Par

Marie Amelie Marchal

Publié le

31 janv. 2026 à 8h52

L’essentiel

  • En mars 2026, Paris aura un ou une nouvelle maire, Anne Hidalgo (PS) ayant décidé de ne pas briguer de troisième mandat. L’enjeu majeur est identifié : la capitale basculera-t-elle à droite, après vingt-cinq ans de gouvernance socialiste ? À trois mois du scrutin, la gauche a entériné un accord inédit pour une union (hors LFI) dès le premier tour (15 mars) en se rangeant derrière Emmanuel Grégoire ; la droite apparaît toujours divisée.
  • Un élément plus technique pourrait aussi redistribuer les cartes à l’issue du second tour (22 mars) : la réforme de la loi PLM, contestée, mais validée par le Conseil constitutionnel (lire l’encadré), et qui introduit pour la première fois depuis quarante ans un double scrutin.
  • Avant que les électeurs parisiens se prononcent, actu Paris a cherché à prendre la température auprès d’eux. En allant à leur rencontre dans les allées des hauts lieux de la vie locale que sont les marchés, et en leur demandant ce qu’ils attendent vraiment des élections municipales, ce qu’elles doivent changer dans leur vie de tous les jours. Dans le dixième épisode de notre série, direction le 8e arrondissement.

C’est peu dire qu’on ne se bouscule pas place de la Madeleine, entre les étals du plus petit marché de Paris. Dans ce coin du 8e arrondissement, quatre commerçants subsistent sur 62 m. Ce vendredi 30 janvier 2026, les rares habitants qui déambulent parmi les cols blancs pressés reviennent auprès d’actu Paris sur le nouveau visage des Champs-Élysées et les bureaux qui ont progressivement remplacé les habitations.

« Il n’y a plus que des entreprises »

« La place est sinistrée », avance Daniel venu en voisin. Habitué du quartier depuis des décennies, le médecin retraité a vu partir les grandes institutions comme Fauchon ou Hédiard. « Avant il y avait un marché tous les jours, rue Royale / Cité Berryer. On y trouvait des bouchers, des teinturiers, des maraîchers… C’était foisonnant », se rappelle-t-il en jetant un coup d’œil désespéré aux quatre commerçants présents ce matin.

« Le marché est petit mais nous avons tous les commerces nécessaires », répond de son côté Marcel. Habitant du 8e depuis une dizaine d’années, il regrette toutefois la vie de quartier qui régnait auparavant. Et l’ancien ingénieur d’ajouter : « Maintenant il n’y a plus que des entreprises. »

Christine, habitante du 8e depuis 65 ans, dresse le même constat : « Dans notre bel immeuble haussmannien, les familles ont laissé place aux bureaux. » L’octogénaire perçoit tout de même l’émergence d’une nouvelle tendance avec la transformation des bureaux… en logements.

Dans cet arrondissement, la reconvention d’espaces de travail en logements a été initiée en 2020 alors qu’une ancienne école et l’ex-siège de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) ont été réorganisés en logements sociaux. À l’échelle de l’Île-de-France, la réhabilitation des bureaux vacants pourrait même pallier la crise du logement avec la création de 150 000 appartements.

Les Champs-Élysées ? « C’est affreux »

Interrogés sur la mutation de l’artère emblématique de leur arrondissement, les Champs-Élysées, tous sont unanimes : personne n’y met plus les pieds. Ébranlés par la disparition coup sur coup de Pizza Pino, H&M, Fnac ou encore du dernier Disney Store de la capitale, la tentative du Comité des Champs-Élysées d’offrir un nouveau visage à la plus belle avenue du monde ne les a pas convaincus.

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La fin du temps béni des cinémas avec la fermeture de l’UGC Georges-V, du Gaumont-Marignan et de l’UGC Normandie, sur l’avenue a été le coup de grâce. « C’est affreux, je n’y vais plus », lâche, excédé, Jacques résidant du 8e depuis une décennie. « C’est épouvantable là-bas », assène même Christiane. Seul Marcel y voit « une dynamique intéressante et nécessaire pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation ».

Pour Marguerite, un demi-siècle passé dans le quartier de la Madeleine, les Champs ne représentent pas l’atout de son arrondissement. Celle qui arbore un élégant chapeau en feutre de laine savoure la pluralité des commerces tout autour de chez elle et ne relève qu’une ombre au tableau : la propreté insatisfaisante des rues.

Une maire lâchée par son parti

« Les sols sont jonchés de mégots, c’est dégoûtant et grave pour l’environnement. Il faudrait que tous les commerçants soient obligés de balayer devant leur porte », plante notre interlocutrice.

À quelques semaines des municipales, les affaires dans lesquelles est empêtrée leur maire Jeanne d’Hauteserre ne semblent pas affecter les habitants. Chamboulée pour avoir défendu ses frais de représentation, elle a finalement été lâchée par son parti, Les Républicains. Pour certains observateurs, il s’agirait d’une conséquence de son coup d’éclat lors du Conseil municipal d’octobre dernier. Jeanne d’Hauteserre avait alors déclaré que certains maires de son bord politique lui réclamaient des logements sociaux pour leurs familles. Dans la foulée, le Canard enchaîné avait écrit que Rachida Dati aurait profité de son titre d’élue pour demander l’attribution d’un logement social à l’une de ses sœurs, ce que la maire du 7e arrondissement a démenti.

Un tournant dans la vie municipale

Depuis 1982, les élections municipales se déroulaient (à Paris, Lyon et Marseille) par arrondissement, et non pas à l’échelle de la ville. Les électeurs votaient pour une liste de conseillers d’arrondissement : une partie d’entre eux devenaient conseillers de Paris, et étaient alors chargés d’élire le premier édile. Avec cette réforme, les électeurs devront désigner séparément leurs conseillers d’arrondissement, qui éliront ensuite leur maire d’arrondissement, et leurs conseillers de Paris, qui éliront, eux, le premier édile. Le véritable changement sera en réalité l’abaissement de la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l’issue des municipales. En clair : elle remportera non plus 50%, mais 25% des sièges au Conseil de Paris, le reste des sièges sera réparti quant à lui à la proportionnelle. Les différentes tendances politiques seront mieux représentées, mais la majorité peut s’en retrouver affaiblie.

« Ça m’indiffère puisque de toute manière, je ne vote pas pour elle », évacue Marcel. Pour Jacques qui « ne peut plus voir Hidalgo », Jeanne d’Hauteserre « est moins mauvaise que les autres ». Quant à la reforme PLM, seul Marcel a suivi la réforme. « C’est une très bonne chose de pouvoir élire au suffrage universel le maire central », argue-t-il.

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