À compter de dimanche, les internautes du Royaume-Uni qui tenteront de s’inscrire sur Pornhub verront s’afficher un message sans équivoque : « accès refusé ». La plateforme de contenus pour adultes — dont les bureaux principaux sont à Montréal — bloquera l’accès à son site aux nouveaux utilisateurs britanniques dès la semaine prochaine, marquant une escalade majeure dans son bras de fer avec le gouvernement du Royaume-Uni au sujet des lois sur la vérification de l’âge.
Cette décision s’inscrit dans le contexte de la mise en œuvre de l’Online Safety Act, une législation qui redéfinit l’accès aux contenus pour adultes en ligne. À partir du 2 février, seuls les utilisateurs ayant déjà complété le processus de vérification de l’âge actuellement en place sur Pornhub pourront continuer à accéder au site au Royaume-Uni. Toute nouvelle tentative d’accès sera automatiquement bloquée.
Pornhub appartient au groupe Aylo, qui exploite également les sites YouPorn et RedTube. L’entreprise affirme que le cadre réglementaire britannique ne lui laisse guère d’alternative. Selon elle, les exigences imposées mettent en péril la vie privée des utilisateurs sans pour autant atteindre l’objectif affiché de protection des mineurs.
Qu’est-ce que l’Online Safety Act ?
Entré pleinement en vigueur l’an dernier, l’Online Safety Act oblige les plateformes diffusant du contenu pornographique à mettre en place des mécanismes de vérification de l’âge jugés robustes. Parmi les méthodes autorisées figurent la présentation de pièces d’identité officielles, l’estimation de l’âge par reconnaissance faciale ou encore la vérification par carte de crédit. Ofcom, l’organisme chargé de faire respecter la loi, affirme que la majorité des grands sites pour adultes se conforment désormais à ces exigences.
Pornhub remet toutefois en question l’efficacité du système. Alex Kekesi, vice-président marque et communauté chez Aylo, soutient que cette réglementation crée un effet pervers : « Nos sites, qui hébergent du contenu pornographique légal et réglementé, ne seront plus accessibles aux nouveaux utilisateurs au Royaume-Uni, alors que des milliers de sites irresponsables resteront faciles d’accès. »
Dans un communiqué, l’entreprise ajoute qu’après plusieurs mois de discussions avec les autorités britanniques, elle estime que le régime actuel a « rendu Internet plus dangereux pour les mineurs comme pour les adultes et compromis la confidentialité et les données personnelles des citoyens britanniques ».
Des données publiées à la suite de l’introduction des mesures de vérification de l’âge indiquent d’ailleurs une chute spectaculaire du trafic britannique sur Pornhub : les visites auraient diminué de plus des trois quarts après l’entrée en vigueur des règles. Les détracteurs de l’Online Safety Act soutiennent que cette baisse a déplacé les utilisateurs vers des sites non réglementés, potentiellement plus dangereux et plus difficiles à surveiller.
Pornhub a déjà adopté une stratégie similaire ailleurs, notamment dans certaines régions des États-Unis, où la plateforme a préféré bloquer l’accès plutôt que d’instaurer des systèmes de vérification qu’elle juge intrusifs pour la vie privée.
De son côté, Ofcom rappelle que les plateformes diffusant du matériel pour adultes doivent soit se conformer à la loi, soit empêcher l’accès à leurs services depuis le Royaume-Uni. Un porte-parole de l’organisme a déjà déclaré que les entreprises « ont le choix entre mettre en place des contrôles d’âge pour protéger les utilisateurs, comme l’exige la loi, ou bloquer l’accès à leurs sites au Royaume-Uni ».
Cette décision risque de raviver le débat sur la sécurité en ligne, la protection de la vie privée et l’efficacité réelle de l’approche britannique. Les groupes favorables à la loi estiment que des contrôles stricts sont essentiels pour protéger les enfants, tandis que ses critiques craignent que la législation ne pousse encore davantage les contenus pour adultes dans l’ombre du Web.
Pour les nouveaux utilisateurs britanniques de Pornhub, le message sera donc clair dès la semaine prochaine : « accès refusé ».