Le Procureur de la République de Lille et la Présidente du tribunal judiciaire ont exposé les grands chantiers qui occuperont le travail judiciaire lillois pour l’année 2026. Des objectifs qui ne sont pas nouveaux dans la métropole, mais sur lesquels l’accent doit être mis dans un vaste objectif « d’apaisement ».
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Députés, préfet, magistrats et avocats… Du beau monde se presse en cette fin de matinée, dans une petite salle d’audience du tribunal judiciaire de Lille. En tenue de cérémonie, la foule attend patiemment le début de l’audience solennelle, donnée ce vendredi 30 janvier 2026 par le Procureur de la République de Lille, Samuel Finielz, arrivé à la tête du tribunal en octobre 2025.
Le nouveau Procureur profite de la nouvelle année, déjà bien installée, pour tenir sa réunion annuelle qui trace les principaux chantiers auxquels devra s’attaquer la justice lilloise. Un programme dont Samuel Finielz détache trois grandes priorités : déménagement du palais de justice, apaisement et crime organisé. Explications.

La salle était presque pleine ce vendredi 30 janvier.
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© Sanaa Hasnaoui / FTV
« Je souhaite que l’empreinte pénale sur le produit du crime, soit la plus forte possible. » Avec fermeté, le Procureur rappelle que le sujet du narcotrafic et, plus largement, du crime organisé, reste un enjeu majeur dans la métropole lilloise. En 2025, 26 millions d’euros de saisie d’avoirs criminels ont été enregistrés par les autorités, soit 8 millions de moins qu’en 2024. Des chiffres sur lesquels s’appuie Samuel Finielz pour souligner que 2026 sera une « grosse année en matière de lutte contre la criminalité organisée », avec la « loi Narco » entrée en vigueur le 7 janvier et à l’intensification de la lutte contre le blanchiment, grâce à une réorganisation des services.
On travaille avec les services de police judiciaire pour créer plus de liens entre les structures qui s’occupent de la criminalité organisée, et les structures qui s’occupent de la délinquance économique et financière.
Samuel Finielz, Procureur de la République de Lille
Une mise en lien qui permettra de mieux anticiper l’évolution de ces réseaux criminels, qui se complexifie en permanence. Selon le Procureur, le mot de l’année sera d’ailleurs « l’audace », dont le tribunal judiciaire de Lille aura besoin pour « être là où il n’est pas attendu » par les réseaux criminels.
« Il nous en faudra pour intensifier notre action en matière de lutte contre le blanchiment. Que ça concerne les vecteurs du blanchiment, les sociétés commerciales, les biens immobiliers ou la cryptomonnaie. » Cette dernière étant un levier essentiel, que les autorités ont encore du mal à appréhender.

La Présidente du tribunal judiciaire de Lille et le Procureur de Lille, avant l’audience solennelle de 2026.
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© Sanaa Hasnaoui / FTV
La réputation des Hauts-de-France en matière de violence, notamment conjugales, est tristement connue. Comme depuis plusieurs années le tribunal judiciaire de Lille affirme s’engager une fois de plus dans ce dossier… Et dans toutes les formes de violences, en tentant de les résoudre à l’amiable et avec apaisement.
« La lutte contre la violence des comportements est un marqueur important pour nous, qui s’exprimera dans les familles à travers notamment la lutte contre les violences conjugales, ou contre les violences envers l’autorité publique, à l’égard des forces de police et des forces de gendarmerie avec énormément de refus d’obtempérer », indique le Procureur de Lille, rejoint par la Présidente du tribunal judiciaire, Stéphanie Kretowicz, qui tient cependant à souligner une baisse de la délinquance des mineurs dans la juridiction, alignée sur une tendance nationale.
Ça fait 2 ans que cette diminution est constatée par les services de l’Intérieur. On a moins 20 % d’affaires poursuivables devant le tribunal pour enfants aujourd’hui.
Stéphanie Kretowicz, Présidente du tribunal judiciaire de Lille
La délinquance et la violence chez les mineurs n’en restent pas moins un sujet inquiétant, puisque le proxénétisme et le trafic de stupéfiants sont des réseaux dans lesquels les jeunes sont de plus en plus impliqués.
Autre dossier épineux, qui embarrasse le tribunal judiciaire de Lille depuis plusieurs années : la construction d’un nouveau palais de justice et le déménagement des locaux. Un lourd chantier qui prend du retard, et que certains salariés pointent déjà du doigt pour le manque de place dont il disposera. Mais le Procureur et la Présidente ne se sont pas attardés sur ces polémiques, abordant plutôt les différentes étapes du déménagement, qui n’aura pas lieu avant février 2027.

Le Palais de justice de Lille.
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© Fred Giltay / FTV

Le nouveau palais de justice devrait coûter près de 100 millions d’euros
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© OMA
« Il faut qu’on prépare un déménagement qui sera volumineux, dans lequel on ne pourra pas tout emmener », avoue le Procureur de la République de Lille, en mentionnant notamment les scellés, dont la capacité de stockage sera réduite au sein du nouveau palais de justice.
Surtout, il faudra adapter nos organisations puisqu’on arrivera dans un nouveau palais de justice avec un immobilier qui va être complètement différent. Donc on doit préparer des changements.
Samuel Finielz, Procureur de la République de Lille
Des changements nécessaires, notamment en attendant l’arrivée du nouveau palais de justice, pour assurer la transition entre les anciens locaux et les locaux temporaires. « La justice c’est un service public qui fonctionne 24h/24, 7J/7. Il y a des activités juridictionnelles qui ne peuvent pas s’arrêter » assure Samuel Finielz. Une continuité qui permettra surtout de ne pas rompre la cadence, pour que le délai de traitement des dossiers ne s’allonge pas. « Il faut avant tout séquencer le déménagement, pour ne pas s’arrêter plusieurs semaines et risquer de casser la courbe positive et dynamique de réduction des délais que l’on a réussi à construire », relève Stéphanie Kretowicz.
Selon la Présidente du tribunal judiciaire, cette phase d’organisation sera suivie d’une phase de mise en service, qui servira à poser le mobilier, les serveurs informatiques, à vérifier tous les circuits de sécurité… Des marches à blanc et de fausses audiences, qui devraient avoir lieu à partir de septembre 2026, et qui ouvriront la porte au déménagement tant attendu.