Le conflit sanglant que Moscou mène contre Kiev depuis 2022 a mis l’économie russe à genou, obligeant le Kremlin a limiter les moyens alloués à sa machine de guerre.

De longs mois durant, les officiels russes ont voulu faire croire au monde que leur pays était dans une santé économique éclatante. Vantant les pourcentages élevés d’une croissance artificiellement dopée aux dépenses militaires, ils faisaient mine d’être insensibles à l’inflation ou aux sanctions occidentales. Ils se targuaient de résister à la terrible ponction sur leur économie exercée par la guerre en Ukraine voulue par le président Vladimir Poutine.

Bien entendu, comme nous l’avons déjà expliqué dans ces colonnes, tout cela n’était qu’une fable relevant de ce que l’on pourrait appeler l’économie Potemkine. Une vieille habitude de Moscou, qui, pour servir ses récits mensongers, maquille les statistiques à la manière de Grigori Potemkine. L’histoire est connue : au XVIIIe siècle, ce prince avait fait décorer les abords des villages afin d’en cacher la réalité miséreuse à la tsarine Catherine II.

Près de quatre ans après le déclenchement de son conflit contre Kiev, Moscou affiche un bilan humain effroyable pour des gains territoriaux minimes : 1,2 million de tués, blessés ou disparus du côté russe, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS). Une létalité inédite depuis la Seconde Guerre mondiale pour une grande puissance. La guerre du président Poutine qui s’est transformé en bourbier meurtrier, coûte aussi très cher. Combinées, les dépenses militaires et sécuritaires totalisent 40 % du PIB russe. Et, à elles seules, les soldes et primes des soldats mobilisés en Ukraine absorberaient 10 % des dépenses fédérales.

Une baisse de 11 % des dépenses militaires

Or, à présent, le Kremlin est bien obligé d’admettre qu’il manque de fonds pour poursuivre ses menées au même rythme qu’avant. Ainsi que le révèle Bloomberg, citant un rapport du ministère de l’Économie moscovite, l’industrie russe de la défense s’apprête à connaître un ralentissement cette année, le Kremlin ayant choisi de privilégier la stabilité économique et l’équilibre budgétaire plutôt que d’augmenter encore ses investissements militaires.

Selon ce rapport, les décaissements liés à la guerre en Ukraine devraient reculer de près de 11 % cette année, après une hausse annuelle de plus de 30 % l’an passé. Quant aux secteurs liés aux commandes stratégiques d’État – qui comprennent notamment les équipements militaires, les munitions et les drones – ils devraient connaître une croissance annuelle de seulement 4 à 5 % en 2026, contre environ 30 % au cours des années précédentes.

Alors que les autres postes de dépenses de la Russie continueront à augmenter au rythme de l’inflation, ces coupes sont loin d’être anodines. « Le ministre des Finances Anton Silouanov, qui affirmait il y a deux ans que la politique budgétaire était au service de la victoire, a depuis recentré les objectifs du gouvernement sur un budget à l’équilibre, capable de résister à la baisse des prix du pétrole et aux sanctions », analysent les journalistes de Bloomberg.

Des réserves de liquidité qui s’épuisent

De fait, la Russie est confrontée à de nombreuses contraintes. D’abord, la baisse des prix du pétrole, qui la touche d’autant plus qu’elle doit écouler son brut avec de fortes décotes. Ensuite, le durcissement des sanctions occidentales, qui compliquent ses débouchés à l’export. Sa dépendance accrue à son grand voisin chinois, qui fixe à sa guise les prix de nombreux composants dont elle a besoin, n’arrange pas ses affaires.

À cela, s’ajoute l’extrême fragilité des entreprises russes, qui ont du mal à se financer, puisque les taux d’intérêt ont explosé, et à trouver des bras, en raison du contexte de guerre. Le recrutement massif par les usines militaires, qui ont absorbé environ 800 000 travailleurs au cours des trois dernières années, a aggravé la pénurie de main-d’œuvre.

« Les réserves de liquidité du fonds souverain russe semblent désormais proches du minimum requis pour garantir la stabilité financière, obligeant le gouvernement à financer le déficit budgétaire uniquement par de nouveaux emprunts », complète Bloomberg. Le Kremlin a déjà annoncé une hausse de la TVA cet automne, la portant à 22 %, dans un pays où cette dernière génère 40 % des recettes publiques. Les marges de manœuvre de Vladimir Poutine se réduisent.