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Kevin Warsh, ici à Sun Valley en Idaho, le 10 juillet 2024.
Donald Trump a finalement fait son choix ce vendredi 30 janvier pour la présidence de la Réserve fédérale (Fed). Il s’est porté sur Kevin Warsh, 55 ans, un habitué des milieux d’affaires qui a passé les derniers mois à plaider pour des taux directeurs plus bas et à critiquer l’institution dont il a été un des gouverneurs.
Pour être effective, sa nomination devra être confirmée par le Sénat, où le parti présidentiel est majoritaire. Le mandat du président de la banque centrale américaine dure quatre ans et peut être renouvelé. L’actuel chef de la Fed, Jerome Powell, doit quitter son poste en mai.
« Je connais Kevin depuis longtemps et je n’ai aucun doute qu’il restera dans l’histoire comme l’un des GRANDS présidents de la Fed, peut‑être le meilleur. Par‑dessus tout, il a “tout du premier rôle”, et il ne vous laissera jamais tomber. Félicitations Kevin ! », a écrit le président sur sa plateforme Truth Social.
Plus tard, depuis le Bureau ovale, il a affirmé que Kevin Warsh était « bien sûr » favorable comme lui à un abaissement des taux directeurs, tout en assurant qu’il ne lui avait pas demandé de s’engager à œuvrer dans ce sens. L’orientation des taux n’est pas décidée par le seul président, qui représente une voix sur douze au sein du comité de politique monétaire de la Fed.
Les marchés financiers ont semblé considérer ce vendredi que Kevin Warsh n’agirait pas en cheval de Troie de Donald Trump et saurait maintenir l’indépendance de l’institution, le dollar reprenant de la vigueur. En témoigne également le décrochage spectaculaire des cours de l’or et de l’argent après l’annonce, signe que les investisseurs estiment avoir moins besoin de ces valeurs refuges.
Ils n’ont pas oublié que Kevin Warsh était classé dans la catégorie des « faucons » quand il était gouverneur (2006-2011). Dans le jargon des banques centrales, un « faucon » désigne un responsable très attaché à la lutte contre l’inflation, à l’inverse des « colombes », plus enclines à la souplesse monétaire.
Milieu ultra-privilégié
Kevin Warsh avait été propulsé à ce poste par le président républicain d’alors, George W. Bush, et était devenu à 35 ans le plus jeune gouverneur de l’histoire de la banque centrale.
Il aurait pu conserver ce poste jusqu’en 2018, terme initial de son mandat, mais avait démissionné en 2011 en critiquant la poursuite de la politique monétaire très accommodante adoptée pour soutenir la reprise, après la crise financière de 2008. Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal en novembre, Kevin Warsh avait ainsi dénoncé la « gouvernance défaillante » de la Fed et défendu les « politiques pro-croissance » du gouvernement.
Il faisait partie des personnalités pressenties pour prendre la tête de l’institution en 2018. Donald Trump avait finalement préféré Jerome Powell – choix dont le chef de l’État n’a cessé de se lamenter par la suite.
Natif d’Albany, dans l’État de New York, Kevin Warsh a étudié dans de prestigieuses universités américaines (Stanford, Harvard) et navigue dans un milieu ultra-privilégié.
Il a travaillé plusieurs années pour la banque Morgan Stanley où il a atteint le rang de vice-président. Il a quitté la banque et le domaine des fusions-acquisitions pour devenir un des conseillers économiques du président George W. Bush, plus particulièrement chargé des flux de capitaux, des marchés financiers et des banques.
C’est à cette époque qu’il a épousé Jane Lauder, héritière de la famille du groupe de cosmétiques Estee Lauder. Un lien familial qui le rapproche de Donald Trump. Le père de Jane, Ronald Lauder, milliardaire et grand contributeur du parti républicain, est un ami de jeunesse du président américain et un conseiller occasionnel.