Publié le
30 janv. 2026 à 13h00
Des blocs de béton bloquant des rues, on a l’habitude d’en voir : lors de travaux ou à la Braderie de Lille, aux Berlouffes… Leur présence ne dure en général que quelques jours. Mais il y a une exception en métropole lilloise : la rue de l’Alouette à Roubaix (Nord). Elle est complètement bloquée depuis le 15 juillet 2025. Cette décision est liée au protoxyde d’azote et aux « night shops ». On vous explique la position des habitants, alors que ces blocs, qui devaient être ôtés le 1er février 2026, sont prolongés jusqu’au 28 février 2026 par un arrêté municipal.
Une rue de Roubaix bloquée depuis 7 mois
Si vous ne connaissez pas la rue de l’Alouette à Roubaix, sachez qu’elle est située à quelques centaines de mètres du musée la Piscine, quelques dizaines de mètres du Colisée, et qu’elle donne sur le collège Sévigné. Elle démarre d’un côté à l’angle de la rue du Grand Chemin qui compte le tribunal de Roubaix, et de l’autre de l’avenue Jean Lebas, la rue qui mène à la gare. La rue de l’Alouette vit une particularité depuis 7 mois : elle est à moitié barrée, impraticable à cause de plots, de gros blocs de béton installés à l’angle de la rue du Grand chemin et de la rue Jules Dereugnaucourt.

À l’angle de la rue de l’Alouette et la rue du Grand Chemin, les blocs de béton sont installés depuis l’été 2025. ©Anne-Sophie Hourdeaux/Croix du NordInstallés après une agression
Comment ces blocs de béton sont arrivés là ? Il s’agit d’une décision de la mairie de Roubaix, qui a pris un arrêté municipal, prolongé plusieurs fois. Le dernier affichait la date limite du 31 janvier 2026, il est encore prolongé d’un mois, jusqu’au 28 février. « Ils ont été installés le 15 juillet 2025, suite à une agression » explique Aline, une habitante. Elle nous retrace les péripéties que vit le quartier depuis deux ans, qui ont abouti à cette décision municipale. Elle connaît bien le dossier : Aline est le porte-parole du collectif d’habitants créé en juin 2024 suite à de terribles nuisances.
« La nuit du 11 au 12 juillet 2025, ma porte a été explosée à coups de pied et j’ai été menacée de mort par des personnes en colère parce que j’avais appelé la police. Les nuisances nocturnes jusqu’à 6 h du matin, j’en pouvais plus… » explique-t-elle. Cette agression a été la goutte d’eau, mais les problèmes avaient commencé bien avant.
Par « nuisances », cette habitante détaille : « Imaginez des coups de klaxon sans discontinuer toute la nuit, jusqu’au matin. Des déchets partout le matin, et surtout des cartouches de protoxyde d’azote. Des gens qui mettent leur musique à fond toute la nuit, des voitures en file indienne dans la rue qui attendent et jettent leurs déchets par la fenêtre… ». Les conséquences pour les habitants sont terribles : impossible de dormir.
Les chiffres impressionnent : « A un moment, c’était environ le passage de 400 voitures par nuit ! »
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Des nuisances toute la nuit dues aux amateurs de protoxyde d’azote
Mais pourquoi tant de nuisances dans cette rue ? Aline met en cause, comme d’autres habitants dont Élise, un « night shop », comme la ville de Roubaix en compte une quarantaine. « Il a ouvert en 2020. Au début, ça allait. Puis, le protoxyde d’azote est devenu à la mode. Ouvert toute la nuit, les clients consommaient sur place, et faisaient du bruit, des bagarres éclataient régulièrement entre eux, ils faisaient leurs besoins partout ! ».
La mairie a pris plusieurs mesures
Pour empêcher ce « trafic », à un moment où le protoxyde d’azote n’était pas considéré comme une drogue, que faire ? Des rendez-vous avec la mairie sont organisés avec le collectif d’habitants en colère.
La mairie met en place un arrêté préfectoral de fermeture des commerces dans tout Roubaix : 22 h la semaine, 23 h le week-end. Puis, un autre arrêté restreint encore les horaires : 21 h en semaine et 22 h le week-end. Mais ledit commerce transforme ses statuts en « restauration rapide », il échappe donc à cet arrêté et peut continuer à fermer à l’heure qu’il veut.
La mairie ne baisse pas les bras : elle installe des caméras et peut vidéo-verbaliser, autre levier contre les clients cette fois. Mais il suffit de « bien » se garer et les nuisances continuent. « La police passe aussi régulièrement mais ne peut pas rester là toutes les nuits… »
En juillet 2025, la mairie a également pris un arrêté anti protoxyde d’azote, contre la vente et la détention.

L’arrêté municipal des blocs de béton devait s’arrêter le 31 janvier 2026, il est prolongé d’un mois. ©Anne-Sophie Hourdeaux/Croix du Nord« Je m’enchaînerai aux plots et j’irai porter plainte »
Aline et d’autres habitants comme Élise ne sont pas pressés de voir rouvrir la rue, même si elles reconnaissent que « c’est pas une solution pour durer ». « On a retrouvé une sérénité, on dort ! Même si on a dû se réorganiser car on ne peut plus accéder à notre rue en voiture ».
Leur vraie attente, c’est que le commerce de nuit en cause ferme définitivement, ou « alors qu’il ferme à 21 h ou 22 h comme les autres commerces », mais elles n’y croient plus. Elles espèrent que l’asphyxie financière suffira. Mais pour cela, il faut que l’arrêté imposant les plots soit prolongé.
C’est chose faite jusqu’au 28 février 2026.
Aline avait menacé : « Si le 1er février, les plots avaient été ôtés, on aurait fait une action coup de poing, on se serait enchaînés symboliquement à eux ! » Et elle ajoute : « Et après, j’aurai été porté plainte contre le maire pour non-assistance. Ma sécurité, et celle des autres habitants, est en jeu, je ne lâcherai pas ».
« Ils ont tué la rue »
Mais d’autres habitants attendent avec impatience la réouverture de la rue des Alouettes. Comme l’épicerie la Bonne récolte, qui a lancé sa propre pétition. Rabah, un des employés, nous la montre, avec plusieurs dizaines de signatures : « Regardez, on n’est pas les seuls à demander que les blocs soient enlevés. Ils ont tué la rue ! Nous, on a perdu environ 60 % de notre chiffre d’affaires depuis 6 mois ». Il espérait grandement que les blocs soient ôtés en cette fin janvier 2026 : « C’est ce que le maire que nous avons rencontré nous avait dit… »
Et les blocs ne sont pas le seul problème : « En plus, avant, on pouvait ouvrir jusqu’à minuit au moins. Mais il y a aussi eu des arrêtés qui obligent les commerces à fermer plus tôt. Aujourd’hui, c’est 22 h le week-end et 21 h en semaine. Or, c’est après ces heures-là qu’on vendait le plus… » ajoute l’employé.
Aline, elle, comprend l’attente des habitants de retrouver une vie normale sans les blocs. « Mais une fois ôtés, le night-shop reprendra son commerce, et on aura fait tout ça pour rien… »
Un quartier plus uni, un « exemple anti-proto »
Elle retient quand même un point positif : « Cela a soudé beaucoup d’habitants, on se parle, on est uni. En mairie, on nous a déjà dit : ‘On veut que le quartier des Alouettes soit un exemple !’» Car à Roubaix, d’autres quartiers sont confrontés aux nuisances de certains « night shops ».
Contactée, la mairie n’a pas souhaité répondre, même sur la question de l’extension de l’arrêté ou pas. À suivre…
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