Entre les nuits à bercer un petit qui se tient l’oreille et les antibiotiques en série, certains hivers tournent vite au marathon pour les parents. Pendant des années, mes deux enfants ont enchaîné les otites, avec des réveils en pleurs à 3 heures du matin, des journées d’école manquées et un moral en berne pour tout le foyer. Les rendez-vous chez le pédiatre se succédaient sans que le scénario ne change vraiment. Tout a basculé le jour où j’ai modifié un tout petit geste dans notre routine du matin.
Derrière ces otites à répétition se cachent parfois des conséquences bien plus sérieuses qu’une simple douleur passagère. Les otites séreuses qui traînent peuvent gêner l’audition, fatiguer l’enfant, perturber l’attention en classe et retarder certains apprentissages. Ingénieure et mère de famille, Marine Torrollion le rappelle : « Les otites séreuses persistantes et non diagnostiquées sont la première cause de surdité chez nos enfants », souligne Marine Torrollion, citée par Le Figaro. De leur côté, des spécialistes rappellent que la bactérie Streptococcus pneumoniae, plus connue sous le nom de pneumocoque, est à l’origine de nombreuses otites mais aussi d’infections graves comme des pneumonies ou des méningites, et qu’elle tue plus de 800 000 enfants de moins de 5 ans dans le monde chaque année.
Prévenir les otites : quand tout se joue dès le réveil
Pour mieux comprendre ce qui se passe, il faut imaginer le petit tunnel qui relie l’arrière du nez à l’oreille moyenne : la trompe d’Eustache. Chez l’enfant, ce canal est plus court et plus horizontal que chez l’adulte. Quand le nez est encombré par un rhume ou une rhinopharyngite, le mucus ne s’évacue pas correctement et remonte facilement vers l’oreille moyenne, qui devient alors un milieu chaud et humide très favorable aux germes. La nuit, en position allongée, les sécrétions stagnent encore plus dans cette zone déjà fragile.
Des travaux menés en Europe ont montré qu’une bonne hygiène nasale au lever aide à prévenir les otites chez l’enfant, en réduisant le nombre d’infections de l’oreille moyenne. Ce n’est pas tant le froid qui provoque les otites, mais plutôt la manière dont on gère les sécrétions qu’il entraîne. Dans ma famille, le déclic a été d’instaurer un mouchage systématique au réveil, calmement, avant le petit-déjeuner. Ce moment agit comme une sorte de vidange mécanique : en dégageant le nez et l’arrière-gorge dès la sortie du lit, on rétablit l’aération de l’oreille moyenne et on limite les risques qu’un simple rhume ne se transforme en otite.
Le bon geste du matin : un mouchage doux pour libérer nez et oreilles
L’erreur la plus fréquente consiste à demander à l’enfant de souffler très fort dans son mouchoir pour « tout faire sortir » d’un coup. Quand il force, la pression augmente brutalement dans les petites trompes d’Eustache et pousse virus et bactéries du nez vers l’oreille moyenne : exactement l’inverse de ce que l’on cherche à obtenir. Le geste qui change tout repose au contraire sur la douceur. Il suffit de boucher délicatement une narine avec un doigt, puis de demander à l’enfant de souffler doucement par l’autre, avant d’inverser le côté. Le souffle doit rester léger, comme si l’enfant voulait juste faire bouger une petite plume, jamais comme s’il cherchait à gonfler un ballon. Les ORL insistent aussi sur un autre point : mieux vaut apprendre aux enfants à se moucher régulièrement plutôt que de les laisser renifler, car ces reniflements répétés attirent les sécrétions vers l’oreille au lieu de les évacuer.
Pour fixer ce geste, quelques repères simples aident vraiment au quotidien :
- Installer l’enfant assis, la tête légèrement penchée en avant pour que les sécrétions puissent s’écouler.
- Si le nez est très bouché, mettre quelques gouttes de sérum physiologique dans chaque narine et attendre une minute.
- Boucher une narine avec le doigt, demander un petit souffle doux dans le mouchoir, puis changer de côté.
- Répéter deux ou trois fois sans jamais demander de souffler fort ni de « se dépêcher ».
Comment installer cette routine anti-otites au quotidien ?
Chez les plus petits, se moucher ressemble souvent à une corvée. Pour que le réflexe s’installe vraiment, le mieux est de transformer le geste en jeu. Certains parents inventent un concours de trompette d’éléphant en soufflant juste assez pour faire un petit bruit, d’autres posent une plume ou une petite boulette de papier sur la table et demandent à l’enfant de la faire avancer avec l’air qui sort d’une seule narine. Des mouchoirs colorés ou à motifs peuvent aussi donner envie de participer. L’idée est de garder une ambiance détendue plutôt que d’ajouter une source de conflit de plus au moment du départ à l’école.
Les enfants apprennent énormément par mimétisme. Quand un parent se mouche lui aussi doucement devant le miroir de la salle de bain, en prenant le temps d’expliquer et de féliciter l’enfant pour sa douceur plutôt que pour sa force, la routine se met en place presque sans s’en rendre compte. Ce rituel profite d’ailleurs aux adultes, qui réduisent au passage leurs propres sinusites et rhumes qui traînent. Il ne remplace évidemment pas une consultation médicale : en cas de fièvre élevée, de douleur qui persiste, d’otites à répétition ou de doute sur l’audition de l’enfant, un avis de pédiatre ou d’ORL reste indispensable. En parallèle, la vaccination contre le pneumocoque, qui a déjà permis d’éviter un grand nombre d’infections invasives chez les plus petits en France, complète cette stratégie de prévention en s’attaquant à l’une des principales bactéries responsables.
En bref
- Chaque hiver, de nombreux enfants souffrent d’otites à répétition liées aux rhinopharyngites, avec un impact sur le sommeil, la vie de famille et parfois l’audition.
- En vidangeant en douceur le nez dès le réveil, une narine après l’autre, on limite la remontée de mucus par la trompe d’Eustache et donc le risque d’otite moyenne aiguë.
- Transformée en jeu et intégrée à la routine du matin, cette hygiène nasale simple s’ajoute à la surveillance médicale et à la vaccination pour protéger oreilles et apprentissages.