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Alors que le réseau énergétique de Kiev est incessamment bombardé et que le pays est frappé par des températures glaciales, Donald Trump assure avoir réclamé une trêve d’une semaine à Vladimir Poutine. Moscou dit de son côté avoir reçu une requête pour une pause jusqu’au 1er février. Une situation qui interroge sur le réel pouvoir du président américain sur Moscou, après un an de négociations qui n’ont pas abouti sur grand-chose et en amont d’un nouveau cycle de discussions à venir, analyse Guillaume Ancel, ancien officier, chroniqueur de guerre et auteur de « Petites leçons sur la guerre. Comment défendre la paix sans avoir peur de se battre ».

La Dépêche du Midi : Donald Trump a demandé à Vladimir Poutine d’arrêter les frappes sur Kiev « pendant une semaine ». Comment analyser cette requête de Washington et qu’est-ce qui a pu la motiver ?

Guillaume Ancel, ancien officier et chroniqueur de guerre : Il y a une émotion aux États-Unis, sur le fait que les Ukrainiens vivent dans un froid terrible en raison des frappes sur le réseau énergétique, alors même qu’actuellement, les Américains subissent une vague de froid. Les gens ont le sentiment qu’ils comprennent ce que vivent les Ukrainiens, et eux ne s’imaginent pas traverser la situation actuelle sans chauffage.

La deuxième chose, c’est que Trump montre que son équipe est en train de finaliser un accord de fin de guerre, avec des discussions prévues aux Émirats arabes unis. Mais cette discussion tourne mal puisqu’on vient d’apprendre que les Américains veulent conditionner leur garantie de sécurité au fait que les Ukrainiens acceptent de céder le Donbass, un territoire de 6 000 km² que les Russes n’ont pas réussi à conquérir et que leurs opposants ont défendu avec la plus grande bravoure pendant quatre ans. Evidemment, cela a du mal à passer. Mais là, les Américains se font extrêmement pressants.

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Moscou peut-elle réellement accepter une « mini-trêve » et peut-on imaginer un vrai ralentissement des frappes sur Kiev ?

Comme le font toujours les Russes avec Trump, ils ne lui répondent pas non, mais ils ne respectent rien. Et manifestement, malgré les coups de fil, malgré les exhortations de Donald Trump et son autocélébration, pour l’instant, il faut constater qu’il n’a rien obtenu de Vladimir Poutine. D’ailleurs, nous sommes passés d’une trêve d’une semaine selon Trump à une trêve « jusqu’au 1er février » pour le Kremlin.

Cela fait plus d’un an que ces négociations se poursuivent. Pourtant, il n’y a toujours pas de cessez-le-feu sur la table. Cette proposition de trêve peut-elle cette fois être un premier pas vers une résolution du conflit ?

En effet, en un an de négociations, Trump qui se prenait pour un négociateur fantastique et merveilleux n’a en réalité rien obtenu de Vladimir Poutine. Les seules concessions qu’il exige, c’est de la part des Ukrainiens. Et là, dans cet exercice où Trump dit, et ça a été confirmé par Moscou, qu’il a appelé Vladimir Poutine pour lui demander une trêve, il y a eu 111 drones et un missile tirés contre l’Ukraine. Donc on voit bien que la notion de trêve est assez étrange à Vladimir Poutine, qui au contraire veut exercer une pression permanente sur les Ukrainiens pour les convaincre de céder à tout prix à toutes ses exigences.

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On peut se demander quel est le réel pouvoir de Trump sur la Russie ? On voit très bien qu’il est toujours prêt à faire des concessions à Moscou. Mais qu’a-t-il réellement obtenu en échange ? Est-ce le Venezuela ? L’Iran ? Qui avant, étaient sous la protection russe. Ou est-il en réalité incapable d’obtenir quelque chose de Vladimir Poutine sur l’Ukraine ? Autrement dit, est-ce qu’il a abandonné Kiev ?

Que peut-on attendre de ce nouveau train de discussions qui démarre le 1er février ? Peut-on cette fois-ci les voir aboutir à un réel cessez-le-feu ?

Non, c’est une négociation déséquilibrée. Dans un accord, il faut qu’il y ait des concessions des deux parties. On sait très bien que les Ukrainiens ne peuvent pas obtenir intégralement raison. Ça, ils l’ont vite compris. Mais on estimait que les Russes devaient aussi faire des concessions, et notamment accepter ce qu’avaient proposé les Européens : de s’arrêter à la ligne de front. Or là, Moscou exige l’équivalent d’un département français supplémentaire. C’est énorme.

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Les Ukrainiens ont peur, parce que dans la balance, il y a le soutien des Américains. On sait que les Européens n’arrivent pas à compenser entièrement l’aide américaine qui se comptait en dizaines de milliards de dollars du temps de Joe Biden et qui a été réduite à 400 millions de dollars par Donald Trump.

Reste à savoir si les Américains obligeront les Ukrainiens à faire ces concessions. À ce moment-là, ce sera un accord très déséquilibré qui montrera à Vladimir Poutine qu’il a raison d’utiliser la guerre pour aller voler ce qu’il ne peut pas avoir par le droit, puisque finalement c’est un accord présidé par les Etats-Unis qui le validera.