Par
Isabelle Villy
Publié le
31 janv. 2026 à 7h40
Poule Le Caumont, Le Merlerault, de Gournay… Autant de races de poules qui font la richesse des élevages, et en Normandie, où il n’y a pas que des vaches normandes qui paissent dans les champs, la Région soutient la démarche de préservation des races animales locales. Les poules en font partie et mardi 20 janvier dernier, Stéphanie Maubé, conseillère régionale de Normandie, déléguée aux races animales normandes est venue rencontrer Bruno Lomenède, éleveur de poules de Gournay, à Bosc-Roger-sur-Buchy, non loin de Rouen.
La passion des poules
Bruno Lomenède est aussi président honoraire du Club de sauvegarde des races avicoles normandes (CSRAN) et membre de la Fédération des races normandes.
Il y a une vraie diversité phénotypique, la Normandie est un creuset formidable, avec une grande diversité.
Bruno Lomenède
Et quand deux passionnés se rencontrent, il en résulte des échanges d’une grande richesse où l’on parle de phénotype (différents caractères observables chez la poule en l’occurrence), mais aussi de l’histoire des poules à travers les âges, ou encore de gastronomie… Le tout en admirant de beaux spécimens, aux crêtes variées, avec chacun leurs spécificités qui permettent justement de savoir de quelles poules on parle.
« Tous les poussins ne naissent pas jaunes »
Petit-fils d’agriculteur, Bruno Lomenède a été enseignant il y a 30 ans de cela, avant de devenir éleveur de poules de race.

Des bêtes impressionnantes. ©Isabelle VILLY
Et c’est d’ailleurs en faisant naître des poussins dans sa classe unique de tous niveaux, en pays de Bray que le déclic a commencé à germer. « Quand les élèves ont découvert des poussins noir et jaune, ils n’ont pas cru que c’étaient réellement des poussins », sourit encore l’éleveur, qui leur a donc expliqué qu’il n’existe pas qu’une seule race de poules et que toutes ont leurs spécificités.
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En bref, il faut donc bien retenir que « tous les poussins ne naissent pas jaunes. Il y a une vraie diversité phénotypique, la Normandie est un creuset formidable, avec une grande diversité ».
« Pour sauvegarder les animaux, il faut les mettre dans nos assiettes »
Passionné, Bruno Lomenède l’est, assurément, mais n’allez surtout pas lui dire qu’il est un collectionneur. Non, il ne supporte plus que son activité soit en quelque sorte ramenée à une image réductrice d’un simple passe-temps, alors que l’élevage de poules et la préservation des races, répondent à une vraie démarche scientifique.

Sabrina Goulay, Dominique Alix, Bruno Lomenède, Éric Herbet et Stéphanie Maubé avec de beaux spécimens de poules. ©Isabelle VILLY
Mais une fois que l’on a dit cela, la question se pose de savoir pourquoi on élève des poules de race et à quel usage elles sont destinées. Et là, pas d’ambiguïté possible pour l’éleveur de Bosc-Roger-sur-Buchy : « Pour sauvegarder les animaux, il faut les mettre dans nos assiettes ! Il n’y a pas de survie sans consommation », affirme Bruno Lomenède.
Manger moins, mais mieux
Ce qui conduit l’éleveur à souligner que « cultiver notre goût pour la diversité normande », cela passe aussi par le goût culinaire et donc la gastronomie. Il note d’ailleurs que « les blancs de la poule de Gournay sont moelleux. Rien à voir avec les volailles industrielles qui sont un étouffe-chrétien », lance Bruno Lomenède.
D’ailleurs, il estime que la « tendance sociétale, c’est qu’on va peut-être manger moins, mais mieux. La poule de Gournay, c’est peut-être un peu plus luxueux, mais il faut continuer à promouvoir ce produit », fait valoir l’éleveur, convaincu que des ambassadeurs sont nécessaires à tous les niveaux, pour continuer à communiquer, alors que la tendance du manger local tend à se développer.
Les Vikings mangeaient déjà de la poule de Gournay
Nous le disions plus haut, en début d’article, il a aussi été question d’histoire dans cette rencontre autour des poules de Bruno Lomenède et la question de savoir si la race de Gournay existait déjà du temps des Vikings, a conduit l’éleveur à constater que les caractéristiques de cette race se retrouvent dans le nord de l’Espagne, dans les Asturies, mais les poules ont, là, des pattes jaunes, ou encore en Italie. Un gène a même été retrouvé dans une poule suédoise, a fait remarquer l’éleveur.

Les derniers prix raflés par Bruno Lomenède, il y a quelques jours. ©Isabelle VILLY
Mais comment cette race de poules a pu ainsi essaimer en Europe et quel rapport avec les Vikings ? La réponse semble, si l’on schématise un peu, somme toute plutôt simple : « Les Vikings emmenaient des poules pour les manger, et pour faire du commerce ». Autant dire que la poule de Gournay est effectivement une race très ancienne, qui a traversé les siècles.
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