militaires sur son site du Mans
, sous l’égide de la
Direction générale de l’armement (DGA).