Dans le quartier rennais de la Courrouze (Ille-et-Vilaine), les grues s’affairent au gros œuvre de l’îlot démonstrateur bas carbone Grande Prairie. A l’horizon 2027, quelque 300 logements prendront place au cœur de cet ensemble urbain composé de six opérations pilotées par des équipes de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’ouvrage différentes. La consultation lancée en 2021 par Territoires, l’aménageur de Rennes Métropole, avait placé haut le curseur en matière d’exigences environnementales : le seuil 2025 de la RE 2020, le label Bâtiment biosourcé niveau 3, le recours au réemploi et un matériau phare comme isolant, à savoir la paille dans tous ses états, hachée ou en botte.

Parmi les quatre opérations en chantier, le programme Alkimia, sous comaîtrise d’ouvrage de la coopé rative immobilière Keredes et de Spie Batignolles Immobilier, proposera 74 logements dont 24 en accession maîtrisée. Il comprendra quatre bâtiments en R + 10 et R + 6 ainsi qu’un plot de duplex-triplex en R + 2/ R + 3.

Architecture bioclimatique

La paille comme l’isolant principal de cette architecture bioclimatique dessinée par Jean Bocabeille (agence BFV) a été décidée dès les premières études. Cependant, le choix de la technique a évolué. « Le remplissage des murs à ossature bois avec des bottes de paille nous limitait au R + 2, en raison de l’absence de cadre réglementaire au-delà de cette hauteur, explique la maîtrise d’ouvrage. Par chance, la technique d’isolation en paille hachée insufflée, proposée par la Scop Ielo a obtenu une Atex de type A courant 2023 [lire aussi p. 66, NDLR]. Nous avons pu l’intégrer comme isolant des bâtiments en R + 5 et R + 10 avec un doublage en panneaux de chanvre et un bardage en douglas. » L’expérimentation de la paille, commune à tout l’îlot Grande Prairie, devrait faire avancer la filière, et bien au-delà de la région.

Le gros œuvre en cours se compose, lui, de poteaux, poutres et plancher en béton. Les fondations ont été coulées avec du béton bas carbone. L’opération vise la certification HQE 9 étoiles et la labellisation Biodiversity.

Autre défi relevé, financier cette fois-ci : « Absorber la hausse des coûts de construction de 30 % en deux ans sans rogner sur la qualité », décrit Maguelonne Peguret, alors directrice Bretagne, Pays la Loire et Centre-Val de Loire chez Spie Batignolles Immobilier, qui précise que le montant des travaux s’élève à 9,7 M€ HT. En conséquence, les prix de vente des logements ont été revus à la hausse. Ils vont de 3 038 euros/m2 (accession maîtrisée) à 4 950 euros/m2 à 4 950 euros/m2 HT (avec une TVA réduite à 5,5 %) pour les appartements les plus chers.